Archive | Invités.

Invité #11. Yves Grannonio.

Yves Grannonio est un type imprévisible. Alors qu’un jour il reçoit, dans sa belle librairie à Brie-Comte-Robert* un auteur (célèbre) en dédicace, il voit un jeune homme tendre son manuscrit à l’auteur (célèbre). Mais celui-ci, d’un revers de main, l’envoie paître. Choqué, Yves demande alors à lire le texte du jeune homme, et plus tard, à la seconde où il le termine, et parce qu’il adore l’histoire, parce qu’il est convaincu qu’elle doit exister, Yves sait qu’il va devenir éditeur.
En octobre 2011, les éditions Grannonio publient le très chouette premier roman de Nicolas Carteron, Une Éternité plus tard, qui rencontre un beau succès. Suivront, en septembre 2012, du même Nicolas, Elle était si jolie, (des rebondissements dingues) puis, en novembre 2013, Se souvenir des beaux lendemains, (pas encore lu). Il y a quatre mois, il a publié un recueil de nouvelles de Kaczynski : La féminité du phallocrate.
Ce « sens de l’autre » fait de Yves un libraire épatant, un éditeur sincère et un homme charmant. Un ami. Je lui ai demandé de nous présenter l’un de ses coups de cœur. Le voici.

5 aug 14

« Parti en voyage au Groenland avec des collègues paysans, Landry, subissant un divorce et une désillusion vis-à-vis de son métier et du rapport face à la nature, est victime d’un grave accident qui l’oblige à rester en convalescence sur place pendant plusieurs mois. Lorsqu’il retourne en France, c’est un homme nouveau et déterminé à changer les choses. C’est ce moment que choisit un volcan islandais, pour entrer en éruption et plonger l’Europe sous un nuage de cendres. Face à cette catastrophe écologique sans précédent, l’Homme doit réapprendre à vivre dans cette nuit perpétuelle. Landry et le reste de son village comprennent alors que pour survivre, il faudra s’entraider et s’adapter face à une nature en plein bouleversement.
S’inspirant d’une anecdote historique datant du XVIIIe siècle, qui avait conduit une partie de l’Europe vers la famine et ensuite la Révolution, Anne Delaflotte Mehdevi tisse un magnifique roman** contemporain mais aussi une réflexion sur notre futur et le rapport à la nature et la vie tout simplement ».

* Librairie du Château. 2, place du Marché. 77170 Brie-Comte-Robert. ** Sanderling, d’Anne Delaflotte Mehdevi, aux éditions Gaïa, en librairie depuis août 2013.

Invitée #10. Lorraine Fouchet.

Lorraine, sans doute parce qu’elle fut très longtemps urgentiste, est une femme qui n’aime pas l’inutile. Je vais donc être bref. Obtient le bac C en 1974 avec 4 en maths. Père : Christian, ministre du Général de Gaulle (d’où son prénom). Amis de la famille : les « 3M », Malraux, Maurois (pas Pierre), Mauriac. Médecin à Necker. Urgentiste (on l’a déjà dit). Médecin de garde dans les ambulances de réanimation du SAMU. Puis des théâtres parisiens. Puis du palais omnisport de Bercy. (Vous avez vu comme elle s’éloigne de la science, se rapproche de la création). A 40 ans, change de vie en une seconde. Papier, crayon, imagination. Un immense talent. Résultat, 16 livres dont le magnifique J’ai rendez-vous avec toi. Ah, j’allais oublier. Lorraine est une très belle personne. Je lui ai demandé de nous présenter l’un de ses coups de cœur. Le voici.

27 jul 14

 » Antoine Laurain a écrit « Le Chapeau de Mitterrand ». J’ai aimé son chapeau-talisman qui passe de tête en tête, nous fait perdre la boule et croire à l’impossible. Il vient de publier « La femme au carnet rouge ». J’ai aimé son narrateur, libraire, qui trouve un sac dans la rue et recherche sa propriétaire. Outre le fameux carnet rouge où l’inconnue note ses pensées, il contient du parfum, un ticket de pressing, des hiéroglyphes, des photos, un livre dédicacé de Patrick Modiano, aucun papier d’identité. On boit du Fixin dans ce roman, on dore à la feuille, on nourrit le chat Belphégor, on vibre. Je me suis laissée bercer par sa petite musique élégante et subtile, je me suis couchée tard pour savoir si, oui ou non, le héros allait réussir dans sa quête. J’ai trépigné en essayant de lui souffler le nom et l’adresse de Laure. Puis j’ai vidé mon propre sac à main sur la table, et je me suis demandée s’il m’aurait retrouvée. »

La Femme au carnet rouge, Antoine Laurain, édition Flammarion. J’ai rendez-vous avec toi, Lorraine Fouchet, éditions Héloïse d’Ormesson.

