Archive | Humeur.

Il n’y a pas que l’arrivée d’un vaccin qui soit une bonne nouvelle.

Le nouveau B&M dès le 20 novembre 20, en librairie !

Un livre, dont Olivia de Lamberterie dit qu’il est « Le beau portrait d’un homme à terre qui nous fait toucher l’enfer puis le paradis ». Mais…

« Les rumeurs et les fausses informations parues dans la presse m’amènent à clarifier mon rôle dans « l’ellipse narrative » du livre Yoga d’Emmanuel Carrère.
Emmanuel et moi sommes liés par un contrat qui l’oblige à obtenir mon consentement pour m’utiliser dans son œuvre. Je n’ai pas consenti au texte tel qu’il est paru. Si je n’ai pas envoyé d’huissier, l’auteur et son éditeur n’ignorent rien de mes difficultés et de ma détermination à faire appliquer ce contrat.
Pendant les années où nous avons vécu ensemble, Emmanuel pouvait utiliser mes mots, mes idées, plonger dans mes deuils, mes chagrins, ma sexualité : c’était amoureux et le travail qu’il sollicitait sur ses livres m’assurait que ma personne était représentée d’une façon qui nous allait à tous les deux.
Notre divorce, en mars dernier, a rebattu les cartes. Il en a convenu et l’a matérialisé dans un engagement mûrement réfléchi : je pouvais être assurée que je ne serai plus écrite par lui contre mon gré pendant toute la durée de sa propriété littéraire et artistique.
Pendant qu’il négociait, il me cachait qu’il me tirait le portrait. Je l’ai compris quelques jours seulement après la signature du contrat quand j’ai reçu le manuscrit de Yoga accompagné de ce mot : « Que j’écrive des livres autobiographiques ne doit pas être une surprise pour toi. (…) Ce récit serait incompréhensible si je ne disais rien du contexte ». Le contexte, en l’occurrence, c’était moi.
L’application de notre accord s’est alors heurtée à une âpre résistance de l’auteur. Mes offres de dialogues sont restées lettres mortes. L’éditeur n’a pas hésité à mentir, m’assurant que ni notre fille ni moi ne figurions plus dans la version définitive, ce qui est faux, menaçant d’engager des poursuites à mon encontre si je saisissais la justice.
J’avais accepté, dans le passé, que mon intimité soit utilisée dans les livres d’Emmanuel. Que je le refuse aujourd’hui ne semblait pas être une option dont il avait pris la pleine dimension. Pour avoir dit « oui » autrefois, je ne pourrais plus dire « non » ? Je n’aurais pas le droit à la séparation et serais jusqu’à ce que mort s’en suive, l’objet d’écriture fantasmé de mon ex-mari ?
Mon personnage était exposé dans une fantaisie sexuelle accompagnée de révélations indésirables sur ma vie privée. 
C’était désobligeant.
Mais au-delà, l’autre raison pour laquelle je ne voulais pas être dans ce livre, c’est l’effacement de la frontière entre fiction et mensonges. La fiction veut dire une vérité. Le mensonge veut la dissimuler.
Emmanuel propose à ses lecteurs un pacte de vérité : « La littérature est le lieu où on ne ment pas », écrit-il. Il affirme avoir, de son propre chef, glissé quelques omissions, par égard, pour « préserver » ses proches. Pour ce qui me concerne, il n’a pas eu d’égards, sauf à considérer comme des égards les conséquences d’obligations contractuelles qui n’ont été que partiellement respectées.
Pour ménager ses proches encore, des éléments de fiction auraient été introduits volontairement ça et là. Ils permettent à la fois de transformer une contrainte juridique en autoglorification et de faire un lourd clin d’œil aux jurés Goncourt qui préfèrent récompenser des romans que des témoignages de vie. La sincérité promise au lecteur serait donc oblitérée par des inventions, pas toujours signalées, mais justifiées par le souci d’autrui.
Ce récit, présenté comme autobiographique, est faux, arrangé pour servir l’image de l’auteur et totalement étranger à ce que ma famille et moi avons traversé à ses cotés.
Emmanuel fait de sa maladie psychique et de ses soins une description complaisante. Il a été hospitalisé dans un service fermé où je le visitais quotidiennement et dont il n’a quasiment pas de souvenirs. Il a subi des électrochocs que je n’ai pas autorisés, à un moment où on ne pouvait plus recueillir son consentement. Les accès de mégalomanie bipolaire sont à peine évoqués.
Le lecteur peut croire qu’après Saint-Anne, Emmanuel s’en sort en allant deux mois à la rencontre des vrais malheurs du monde, ceux de jeunes réfugiés piégés sur la route d’une vie meilleure dans l’île grecque de Leros. Les deux mois n’ont duré que quelques jours, en partie en ma compagnie. Mais surtout, c’était avant l’hôpital, avant même qu’un diagnostic soit posé sur un comportement insensé dont j’essayais, avec les moyens du bord, de contenir les débordements d’agressivité. Un travail de reportage me semblait être une planche de salut pour lutter contre les violences d’un égo despotique. L’épisode dilaté est présenté comme une sortie de dépression, un retour à la vie. Le contraire de la réalité.
Je pourrais multiplier les exemples. La liste serait fastidieuse.
Yoga est un succès commercial salué par une critique enthousiaste qui prend pour argent comptant la fable de l’homme à nu, honnête et souffrant, qui a remonté la pente en claudiquant et voudrait bien devenir « un meilleur être humain ». 
Les lecteurs sont libres de croire ou de douter. L’auteur est libre de raconter sa vie comme il veut, comme il peut. Je voulais, moi, avoir la liberté de ne pas en être, de ne pas être associée à un spectacle présenté comme sincère où je ne reconnais pas ce que j’ai vécu. Malheureusement, en dépit de mon refus, de notre contrat, des avocats, des mois de conflit, je figure encore, de manière résiduelle, dans les premières impressions de l’ouvrage. Pour me forcer à rester dans ce livre, Emmanuel a eu recours à une ruse grossière : une anormalement longue citation d’un ouvrage antérieur à notre contrat, assortie d’un commentaire que je refuse depuis le mois de mars et que l’éditeur m’avait assuré avoir supprimé. Le passage était facile à enlever sans conséquence sur la narration. Pourquoi fallait-il à tout prix laisser mon nom dans ce livre ?
Un auteur peut-il se prévaloir d’une liberté de création dont il a lui-même fixé les limites ?
L’artiste célèbre et admiré est-il un être divinisé qui, au contraire des simples mortels, ne serait pas tenu par ses propres engagements ? »

