Archive | mai, 2014

Invitée #4. Valérie Tong Cuong.

Valérie pourrait être un personnage de roman. Elle est belle, douée, mariée à un très chouette type (auquel elle dédie tous ses livres), elle chante, elle enchante, elle ne mange pas de gluten, boit peu mais de l’excellent, du classé, aime rire ; elle est attentionnée, attentive aux autres et possède un sourire désarmant. Elle a écrit 9 livres et loin d’y décrire des personnages formidables (comme elle), elle s’attache à nous faire aimer ceux que la vie n’aime pas (ou plus).
Dans L’Atelier des miracles (Lattès 2013), elle en fait une époustouflante démonstration. Et comme chez elle la bienveillance n’est pas antithétique du chagrin, elle a obtenu le Prix de l’Optimisme pour ce roman. Ce qui tombe bien en ces périodes… hollandaises.
Je lui ai demandé de nous présenter un de ses livres coup de cœur. Le voici :

12 may 14

« Qu’y-a-t-il de plus irrésistible que la mer ? Une histoire d’amour, peut-être…
Car contrairement à la mer, on n’entre pas dans une histoire d’amour seulement jusqu’aux genoux. » À Patelin, petit village victime de la désertification médicale, le conseil municipal a une idée des plus surprenantes pour attirer un jeune docteur : lui faire croire jusqu’à l’absurde que Patelin est situé en bord de mer. Tous s’emploient à mettre en scène la supercherie. Tous, sauf Louise, tout juste rentrée de Paris, où ses rêves d’avenir viennent d’être piétinés lors d’un casting cruel pour un télé-crochet. Avec « Presque la mer », d’une écriture comme toujours délicate et précise, Jérôme Attal nous emmène dans une comédie tendre, une promenade aussi poétique que loufoque – sans se priver d’épingler certains de nos travers ou de nos méprises. Un roman qu’on lit le sourire aux lèvres et dont on sort le cœur plus léger !« (…) les jolies filles aiment les voyous, ne serait-ce que pour se prouver dans leurs moments fragiles qu’elles sont jolies, puisqu’elles pensent que les voyous et les voleurs chapardent uniquement ce qui est joli. En fait, les voleurs volent principalement ce qu’ils estiment pouvoir revendre, et la plupart du temps, cela ne concerne en rien la beauté ».

Dominique Pouchkine.

 

Je ne connaissais pas cette dame qui possède de forts jolis mots – par quoi donc avons-nous existé, par exemple et depuis fort longtemps (1987) ; cette fille de grande famille d’industriels dont le r du nom était alors derrière le dernier e – au temps des fonderies du Creusot (dans le Creusot), qu’elle racheta au XIXè siècle.
Je viens de finir son dernier livre (pour info, dernier ≠ ultime) avec un immense plaisir.
Il est un habile et talentueux parallèle entre l’Eugène Onéguine de Pouchkine, et la mélancolie de Viviane et de son amour brouillé depuis 30 ans, avec cet Antoine embompointé (ça c’est de moi) qu’elle retrouve… 30 ans après, à l’Opéra, (oui, oui, où l’on joue justement Eugène Onéguine).
194 pages d’une merveilleuse nostalgie, d’une colère domptée, d’illusions envolées, d’amours défaites, d’amitiés contrariées ; quelque chose de gracieux, entre une Sagan (qui conduisait alors avec des chaussures) et une Ernaux (de la famille « Les Années »).

9 may 14

Embarquement ce mois-ci, aux éditions JC Lattès.

L’enfance est un conte cruel.

7 may 14

A ce stupide et amusant jeu de cour d’école, « machin pourrait être le fils de truc et de bidule », Philippe Routier est incontestablement le fils de Georges Simenon (hors Maigret) et de Frédéric Dard (hors San Antonio).
Chacun de ses cinq romans possède cette mécanique parfaite, construite autour du destin, des douleurs et des rêves de ses personnages. Ses mots sont des clous pointus, qui parfois enferment les choses, insidieusement ; ses phrases, des chaînes qui délimitent les lieux, les réduisent savamment, jusqu’au moment où l’on retrouve face à soi-même. Il en avait fait la brillante démonstration avec un mort (Le Veilleur du Britannia, 2008), une femme battue (Noce de Verre, 2012), et le voilà qui recommence avec L’Enfant du Parc. Un roman précis, terrible, féroce et plein d’amour, sur ces pertes qui nous inondent, ces désirs qui nous dérèglent, ces enfances qui nous manquent à jamais.

