Archive | mai, 2017

La surprise Emprise.

VG 1

Valérie Ganz est agaçante. Elle est ravissante, généreuse, drôle, brillante et douée. Et parce qu’il est bien que des petites imperfections viennent pimenter les vies parfaites, on a envie de penser que, dans Emprise*, c’est elle, Claire, qui succombe au charme (pas encore vénéneux) de Mark, fils à maman qui voudrait réussir sans maman (mais avec l’argent de). Que c’est elle qui voit Mark débarquer dans son appartement en plus de dans sa vie. Que c’est elle qui abandonne son chat, ses amies formidables et drôles (Sex and the City est passé par là), qui laisse ses parents, son métier, ses idéaux, pour suivre le beau Mark en Arabie saoudite. Que c’est elle, là-bas, sous l’abaya qui dissimule son petit corps gracieux et ses traits ravissants sous le voile. Que c’est elle, la femme parfaite, qui disparaît sous le charme maintenant vénéneuse de Mark.
Et, surprise, Emprise est un roman de genre absolument parfait, qui peut sans aucun complexe lorgner du côté des meilleurs Nicci French, Paula Hawkins et Gillian Flynn. Rien que ça.
Un roman ultra-efficace dans son intrigue, redoutable dans son suspens psychologique mais dont l’intelligence surtout est cette vraie réflexion sur la place des femmes dans ces endroits du monde qui ne les aiment pas. Et Valérie sait de quoi elle écrit, elle a vécu trois ans à Ryad. Quand on vous dit qu’elle est agaçante.

*Emprise, de Valérie Ganz. Éditions Lattès. En librairie depuis le 29 mars 2017. Tiens, encore un truc agaçant : Emprise a obtenu le Prix Cœur de France du Salon du Livre de Limoges 2017.

Samedi 3 et dimanche 4 juin 2017.

Samedi 3 et dimanche 4 juin 2017

Pour réussir une bonne niçoise, prenez une belle brochette d’auteurs, placez-les dans un écrin de verdure, le Jardin Albert Ier par exemple, saupoudrez l’ensemble de quelques gouttes de fraîcheur (nous suggérons les perles d’eau de la proche Fontaine des Tritons), protégez les ingrédients de tentes claires, agrémentez la table de quelques ouvrages délicieux, déposez un brin de bonne humeur, une pincée d’enthousiasme, laissez reposer et accueillez enfin vos invités, nombreux, joyeux, impatients de vous retrouver. Bon appétit.
Festival du Livre de Nice, du 2 au 4 juin 2017 (mais je n’y serai que les 3 et 4 et plutôt l’après-midi). Jardin Albert Ier, 2-16 avenue de Verdun, 06000 Nice.

Une photographie française.

Thierry des OuchesThierry des Ouches est photographe. Un excellent photographe d’ailleurs, dont j’ai, au siècle dernier, eu le plaisir de suivre les travaux publicitaires, notamment une sublime campagne (dans Libération) pour les adieux au monde de la bonne vieille 4 L.
Comme quelques prestigieux confères, Doisneau, ou Depardon, Thierry a l’art de capter l’esprit même de cette France d’entre deux. Celle-là même qui révèle son Histoire, sa nostalgie, sa part d’enfance, son immuabilité. Alors, quand il écrit son troisième roman, (parce qu’il a aussi découvert que parfois les mots photographient mieux qu’une image ou, en tout cas, saisissent ce qu’un objectif ne peut capter), Le Fonctionnaire amoureux, on ne peut que regretter la disparition de Serrault et Tchernia. Serrault aurait été magnifique dans le rôle de Charlie, contrôleur à la SNCF, sur la ligne Langres/Colombey-les-Deux-Églises, marié à Charlène, et qui tombe amoureux de la belle Juliette. Et Tchernia, qui aurait été impérial en réalisateur de cette comédie d’entre deux – entre jubilation et amertume, entre petitesse et immensité. Thierry des Ouches est délicieusement amoral dans cette fable où plus nos rêves sont grands plus ils nous broient et où la beauté cache souvent quelques redoutables poisons.
Et c’est là la réussite du livre. De faire un Tchernia qui finit en Chabrol. Toujours avec Serrault dans le rôle principal.

*Le Fonctionnaire amoureux, de Thierry des Ouches. Éditions Daphnis et Chloé. En librairie depuis mai 2016.

Samedi 27 et dimanche 28 mai 2017.