Invitée #9. Barbara Constantine.

La première fois que j’ai rencontré Barbara, c’était sur le plateau de « La Grande Librairie ». À un moment, évoquant la maison dans Et puis Paulette*, où des « vieux » se regroupent, décident de décider de leur vie, de ne compter que sur eux-mêmes, François Busnel lui demande si elle ouvre une piste de réflexion sociétale, elle répond non, surtout pas ; je raconte juste leur histoire, je n’ai pas ce genre de message. J’ai alors pensé que Barbara était extrêmement sérieuse.
La deuxième fois, ce fut à Bourg-en-Bresse, dans la librairie de Lydie Zannini. Nous étions plusieurs auteurs, des tables avaient été dressées dehors, la foule était dense, il faisait beau et elle et moi avons ri comme des baleines, et j’ai alors pensé que Barbara était extrêmement drôle.
Extrêmement sérieuse et extrêmement drôle, c’est finalement la définition même de la vie. Et c’est ce que Barbara écrit le mieux. Je lui ai demandé de nous présenter l’un de ses coups de cœur. Le voici.

12 jul 14

« Octobre 1918. Jeanne attend le retour de Toussaint. Il rentre. Pas des tranchées, mais du service des gueules cassées.
On disait que leurs obus ne faisaient que des bleus, que leurs shrapnels éclataient mollement, que leurs balles traversaient la chair sans rien déchirer. (…) On disait que dans nos rangs les pertes étaient minimes. (…) On disait que le printemps, un matin, allait revenir.
Une putain de belle histoire d’amour ».

Les Fleurs d’hiver, Angélique Villeneuve, éditions Phébus. *Et puis Paulette, Le Livre de Poche.12

Invitée #8. Béatrice Galpin.

Galpin. Un nom riant, comme aurait dit ma mère. Galpin. Galopin. Lutin. Clopin. Copain. Escarpin. Ce qui tombe bien, parce que Béatrice aime les rimes de la poésie. Elle en écrit d’ailleurs. Des petits poèmes, pour elle-même (et quelques amis). Des ritournelles douces qui n’ont d’autre prétention que d’être une embellie dans le gris de la vie. Et quand elle n’est pas poétesse, (ou qu’elle est au boulot avec un patron… hum hum), Béatrice est une lectrice acharnée. Elle aime lire. Elle aime les livres. Elle aime les auteurs qui la font rêver. Elle peut faire deux cents, trois cents kilomètres, parfois plus, pour en rencontrer un dans un salon du livre. Ou dans une librairie. Passer quelques moments avec lui (ou elle) et vérifier si l’auteur ressemble bien à ce qu’il écrit. Un jour, à un auteur qu’elle trouvait très chouette, elle a offert une petite chouette. Je lui ai demandé de nous présenter l’un de ses derniers coups de cœur. Le voici.

27 jun 14

« Son carnet rouge, de Tatiana de Rosnay est mon  4ème roman de cette auteure. Attention, c’est brûlant, le rouge de ce carnet. A travers 11 petites nouvelles, tout ce qui ne se dit pas, ne se fait pas, lorsqu’on est en couple. L’histoire se répète sous plusieurs formes, plusieurs scènes décrites où vos lèvres vont esquisser un sourire, malgré le sujet… L’adultère. Où l’Amour s’enfuit-il ? Sommes-nous dans l’air du temps où le besoin est d’avoir toujours plus ? De l’interdit qui attire ? Le manque de communication, dans certains cas, éviterait-il des faux pas ? La société nous a donné d’autres moyens que nos parents n’avaient pas, pour communiquer, ils s’avèrent parfois dangereux, en dehors de leur côté pratique. Dans ce livre, un jeu de rôle, je te trompe parce que tu m’as trompé(e), d’autres écarts, des petits bouts de libertinage, des manques, des envies non satisfaites. De l’amour avec des sentiments multiples, agrandis à plusieurs partenaires.  Avec beaucoup d’humour, le sujet est exploité, parcourir ces pages vous fera sourire et aussi voir certains objets différemment… Mais ne devenez pas parano, l’amour existe. »

Déjà en librairie. Retrouvez les coups de coeur de Béatrice sur son blog : croccbooks.wordpress.com

Invitée #7. Audrey Petit-Rousseau.

