Archive | Invités.

Invitée #35. Laurence Tardieu.

Salon du livre de Nice, début juin 2019. A l’heure du déjeuner, nous nous retrouvons dans un restaurant sur la plage. Il y a de longues tables, face à la mer. Chacun s’installe où il veut. Soudain, j’entends une voix que je ne connais pas. Douce. Presque délicate. Je regarde de quel visage elle vient et il me semble le reconnaître alors que je ne le connais pas. Nous nous présentons, échangeons nos prénoms et je devine que c’est elle. Elle ressemble à ses livres*. Elle en incarne la beauté grave. Et quand elle sourit, ce sont tous les livres qu’elle semble faire danser. Elle est rare. Et furieusement douée. Je suis extrêmement heureux qu’elle ait accepté de nous confier l’un de ses coups de cœur. Merci Laurence.

Ah ! Comme je suis reconnaissante à Grégoire Delacourt de me donner un espace pour parler de ce livre**, dire à quel point sa lecture a provoqué un tremblement intérieur en moi, qui depuis ne m’a jamais quittée. Et ils sont rares, ces textes qui, une fois lus, ne nous quittent plus, demeurant comme des puits de lumière au-dedans de nous, des pulsations de vie, des espaces imaginaires auxquels nous pouvons revenir nous amarrer et reprendre notre souffle, retrouver du sens, nous souvenir de la joie. Alors, voilà. Pas envie de vous raconter l’histoire. Vous dire simplement que ça commence avec le monologue intérieur d’une vieille femme qui vit ses derniers jours et se demande comment, à présent qu’elle est si faible, elle pourrait atteindre la fenêtre de sa chambre, c’est traversé tout du long par l’image poignante d’un lac près d’un kibboutz, lac qui aujourd’hui n’existe plus et a marqué à jamais une enfance, la vieille femme a deux enfants, un garçon et une fille, qu’elle n’a jamais su aimer de la même façon et c’est obsédant de questionnements sur la famille, sur l’amour filial, la difficulté à aimer, l’usure du quotidien, l’appel du vertige, enfin ça s’achève sur une des plus belles scènes que j’ai jamais lues, qui a changé quelque chose en moi dans mon rapport au monde, aux autres, à l’enfance, à la liberté, et qui me hante encore, scène que je ne vous raconterai pas mais qui parle d’adoption, qui raconte un sursaut de vie envers et contre tout – le tout porté par une langue lyrique somptueuse, affutée et ample, une langue qui fait entendre le souffle des vies de chacun des personnages, et qui est à ce point juste qu’elle fait aussi – et c’est bien la puissance de la littérature, non ? – entendre le souffle de nos vies à chacun. Oui, je dis bien : le souffle de nos vies. Ce qui bat en nous, là, en secret, qu’on soit homme, femme ou enfant – qu’on soit simplement vivant. Lisez ce texte, oh lisez ce texte, que je porte encore dans mon cœur, dans mon corps.

*Dernier livre paru : Nous aurons été vivants, aux éditions Stock. En librairie depuis le 2 février 2019.
**Ce qui reste de nos vies, de Zeruya Shalev. Éditions Gallimard, « Du monde entier ». Sorti le 4 septembre 2014

Invitée #34. Laurence Gilardi (5/5).

Sophie DivryRentrée Littéraire 2018. Trois fois la fin du monde, de Sophie Dirvry. Éditions Noir sur Blanc. À la Rose des vents et dans toutes les bonnes librairies depuis le 23 août 2018.
C’était le dernier des cinq coups de cœur de la rentrée de mon adorable et généreuse trente-quatrième invitée.
Merci Laurence !

Invitée #34. Laurence Gilardi (4/5).

laurent SeyerRentrée littéraire 2018. Les poteaux étaient carrés de Laurent Seyer. Éditions Finitude. À la librairies de Laurence à Dreux depuis le 23 août 2018 .Sélectionné pour le Grand Prix Sport & Littérature, pour le Prix des lecteurs (Escale du livre) et le Prix du premier roman de la librairie l’Esprit Large.

 

Invitée #34. Laurence Gilardi (3/5).

