Archive | Humeur.

De nouveau en Amérique (1). Floride.

Gun

Un supermarché à Spring Hills, Floride. Au hasard des rayons, un rayon de la mort, comme le chantait Léo Ferré. Du coup, je me suis acheté un gilet pare-balles. Je ne le quitte pas, malgré les 26°.

La fin du chemin*.

Je me souviens que ma mère avait trouvé osées les paroles de Pour un flirt. Plus tard, quand il a chanté Les Divorcés, elle a pleuré. Ce matin, ils chantent ensemble.

Delpech

*Les paroles, ici.

Madame promène son cul*.

Madame

La Jacob emperruquée, seule dans du velours rouge, ambiance maison, michetons de la bourge, trouduculteurs, nous narre avec les mots choyés, niveau Nobel, d’un bébé* Audiard, sa bouseuse vie, arrivée à Paname, rencontre avec Landru, Henri-Désire s’il vous plait, ouvrière dans les bombes, à l’armistice mariée à un poilu par sens patriotique, lequel avait laissé une jambe, un bras, un bout de cervelet au champ d’Honneur, encloquée deux fois, qu’on retrouvaille chez une coutière. C’est sur les boulevards qu’elle rencontre le barbillon, un contingent de tirailleurs sénégalais à lui tout seul, bâton d’amour immense, inépuisable, qui repousse les limites du plaisir, et voilà Madame en maison, où la mère Maq est « comme une mère supérieure mais maquillée », quinze ans d’amour qui fatiguent, et puis la seconde de guerre, les boches polis, les fridolins friqués, la libération et l’écœurement. Madame devient Madame, gère son claque avec fermeté, mais c’est son troisième chiard, l’enfant de l’amour, qui la chavire. De poulette, la voilà mère poule. Le loupiot grandit au lait de la tendresse. Quand il a l’âge des poils, c’est l’Algérie. Il est dans les Aurès. Il y a du moche. De l’indicible. Ça se boucle sur une date. Un souvenir pourpre. Le 17 octobre 1961.
Madame* est servie par un texte remarquable d’humour et de cocasserie, enfant d’Audiard et de Janson, revêtue d’une Catherine Jacob au firmament du classieux, du vulgos retenu et de l’humain. Quatre-vingt minutes de bonheur, par les temps qui courent, ça se refuse pas. (Vite, ça finit le 20 décembre).

* Les remparts de Varsovie, Jacques Brel. **Rémi de Vos, Madame, suivi de Projection privée et de L’Intérimaire, Actes Sud Papiers (2011).*** Madame, mis en scène par Rémi de Vos, interprété par Catherine Jacob, Théâtre de l’œuvre à Paris.

Un vide.

Je me souviens. J’avais dix-huit ans. Je venais de l’entendre à la radio et je m’étais précipité à la librairie Giard, à Valenciennes, pour acheter son livre Des choses cachées depuis la fondation du monde*. Cela avait été une lecture fascinante qui m’avait valu la même note que mon âge à l’épreuve de philo au bac. Plus tard, bien qu’il l’écrivît plus tôt, il y avait eu Mensonge romantique et vérité romanesque** et là aussi, j’avais eu un choc. Un beau. Merci pour les chemins tracés, René Girard.

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*Grasset, 1978 et **1961.

Surréaliste.

Entre dadaïsme et Oulipo, la traduction en français du mode d’emploi du ventilateur chinois HJ-180 de marque Hongjian, relève du bonheur absolu, et confirme l’expression C’est du chinois. Même en français. (Ligne 4 par exemple : « Comme plastique que la principale matière plastique… »).

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New York est un livre. (Dernier chapitre).

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New York est bavarde.
Elle s’écrit dans la rue, sur les terrains de baskets enclavées et grillagés, dans les musées, dans les perspectives, dans les couloirs de métro (où on fait de l’art en arrachant les affiches), dans les boutiques,  dans la comfort food, dans le métro (où la clim endort la violence), dans la passion que la ville porte à son équipe de baseball, derrière chaque fenêtre enfin, et elles sont des millions.
Je referme à regret ce livre ; ces histoires qui écrivent toutes nos histoires.

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Un immense merci à Dana Philp pour ses photos.

New York est un livre. (Premier chapitre).

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A New York depuis quelques jours. Cette ville aux Huit millions de façons de mourir. Ce tourbillon où l’on est Chez les heureux du monde.Harry rencontre Sally. Où les langues se bousculent. Où les couleurs de peaux dessinent le plus beau des drapeaux. Où le No smoking politiquement correct l’a emporté sur le Smoke d’Auster. Cette ville où le Memorial des Twin Towers est l’une des choses, ici, qui m’a fait pleurer. Cette ville où Basquiat est devenu un génie dans la rue. Où Lennon a été assassiné. Où Sargent, où Capote, où Easton Ellis, où McInerney, où Scott Fitzgerald, où Selby Jr (et son immense nouvelle Tralala). New York ne me laisse pas le temps de lire. Elle est elle-même un livre. Un livre d’images dans lequel je passe. Dans lequel on ne fait tous que passer. Il s’agit d’histoires de buildings. De modes qui s’écrivent à chaque pas. New York est un livre de poésie et de rébellion (l’un ne va pas sans l’autre). Un livre qui raconte la chance, et le vertige, que nous avons d’être vivants. Alors, je vis.

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