À côté d’Audrey, Samantha Stephens (Ma Sorcière bien aimée) c’est de la petite bière. Bouger le bout de son nez, ouvrir la porte d’un placard sans la toucher, faire un gâteau les mains dans les poches et épouser un publicitaire, c’est assez tartignole. Une vraie sorcière est capable, elle, de choses bien plus extraordinaires. De dénicher par exemple, parmi les 1500 livres qu’elle reçoit chaque année, les 235 qu’elle publiera. D’aimer chacun d’eux, comme elle a aimé Yellow Birds de Kewin Powers (le premier roman qu’elle publia au Livre de Poche). D’être toujours disponible pour ses auteurs. D’avoir pour eux le temps qu’elle n’a pas pour elle. De leur offrir les mots qui les font grandir. Et de pouvoir de partager avec l’un d’eux, s’il le faut, un bol de lait chaud avec la « peau », bien qu’elle abhorre la « peau » du lait chaud. Je suis fier qu’Audrey soit mon éditrice au Livre de Poche. Fier d’avoir, grâce à elle, rejoint la maison de Prévert, Fournier, Hislop, Olmi, Giono, Guenassia et mille autres. Je lui ai demandé quel était l’un de ses récents coups de cœur. Le voici.

12 jun 14

« J’ai découvert ce formidable récit de voyage* sur les conseils d’un autre écrivain-voyageur. Trois cents pages intenses à travers le Congo actuel mais aussi sur les pas du missionnaire David Livingstone, au plus près de sa folie, de sa détermination. Deux histoires parallèles qui s’entremêlent, se font écho, servent d’écrin à une incroyable histoire d’amour. Pourquoi part-on ? Pour revenir ? Pour aller à la rencontre de l’autre, ailleurs ? Ou pour goûter un peu de ce formidable vertige qui compose la vraie liberté ? Dans un style à la fois riche et simple, Guillaume Jan nous embarque dans sa quête. On en ressort plus fort, émerveillé d’avoir essayé d’attraper, le temps d’un livre, un peu de l’ivresse du voyage, de cette troublante nostalgie qui nous fait regretter une époque que l’on n’a pas connue, un peu de cette passion, enfin, qui anime l’écrivain-voyageur. »

*Traîne-Savane (Vingt jours avec David Livingstone) de Guillaume Jan. Editions Intervalles, paru le 24 avril 2014.

Invité #6. François Kermoal.

François Kermoal est journaliste. Mais c’est surtout une sorte de grand timide. Ou de vrai modeste. Il a écrit pendant des années, chaque semaine, un éditorial brillant sur le monde (curieux) de la pub dans Stratégies dont il était rédacteur en chef. Puis il s’est attaqué à faire de L’Entreprise un mensuel moderne (sans porter un T-shirt rayé blanc et bleu). Et il y est parvenu, juste au moment où les entreprises devinrent malaimées (à partir du 6 mai 2012 environ). François écrit mieux que bien ; un jour il fera un livre, ou réalisera un film. Il hésite encore. Il croit à Internet, à la technologie, au digital, et certains soirs, quand on discute de ce monde-là (merci le petit Ventoux), il me trouve ringard. Je lui ai demandé de nous présenter l’un des ses coups de cœur.

