Archive | mars, 2019

Samedi 23 mars 2019.

Consultation gratuite ce matin au Divan, la magnifique librairie de la rue de la Convention, où la toujours impériale Valérie Caffier confessera sans tabous tous mes péchés, éclairera mes coins d’ombres, et surtout ceux de Mon Père. Pour la première fois au monde une telle séance sera publique et gratuite. Nous vous y attendons avec, en prime, du café, jus de fruits et autres gourmandises, histoire de fêter nos retrouvailles.
11 heures 30. Librairie Le Divan, 203 Rue de la Convention, 75015 Paris.

Neuf ans et pas une ride.

Il y a neuf ans déjà, paraissait ce texte* de Mohammed Aïssaoui, son deuxième livre après Le Goût d’Alger, en 2006, une anthologie amoureuse de cette ville surnommée El Bahja – La joyeuse.
L’affaire de l’esclave Furcy est un livre indispensable en ces temps d’individualisme qui virent à l’égoïsme tragique. Mohammed Aissaoui y raconte l’étonnante histoire d’un esclave de 31 ans qui, en 1817 dans l’île de la Réunion, s’en décide d’aller au tribunal pour exiger sa liberté. Outre la tension historique du texte, la fracture du monde déjà, les vingt-six ans de procès, c’est la rencontre à 193 ans d’écart entre deux hommes, l’un libre l’autre pas, l’auteur et l’esclave, qui est absolument bouleversante. Mohammed suit les traces de Furcy et nous, nous suivons celles de Mohammed et il y a quelque chose de vertigineux dans ce pas de quatre, une danse de l’intime humain dans le tumulte bruyant d’un monde qui alors change pour toujours. Du grand art.

*L’affaire de l’esclave Furcy, de Mohammed Aïssaoui. Éditions Gallimard (2010) puis Folio (2011). Prix Renaudot Essai 2010. Prix R.F.O du livre 2010.

Vendredi 22 mars 2019 (20 heures 30).

C’est la semaine de la langue française et de la Francophonie, alors on sort les auteurs de derrière les fagots, comme de bonnes vieilles bouteilles de vin, on fête la joie de partager une langue si belle, si riche et si ancienne (même si, au nom de l’égalité homme/femme, on en féminise des mots, mais au fait, pourquoi la porte ? et pourquoi le fusil ?) et donc, sorti de ma grotte ce soir, je viens, en compagnie de l’excellentissime musicien Stéphan Giardina, vous conter comment je suis devenu écrivain malgré moi et vous lire en musique quelques extraits de mes livres. En français. Et on s’en réjouit, Stéphane et moi.
20 heures 30. Bibliothèque d’Olivet. Espace Desfriches, 365 rue du Général de Gaulle, 45160 Olivet. Détails ici.

Vendredi 22 mars 2019 (17 heures).

Rencontre entre Mon Père et Séverine Aumont-Santz, ce soir. Entre un Père terrifiant et une femme adorable. Le premier officie dans une église des Ardennes, la seconde dans sa librairie d’Olivet – qu’elle créa en 2012. Comme les deux sont des passionnés, qu’il s’agisse d’ailleurs du bien ou du mal, il va sans dire que la rencontre risque d’être inoubliable. Comme j’y serai, je vous dirai tout.
17 heures. Librairie Volte Pages, 61 place Louis Sallé, 45160 Olivet  – 02 38 88 23 59.

Mercredi 20 mars 2019.

Direction Strasbourg aujourd’hui. En plus de Mon Père, à gauche sur la photo, je serai accompagné de Sylvie Le Bihan, à droite. Son nouveau roman, Amour propre (éd. JC Lattès), dresse le portrait d’une femme que la maternité encombre, entrave et emporte, et, en ces heures dégoulinantes de politiquement correct, quelle fraîcheur, quelle liberté soudain ! Nous débattrons donc tous deux des hommes et des femmes de nos vies, de tous ceux et celles qui nous font du bien et du mal et dont il est si difficile de se délivrer.
17 heures. Rencontre à la librairie Kleber, 1 Rue des Francs-Bourgeois, 67000 Strasbourg.

Une courte lettre à Lorraine.