 

Bulle

Rentrée littéraire 2018. Là où les chiens aboient par la queue, de Estelle-Sarah Bulle, aux éditions Liana Levi. À la librairie La rose des vents depuis le 23 août 2018. Prix Stanislas 2018.

Invitée #34. Laurence Gilardi (2/5).

Brad watson

Rentrée littéraire 2018. Miss Jane, de Brad Watson. Éditons Grasset. À la librairie La Rose des Vents à Dreux depuis le 5 septembre 2018.

Invitée #34. Laurence Gilardi (1/5).

Cela remonte à 2011.
L’Écrivain de la famille venait de sortir et, fébrile, je feuilletais les magazines, les quotidiens, me baladais sur Internet afin découvrir les premières réactions et je suis assez vite tombé sur celle de Laurence Gilardi, libraire à La Rose des Vents, à Dreux, qui partageait son grand enthousiasme sur mon premier roman. Je lui ai donc aussitôt écrit pour la remercier, puis elle m’a invité dans sa belle librairie et depuis, j’ai découvert une personne généreuse et nous sommes devenus amis.
Il y a longtemps maintenant que je souhaitais qu’elle soit l’une des invitées de ce blog mais son élégante timidité la retenait. Je suis resté tenace, confiant, et ça a payé : la voici enfin, avec non pas un, mais cinq coups de cœur (sa fameuse générosité) en cette Rentrée littéraire 2018. Elle vous en présente un chaque jour, ici même.

Dieudoné

Rentrée littéraire 2018. La vraie vie, de AdelineDieudonné, aux Éditions L’Iconoclaste. À La Rose des ventes à Dreux depuis le 29 août 2018. Prix du Livre Fnac 2018. Et ce n’est pas fini.

Invitée #33. Anne-Laure Bonnange.

Il faut être allé à la librairie Les Mots Passants*, à Bandol, pour découvrir à quel point Anne-Laure Bonnange est une libraire exceptionnelle. Elle est capable d’enchanter les clients avec ses mots à elles et avec ceux des livres qu’elle recommande. Elle n’est d’ailleurs pas une librairie mais une amie. Elle a pour chacun la bonne posologie, lisez d’abord celui ci, puis enchaînez avec celui là. Les clients reviennent, non pas guéris (on ne guérit jamais du bonheur de lire), mais enchantés à l’idée de recevoir une nouvelle ordonnance. Et si d’aventure, vous aviez tous les livres du monde chez vous, passez chez elle – ne serait-ce que pour la beauté de son sourire.
Je lui ai demandé de nous présenter l’un de ses coups de cœur. Le voici.

Invitée #33

« Lorsque j’ai ouvert ce roman** pendant mes 3 jours de vacances estivales fin août, je l’ai appréhendé un peu blasée : « bon ben c’est la rentrée littéraire, faut bien lire un peu de tout ».
Et puis les pages se sont mises à tourner toutes seules, mes enfants ne m’ont quasi pas vue pendant ces 3 jours !
Une histoire tellement taboue dans les familles françaises que cette période des « évènements d’Algérie », comme il faut dire. Et moi, au fil des pages, je me rendais compte que j’étais totalement vierge de toute connaissance du sujet.
Alice Zeniter nous transporte dans ses racines comme si c’était les nôtres, et le destin tragique de ces milliers de personnes bannies de tous côtés est enfin révélé au grand jour.
Un bijou de style, un ravissement de contenu.
Bref, une pépite que j’ai soutenue depuis 4 mois. Et mes clients de me faire confiance aveuglément et de l’acheter pour eux, pour leurs proches; et leurs retours de lecture avec de grands mercis et de francs sourires…
L’extase pour la petite libraire que je suis. »

*Librairie Les Mots Passants, 303 avenue du 11 novembre, 83150 Bandol. Ouverture : 9 h 30 – 13 h puis 14 h 30 – 18 h 30. Téléphone : 04 94 41 75 91.
**L’Art de perdre, de Alice Zeniter. Éditions Flammarion. En librairie depuis le 16 août 2017. Prix Littéraire Le Monde 2017. Prix des Librairies de Nancy 2017. Prix Goncourt des Lycéens 2017.