Aux éditions Stock. En librairie dès ce matin, 7 mai 2014.
 Et comme demain est un jour férié, vous aurez un excellent livre à lire, au soleil… dans un parc.

Invitée #3. Régine Salvat.

6 may 14

Je partage avec Régine la même date de sortie de nos premiers livres, en 2011. Notre premier salon à Limoges. Nos premières dédicaces (les mains tremblantes, la gorge sèche). Nos premières grandes joies de jeunes auteurs. Nous débarquions dans un nouveau monde et nous nous protégions l’un l’autre. Si Régine est devenue une amie, elle est surtout une biologiste brillante et une maman formidable. Ce sont ces deux qualités qui en ont fait un bel auteur. Dans Une histoire à tenir debout elle raconte celle de son fils Rémy, qui s’était promis de ne pas aller plus loin lorsqu’il ne pourrait plus marcher. Alors, quand il est tombé, Régine a pris son stylo à deux mains et a dessiné le chemin parcouru par son fils. Le résultat est ce livre bouleversant et fier ; touchant et plein de vie. Rencontrez-le, c’est important. (Editions JC Lattès. Toujours en vente depuis le 10 janvier 2011). J’ai demandé à Régine de nous partager l’un de ses récents coups de coeur, le voici:

6 may 14 bis

« Lancez-vous sur les traces du héros de ce roman.  Il est jeune, sympathique, dévoué et rebelle. Ni mousquetaire, ni noble, l’ami Nicolas, mais chirurgien ambulant durant le règne de Louis XIV, loin de la cour, embarqué sur les routes, confronté à mille mésaventures. Et amoureux, bien sûr. N’hésitez pas, lisez ce formidable roman historique d’Eric Marchal.
920 pages (pas une de moins) qui se dévorent. Admirable « travail d’auteur », il allie une écriture vivante et imagée à une qualité historique inouïe. On y découvre les recherches d’un jeune chirurgien qui refuse de suivre les classiques préconisations des médecins (saignée suivie de saignée), qui améliore ses techniques sur les champs de bataille et soigne aussi bien pauvres et riches. Evidemment, mon âme médicale s’est délectée de certains passages, décrits avec précision mais en termes simples, avec suspens et humour parfois. Dont les soins sur plaies, onctions « antisyphilitiques », opération de crise de calculs, technique de césarienne, soins de fracture du crâne pour éviter de trépaner : «  J’ai couvert l’os avec des plumasseaux imbibés de baume de Fioraventi et l’ensemble de la plaie avec du baume d’Arcéus et de l’huile de rosat » et autres défis… Chapeau à cet écrivain rencontré lors du Salon d’Attignat, un homme qui allie modestie au talent et nous a confié avoir mis quatre ans à créer ce récit tant les détails sont le fruit de recherches approfondies ».

Quand Frédéric Dard n’était pas San Antonio.

Il écrivait alors des romans noirs, sombres, désespérés. Des portraits à la lame de 10. Aux jets de vitriol. Des personnages terribles, à la noirceur fascinante. Des intrigues glaçantes. A travers ces Romans de la Nuit, Dard rendait aussi hommage à Charles Williams, James M. Cain, William Irish, James Hadley Chase, bref tous ceux qu’on aime. Et lorsqu’il lui arrivait (rarement) dans ces romans vénéneux, d’utiliser un mot d’argot, c’était pour créer une inoubliable image, comme celle ci : « J’allais lui tisonner la mémoire ».

1 may 14

Romans de la nuit. Editions Omnibus.
(Avec de magnifiques commentaires de Dominique Jeannerod).