Je me permets une lettre, ma chère Lorraine, puisqu’il y en a de si importantes dans ton si joli nouveau roman*.
Merci de m’avoir fait passer un moment bien plus qu’agréable à naviguer entre la beauté de tes personnages si attachants puis de me faire accoster sur des terres pleines de surprises, de rebondissements et d’exotisme lointain.
Tu m’as emmené loin de tout, au plus près du cœur des hommes. De ce cœur d’un garçon de quinze ans qui s’est glacé parce qu’il a vu son père mourir d’amour alors qu’il le faisait avec une inconnue, et qu’il n’aura de cesse que de le réchauffer pour qu’il ne s’arrête pas.
Voilà l’un de tes livres les plus apaisés, ton premier livre d’orpheline – puisque le cœur de ta maman à qui tu le dédies s’est arrêté le 6 mars de l’année dernière –, et avec lequel tu sembles remettre l’amour à sa place et la famille à l’endroit.
Ton écriture au fil des livres s’est polie, comme politesse bien sût, mais aussi comme une pierre que le temps arrondit, et adoucit, et elle est bien confortable cette écriture lorsqu’elle écrit, page 112, par exemple : « sa longue silhouette se balance. Ses grands pieds dansent sur le trottoir. Son corps pleure pour lui, c’est flagrant ». Ou encore, page 172 : « Ma mère n’a plus besoin de son bol, elle a bu la tasse ».
Même le malheur, chez toi, a un goût de bonheur.

*Tout ce que tu vas vivre, de Lorraine Fouchet. Éditions Héloïse d’Ormesson. En librairie le 6 mars 2019.

Dimanche 17 mars 2019.

Il y a moins d’un mois c’était la plus grande ferme du monde. Les politiciens venaient y flatter la croupe des bêtes, s’enivrer d’alcools de pommes et de raisin, déguster pâtés en croute, tranches de sauciflards et morceaux de frometons. Ils venaient promettre des jours meilleurs, si vous votez pour nous, braves paysans. Depuis, ils s’en sont retournés chez eux, ont désinfecté leurs mains fragiles qui n’ont jamais tenu un pis, un marteau ou le chagrin d’un homme. Depuis, on a fait le ménage Porte de Versailles pour, après les bêtes des champs, accueillir les bêtes des salons. Les auteurs. Rendez-vous donc à cette grande foire des mots, des rêves sans fin et des voyages magnifiques, où on ne vous demandera pas de voter pour l’un ou l’autre mais de tous les aimer.
Livre Paris. Du 15 au 18 mars 2019. Porte de Versailles à Paris. Payant pour les plus de dix-huit ans (c’est nul). Pour ma part, j’y serai le dimanche 17 mars de 15 à 18 heures sur le stand du Livre de Poche.

Le chant de Pascal.

Voici le premier roman de Pascal Silvestre qui n’en est pas à son premier livre puisqu’il nous offrit, en 2016, un recueil de nouvelles, Marathon, que j’avais beaucoup aimé. La sonate de Franck doit son titre à la sonate de César Franck, pour violon et piano, réputée difficile à jouer. Elle est au cœur de ce livre. Elle est le lien entre Vincent (pianiste) et Esther (violoniste). Elle est l’enjeu entre eux. Elle fut une défaite lorsqu’ils l’interprétèrent à dix-sept ans. Elle doit être une victoire vingt ans après. Mais au-delà de cette musique qui est une chanson de geste entre ces deux-là, une partition d’amour adolescent qui essaie désespérément de grandir, La sonate de Franck est pour moi avant tout un chant d’amour à la mère. C’est le roman de la perte de l’enfance justement, le temps des notes parfois fausses qui font encore sourire, attendrissent même ; tous ces hiatus qui, avec le temps, finissent en douleur. C’est le roman de l’entrée dans l’âge adulte, touche après touche, note après note. Le livre qui dit l’amour à ce qu’on est en train de quitter parce qu’on doit avancer sans se retourner, parce que la mère ne marche plus aussi vaillamment qu’avant, que son fémur est fragile et que les mots n’ont jamais été son fort. Je crois que Pascal, marathonien pianiste et écrivain, fait avec son premier roman ses adieux à son enfance savoyarde heureuse et apprend à se cogner à la violence du monde, comme il apprit en son temps à son corps à se mesurer à celle d’un marathon. En cela cette sonate prend des airs d’opéra.

*La sonate de Franck, de Pascal Silvestre. Éditions Lattès. En librairie le 6 mars 2019.