Archive | avril, 2017

Ils ne vécurent pas heureux et n’eurent pas d’enfants.

Amélie Nothomb

Il y a un côté Beaujolais Nouveau chez Amélie Nothomb (bien qu’elle préfère, et de loin, les nectars champenois). Chaque rentrée nous offre sa nouvelle cuvée et je confesse y avoir irrégulièrement goûté ces derniers vingt-cinq ans – son premier cru remonte à 1992 et son surprenant Hygiène de l’assassin –, attiré par des tanins plus puissants. La perspective de revoir Amélie au Salon du livre de Québec, et d’y débattre avec elle, m’a donné envie de savourer son dernier livre, Riquet à la houppe, une nouvelle version du conte de ce bien pervers Charles Perrault.
Évidemment, ce n’est pas du côté de l’histoire qu’il faut attendre une surprise, on la connaît depuis l’enfance l’histoire : il est vilain mais intelligent, elle est jolie mais bête, et ils vont s’aimer (la perversion perraultienne), mais dans l’écriture nothombienne qui papillonne comme des enfants dans un jardin, et se délecte de nous faire une bonne farce.
Et surtout, c’est dans l’épilogue que se trouve la vraie malice du propos, lorsqu’Amélie confesse avoir lu La Comédie humaine de Balzac en entier, 147 ouvrages, et y analyse le rapport littérature/histoires d’amour : six pour cent des histoires d’amour balzaciennes se terminent bien. Seulement. Chouette. Car il n’y a rien de plus désespérant parfois que cette phrase : Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants.

*Riquet à la houppe, d’Amélie Nothomb. Éditions Albin Michel. En librairie depuis le 16 août 2016.

Tu entres par effraction et c’est une douceur.

Anais 1

La première fois, c’était une femme*. Elle m’a parlé de toi. Elle t’a offerte à moi. Je t’ai recueillie comme une joie. J’ai effeuillé tes mots, je les ai laissé fondre dans la chaleur de ma main. Puis ils se sont envolés comme des papillons d’une bouche. Ils racontaient ta grand-mère. Ils racontaient son amour et sa fuite. Ils racontaient la désolation et la plénitude. Ils étaient le silence et la joie. Ils traçaient les frontières oubliées, la géographie des corps noirs et blancs mêlés, frappés par les encagoulés des États du Sud. Ils peignaient sur des toiles immenses une peinture qui changeait le monde. Ils chantaient le sexe et la jouissance. Ils parlaient de ses amants, tous ces amants, ces eaux assoiffées. Ils accouplaient ta grand-mère, elle avait alors quarante ans, à un garçon de vingt ans qui rentrait du Vietnam, une pierre fracassée par une autre pierre, tombée du ciel d’où pleuvaient les corps. Ton livre* est le livre de mots qui se cognent aux impasses des hommes, au ventre des femmes d’où pleurent des enfants, d’où crie ta mère, et puis ton frère, plus tard abandonné, perdu dans ses immenses vides, et puis toi, un jour. La petite fille qui voulait parler d’elle, ici, à Montréal, d’où je t’écris tandis que la neige s’efface, comme ceux qui nous quittent ; parler d’elle, l’une des premières artistes automatistes, incomprise et universelle. Voici le revers de ma main / comme une liqueur, écrivait-elle. Tu as écrit sa fuite. Quel drôle de titre, Anaïs. La femme qui fuit. Qui s’enfuit. Et qui s’écoule d’elle-même. Comme un sang. Comme un chant. Comme une grâce. Ton livre est magnifique et immortel. Comme Suzanne Meloche, désormais. Suze.

* Merci Florence.
**La Femme qui fuit, de Anaïs Barbeau-Lavalette. Au Canada aux éditions Marchand de Feuilles. En France au Livre de Poche. Prix des Libraires du Québec, Prix France-Québec, grand Prix du livre de Montréal.

Du mardi 4 avril au dimanche 9 avril 2017.

Québec Pont

Québec – là où le fleuve se rétrécit. 535.000 habitants dont 535.000 personnes sympathiques.
Bienvenue au Salon International du Livre de Québec. J’y serai tous les jours (forcément). Au programme, rencontres, dédicaces, tables rondes (avec, entre autres, l’incomparable Amélie Nothomb, Laurent Gounelle, et la charmante Marie Laberge – ça promet !), cocktails, selfies, rires et émotions. La langue française est notre ciment, notre sang ; nous avons cinq jours pour faire entendre sa musique tellement plus efficace pour le bonheur de chacun, que celle de la haine.
Enfin, pour illustrer le Québec, j’ai choisi à dessein l’un des derniers ponts couverts – clin d’œil au très beau livre de Robert James Waller, Sur la route de Madison. (Ceux qui ont lu Danser au bord de l’abîme comprendront).

Un pas de danse, c’est encore mieux à deux.

Je ne suis pas du genre à faire de la retape, mais là, je me permets d’insister. Lisez le dernier roman* de Pierre Vavasseur. Il a la délicatesse d’un naucore (vous savez, ces insectes à fines pattes qui dansent sur l’eau), la force bouleversante de Tandem (mais si, le film si important de Patrice Leconte, où l’on vit un Rochefort bouleversant et un Jugnot rare).
À Limoges, le week-end dernier, il a fait de son mieux (voir ci-dessous), et, sincèrement, il mérite que vous fassiez ce petit pas de deux avec lui.

Pierre Vavasseur.

*Un pas de danse, de Pierre Vavasseur. Éditons Lattès. En librairie depuis le 15 février 2017.

Lundi 3 avril 2017.

Montreal 1

L’hiver s’est mis à fondre à Montréal où je suis de passage pour quelques heures, avant de rejoindre Québec demain. Mais avant, j’aurais la joie de faire une émission de radio, d’y parler du livre, et surtout de l’honneur qui m’est fait d’être, cette année, le Président d’honneur du Salon du Livre de Québec.