Invité #32. Frank Andriat.

Il me semble que je connais Frank depuis toujours. Ce qui est évidemment faux puisque je suis un jeune écrivain et lui un éternel jeune homme doublé d’un vieil écrivain. Nous nous sommes connus par nos textes et les mots ont fait le reste. Avec 85 livres (tous genres confondus) derrière lui, son enthousiasme intact et son indiscutable talent me donnent l’impression qu’il se jette dans chacun de ses livres comme dans un premier roman, avec cette foi émerveillée, son besoin grandiose de partager l’amitié, la chaleur humaine, tant d’amour au travers de ses personnages. Frank sait mieux que quiconque qu’un livre peut changer une vie et comme il est l’homme le plus altruiste que je connaisse, il écrit aussi pour agrandir la vie de ceux qui sont à l’étroit. Respect, l’ami.
Je lui ai demandé de nous présenter l’un de ses coups de cœur, le voici.

Frank Andriat Invité

« ÉCRIRE, C’EST S’ARRÊTER, écouter le silence, se laisser émouvoir par la vie, lâcher prise, s’abandonner. Il existe beaucoup trop de livres bavards. Ceux qui vont à l’essentiel sont d’autant plus précieux : Monsieur Origami* de Jean-Marc Ceci en fait partie. Un premier roman. Un livre qui, depuis sa parution en septembre 2016, connaît un destin solaire : trois prix littéraires** et surtout des milliers de lecteurs ravis.
Un livre qui nous offre de nous déplier, de respirer, d’aller à l’essentiel. Un roman qui nous invite à fréquenter nos ombres et notre clarté. Kurogiku nous conduit du Japon en Toscane : il y rencontre Casparo et Elsa. Il y rencontre le silence qui lui permet d’ouvrir un dialogue avec lui-même et avec cette vie qui le dépasse. Monsieur Origami n’est pas un livre tapageur qui envahit : ce roman sobre, délicat, avançant sur un fil, accompagne son lecteur, va à sa rencontre sur la pointe des pieds.
Lorsque j’ai lu Monsieur Origami, le temps s’est figé. Les mots de Jean-Marc Ceci m’ont conduit vers la plénitude. Le roman et moi, nous nous sommes tus ensemble. Comme on peut le faire avec un véritable ami. Il m’a offert une autre vision du temps : plutôt que de le mesurer et d’en devenir l’esclave, je me suis mis à le contempler. J’ai respiré le parfum tranquille des mots en suspens. Comme Kurogiku qui tente de comprendre comment le monde est plié. Et comment, après qu’on l’a déplié, il n’est pas chiffonné.
Il y a des livres qui indisposent tant leur auteur est imbu de lui-même et de sa froide intelligence, d’autres qui irritent gentiment parce que leur auteur se noie dans le flot de mots qu’il engendre. Monsieur Origami est un livre qui enchante. Il vient du cœur, il est écrit comme une respiration paisible et il célèbre la vie dans son immobilité silencieuse. Sans effets de manches, il conduit à l’humain. Il nous dépouille du brouhaha et nous habille de légèreté.
J’aime les livres (et les auteurs) généreux. Ceux qui sèment et qui permettent de grandir. Ceux qui prennent soin de leurs lecteurs en les menant vers la lumière, sans pour cela nier les ombres. Les livres qui posent les bonnes questions : À quoi sert-il d’avoir si être nous manque ? nous demande Ceci en nous laissant le choix de la réponse.
Monsieur Origami réussit un pari merveilleux : celles et ceux qui le lisent inventent, en le découvrant, d’autres livres, ceux que l’on peut créer en pliant mille et une fois les mots de Jean-Marc Ceci. Comme lorsqu’on fait un origami. C’est du grand art. Celui de la paix et de l’harmonie. »

*Monsieur Origami de Jean-Marc Ceci, Éditions Gallimard. En librairie depuis le 25 août 2016.
**Prix « Jeune Mousquetaire » de Nogaro 2017. Prix Edmée de La Rochefoucauld 2017. Prix Murat 2017 Un roman français pour l’Italie.