Archive | Humeur.

Interdit de Casino.

Librairie Passion Culture Orléans

L’une des plus belles librairies de France, dirigée par Sylvie Champagne, une femme passionnée, brillante, animée par des libraires passionnantes vient de fermer parce que le Groupe Casino (celui dont la fondation prétend « aider les enfants à accéder aux bienfaits de la culture ») augmente les charges à un tel niveau qu’une librairie ne peut pas suivre.
Tuer la culture, c’est détruire des rêves. C’est empêcher des vocations, des envols et ces rencontres qui peuvent changer une vie. Alors, en signe de protestation, je me suis fait interdire de Casino.

Crise cardiaque.

Maurice G. Dantec.

C’est La Sirène rouge que j’ai pris dans la gueule, d’abord. Un « Léon » sans la mièvrerie. Puis Les Racines du mal, un second uppercut, comme au temps où je découvrais Selby Jr. Après, on m’a dit qu’il était devenu fou, savant, génial, catholique, canadien, robot, réactionnaire, royaliste, techno-philosophe. Et maintenant, on me dit qu’il est mort. Les gens disent n’importe quoi.

Les amants du Lutecia.

Dans Les Quatre Saisons de l’été, l’un des couples est inspiré par les « amants du Lutecia ». La formidable Julie, libraire à Clichy*, chez qui j’ai eu une épatante séance de dédicace samedi dernier, pleine de belles rencontres, m’a donné cette photo d’eux. C’est encore plus bouleversant maintenant.

Les amants du Lutecia

*Librairie Villeneuve, 5 rue Villeneuve. 92110 Clichy, où l’on trouve toujours Les Quatre saisons de l’été, éditions Lattès.

De nouveau en Amérique (1). Floride.

Gun

Un supermarché à Spring Hills, Floride. Au hasard des rayons, un rayon de la mort, comme le chantait Léo Ferré. Du coup, je me suis acheté un gilet pare-balles. Je ne le quitte pas, malgré les 26°.

La fin du chemin*.

Je me souviens que ma mère avait trouvé osées les paroles de Pour un flirt. Plus tard, quand il a chanté Les Divorcés, elle a pleuré. Ce matin, ils chantent ensemble.

Delpech

*Les paroles, ici.

Madame promène son cul*.

Madame

La Jacob emperruquée, seule dans du velours rouge, ambiance maison, michetons de la bourge, trouduculteurs, nous narre avec les mots choyés, niveau Nobel, d’un bébé* Audiard, sa bouseuse vie, arrivée à Paname, rencontre avec Landru, Henri-Désire s’il vous plait, ouvrière dans les bombes, à l’armistice mariée à un poilu par sens patriotique, lequel avait laissé une jambe, un bras, un bout de cervelet au champ d’Honneur, encloquée deux fois, qu’on retrouvaille chez une coutière. C’est sur les boulevards qu’elle rencontre le barbillon, un contingent de tirailleurs sénégalais à lui tout seul, bâton d’amour immense, inépuisable, qui repousse les limites du plaisir, et voilà Madame en maison, où la mère Maq est « comme une mère supérieure mais maquillée », quinze ans d’amour qui fatiguent, et puis la seconde de guerre, les boches polis, les fridolins friqués, la libération et l’écœurement. Madame devient Madame, gère son claque avec fermeté, mais c’est son troisième chiard, l’enfant de l’amour, qui la chavire. De poulette, la voilà mère poule. Le loupiot grandit au lait de la tendresse. Quand il a l’âge des poils, c’est l’Algérie. Il est dans les Aurès. Il y a du moche. De l’indicible. Ça se boucle sur une date. Un souvenir pourpre. Le 17 octobre 1961.
Madame* est servie par un texte remarquable d’humour et de cocasserie, enfant d’Audiard et de Janson, revêtue d’une Catherine Jacob au firmament du classieux, du vulgos retenu et de l’humain. Quatre-vingt minutes de bonheur, par les temps qui courent, ça se refuse pas. (Vite, ça finit le 20 décembre).

* Les remparts de Varsovie, Jacques Brel. **Rémi de Vos, Madame, suivi de Projection privée et de L’Intérimaire, Actes Sud Papiers (2011).*** Madame, mis en scène par Rémi de Vos, interprété par Catherine Jacob, Théâtre de l’œuvre à Paris.

Un vide.

Je me souviens. J’avais dix-huit ans. Je venais de l’entendre à la radio et je m’étais précipité à la librairie Giard, à Valenciennes, pour acheter son livre Des choses cachées depuis la fondation du monde*. Cela avait été une lecture fascinante qui m’avait valu la même note que mon âge à l’épreuve de philo au bac. Plus tard, bien qu’il l’écrivît plus tôt, il y avait eu Mensonge romantique et vérité romanesque** et là aussi, j’avais eu un choc. Un beau. Merci pour les chemins tracés, René Girard.

rene_girard

*Grasset, 1978 et **1961.