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« Que ferions-nous si nous pouvions changer le passé ? En profiterions-nous pour (nous) inventer une autre histoire, un autre destin? Quand Elias Ein, un septuagénaire un peu fatigué par la vie, débarque à Braunau pour y couler une retraite paisible, il ne se doute pas que la maison qu’il vient d’acquérir dans ce bourg autrichien paumé renferme un trésor : une bibliothèque qui sert d’écrin à toutes les vies du monde. Le Livre secret va faire basculer la sienne, au propre et au figuré. Ce premier roman haletant de Gregory Samak, écrit comme une conte, est aussi une belle histoire littéraire. Le livre a d’abord été auto-édité par son auteur dans une version numérique pour Kindle. Les commentaires élogieux de ses premiers lecteurs ont persuadé Flammarion Versilio de l’imprimer sur papier. Pour de vrai. »

 

 

 

 

 

Invitée #5. (Une) femme nue devant sa glace.

Ce qu’il y a de formidable avec un libraire (contrairement à une machine), c’est qu’il vous conseille au mieux et vous fait rencontrer des livres que vous n’attendiez pas.
Ce qu’il y a de formidable avec un libraire formidable, c’est qu’il a toujours faim de découverte : vous pouvez aussi lui faire découvrir un livre.
Lorsque j’ai parlé de celui de Jean Grégor, Femme nue devant sa glace, (Ed. Fayard), à Lydie Zannini (libraire à Bourg-en-Bresse), elle l’a lu tout de suite et, comme moi, l’a savouré. Elle en parle d’ailleurs très bien : « Nathalie, fille paumée, née en province, montée à Paris. McDo, cigarettes, tapin… Retrouvée inerte tabassée sur un trottoir. Robence le flic remonte à la source de son passé pas facile, mais on comprend que la lâcheté des hommes l’a accompagnée souvent. Sa vie ne fut pas drôle.
Désolée messieurs, ce livre n’est pas un roman en votre honneur. Quoique. Un flic va améliorer mon regard sur la gent masculine. Sa femme aussi d’ailleurs. Un couple que j’aimerais bien connaître car il en faudrait beaucoup comme eux ». Merci Lydie. Et merci Jean.

17 may 14

Disponible à la Librairie du Théâtre Zannini. 8 Cours de Verdun. 01100 Bourg-en-Bresse et dans toutes les autres bonnes librairies.

Invitée #4. Valérie Tong Cuong.

Valérie pourrait être un personnage de roman. Elle est belle, douée, mariée à un très chouette type (auquel elle dédie tous ses livres), elle chante, elle enchante, elle ne mange pas de gluten, boit peu mais de l’excellent, du classé, aime rire ; elle est attentionnée, attentive aux autres et possède un sourire désarmant. Elle a écrit 9 livres et loin d’y décrire des personnages formidables (comme elle), elle s’attache à nous faire aimer ceux que la vie n’aime pas (ou plus).
Dans L’Atelier des miracles (Lattès 2013), elle en fait une époustouflante démonstration. Et comme chez elle la bienveillance n’est pas antithétique du chagrin, elle a obtenu le Prix de l’Optimisme pour ce roman. Ce qui tombe bien en ces périodes… hollandaises.
Je lui ai demandé de nous présenter un de ses livres coup de cœur. Le voici :

12 may 14

« Qu’y-a-t-il de plus irrésistible que la mer ? Une histoire d’amour, peut-être…
Car contrairement à la mer, on n’entre pas dans une histoire d’amour seulement jusqu’aux genoux. » À Patelin, petit village victime de la désertification médicale, le conseil municipal a une idée des plus surprenantes pour attirer un jeune docteur : lui faire croire jusqu’à l’absurde que Patelin est situé en bord de mer. Tous s’emploient à mettre en scène la supercherie. Tous, sauf Louise, tout juste rentrée de Paris, où ses rêves d’avenir viennent d’être piétinés lors d’un casting cruel pour un télé-crochet. Avec « Presque la mer », d’une écriture comme toujours délicate et précise, Jérôme Attal nous emmène dans une comédie tendre, une promenade aussi poétique que loufoque – sans se priver d’épingler certains de nos travers ou de nos méprises. Un roman qu’on lit le sourire aux lèvres et dont on sort le cœur plus léger !« (…) les jolies filles aiment les voyous, ne serait-ce que pour se prouver dans leurs moments fragiles qu’elles sont jolies, puisqu’elles pensent que les voyous et les voleurs chapardent uniquement ce qui est joli. En fait, les voleurs volent principalement ce qu’ils estiment pouvoir revendre, et la plupart du temps, cela ne concerne en rien la beauté ».