1024px-Talloires-Chef-lieu_et_lac-3

Talloires est charmant village posé comme un bouquet sur la rive droite du lac d’Annecy, entre Menthon Saint-Bernard et Angon, bordé par le Roc de Chère et en limite du petit lac. Il a vu naître d’inoubliables personnalités. Ainsi, Louis Berthollet, inventeur de l’Eau de Javel, Gabriel Lippmann qui y réalisa en 1902 la première photographie en couleurs, Claude-Étienne Nouvellet, membre de l’auguste académie Florimontante ou encore Frère Théo Bozon, fameux ermite. Les 27 et 28 mai, il faudra ajouter une petite liste de personnalités tout aussi charmantes qui y séjourneront. Ainsi, Douglas Kennedy, Didier Decoin, Jean-Michel Ribes, Jean-Christophe Rufin, Yann Queffélec, Philippe Besson, Serge Joncour et bien d’autres. Je serai enchanté de vous y rencontrer, on annonce une température de 28 degrés.
Fête du Livre de Talloires. Dans la baie de Talloires. Tout le programme ici.

« La vie des autres ».

Massarotto

Cyril m’a un jour confessé bien aimer les quatrièmes de couverture – là où quelques mots sont censés vous donner envie d’acheter le livre que vous tenez dans les mains. Alors je vais me livrer à cet exercice ultra-difficile pour son épatant nouveau livre*.
Samuel fête ses trente-cinq ans seul. Il cherche qui il pourrait bien appeler pour venir les fêter avec lui. Un numéro de téléphone lui revient. Celui de sa maison d’enfance. Il le compose. On décroche. Un petit garçon de dix ans est au bout du fil. Il s’appelle Samuel. C’est lui.
Voilà, c’est ma quatrième. J’espère qu’elle vous donnera envie de tendre l’oreille et d’écouter leur conversation.
Elle parle de notre enfance à tous, de ces rêves qu’on a parfois oubliés en cours de route et qui ont peut-être dérouté justement, notre vie d’adulte. Mais en bon fabuliste qu’il est, Cyril nous prouve qu’il n’est jamais trop tard. Ouf.

*Quelqu’un à qui parler, de Cyril Massarotto. Éditions XO. En librairie depuis le 9 février 2017.

Samedi 20 et dimanche 21 mai 2017.

Guéthary

Ah, un week-end à la fin mai. Une envie de soleil, d’évasion. Et vous voilà à Guéthary, le plus petit village de la côte basque, qui fut tour à tour port baleinier, village de pêcheurs, station balnéaire prisée et paradis des Brice de Nice et d’ailleurs avec ses vagues de Parlementia. Si vous voulez y être tranquille le week-end du 20 et 21 mai, c’est raté. On annonce une arrivée d’écrivains joyeux, de David Foenkinos à Dominique Bona, de Jean-Louis Fournier à moi-même, et de quelques autres. Et si vous n’avez pas de crème solaire, souvenez-vous qu’un bon livre protège aussi du soleil.
Les Belles Plages de Guéthary, à la Mairie et au Musée. Entrée libre.

Bussix en Corse.

Bussi 2

À deux lettres près du premier, Bussi est, en 2016 et selon Le Figaro, le deuxième auteur le plus vendu en France. On ne peut que saluer une telle performance de la part d’un géographe et professeur à l’Université de Rouen, mais surtout d’un vrai chic type – à croire que pour toucher autant de lecteurs, il est plus efficace d’être sympa. Et d’avoir une bonne histoire*. Celle-ci par exemple, bien que, et cela n’engage que moi, je l’ai trouvée un peu longuette (comme aurait dit ma mère), qui est une histoire parfaitement troussée de vengeance corse.
Une jeune fille survivante d’un accident de voiture qui fit trois morts, ses parents et son frère, revient vingt-sept ans plus tard à l’endroit du miracle (miracle d’avoir survécu, je veux dire) et, comme toujours, comme un film qu’on rembobinerait, le passé revient et avec lui son lot de surprises, rebondissements et autres désillusions.
Le Temps est assassin (quel beau titre), au-delà de son côté thriller, son côté « page-turner », est aussi une histoire forte de femmes et de désirs, un drame de la jalousie, qui s’expose au soleil brulant, provoquant et sensuel, avant de disparaître, dans la même seconde, dans la moiteur de l’insondable maquis.
Un parfum acide comme l’aurait été L’Enfer (1964) de H.G. Clouzot s’il lui avait été donné d’achever son film.

* Le Temps est assassin, de Michel Bussi. Éditions Presse de la Cité. Et Pocket, n° 16938.
Ah, et pour ceux que cela intéresse, Michel et moi sommes invités ce mercredi 17 mai dans l’émission « Dans tes rêves », sur France Inter à 12h15.