 Hélène Devynck, dans Vanity Fair, septembre 2020.

Les premiers potins.

À quoi j’en ajoute un autre: Jean-Louis Fournier et moi serons de retour sur nos terres le 10 octobre 2020. Détails à venir. (Merci à la précieuse Jeannette Bara pour ce papier de La Voix du Nord).

Un cri muet.

Étonnante cette idée qu’une oeuvre puisse disparaître, ou tout au moins s’estomper, pour moi qui ai toujours cru que la beauté était justement dans l’éphémérité. (L’étonnant article du Figaro ici).

Pitié.

Pas un quotidien, une quotidienne, une télé, un tweet, un Instragram, un Facebook, un magazine, un mensuel, un acteur, un danseur, un charcutier et j’en passe, qui ne parle de cela depuis plus de deux mois, voici maintenant qu’on prépare des films, des spectacles, sans compter les centaines de romans que des gusses sont en train d’écrire là dessus, s’il vous plaît, soyez brillants, déconfinez votre imagination et parlez-nous d’autre chose.

Figaro.fr du 15 mai 2020.

Un grand silence, soudain.

Ça tombe bien ce qu’écrit John Boyne dans Les Fureurs invisibles du coeur*, parce que des interviews sur les livres, en ce moment, c’est baisef.
*Au Livre de Poche, 2020.