Archive | Les potes.

Au théâtre, on ne voyait que le bonheur.

Pendant que le printemps arrive lentement ici, à l’autre bout du monde, en Nouvelle Calédonie, Grégori Baquet et Murielle Huet des Aunay commencent à jouer On ne voyait que le bonheur, dans une adaptation qui m’a bouleversé. J’ai hâte que vous découvriez cette pièce incroyable, en Avignon cet été. Pour commencer.

ONVQLB Théâtre

Chouette, Lorraine revient !

Après le formidable Entre ciel et Lou*, Lorraine nous revient déjà (enfin), avec un nouveau cadeau. Je ne l’ai pas encore lu, le livre doit être en chemin vers ma boite aux lettres, mais je voulais partager cette excellente nouvelle avec vous. Dans trois semaines, nos coeurs battront plus fort.

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*Entre ciel et Lou, de Lorraine Fouchet, éditions Héloïse d’Ormesson (2016) et début avril au Livre de Poche.

Les envies de Lorette.

Il y a trois ans, une personne vint me voir lors d’une rencontre à Bruxelles. Elle se présenta en disant : je suis Jocelyne. Jocelyne Guerbette, l’héroïne de votre livre. J’ai adoré, prit-elle soin de préciser, et je voudrais la jouer. Je lui ai juste dit oui.
Trois ans plus tard, hier soir, je suis allée la voir jouer La Liste de mes envie, au petit et adorable Théâtre de la Samaritaine, et j’ai été sur le cul. Lorette est parfaite en Jocelyne, en Jocelyn, en les jumelles, en la psy de la Française des Jeux, en papa atteint d’Alzheimer. La mise en scène de Christian Dalimier, avec trois rubans, une machine à coudre et quelques bobines de fil est formidable. Quel bonheur !

la Liste de mes envies

 

Tout est bon dans le Fournier.

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En fait, il y a quatre excellents morceaux chez Jean-Louis.
Le Jean-Louis de La Grammaire impertinente, celui de Où on va papa ?, de La Noiraude, et enfin celui de Bonheurs à Gogos*.
Le premier date de la grande époque Desproges, des merveilleuses conneries qu’ils ont faites ensemble et « La Grammaire » est née de l’idée qu’il était, je cite, débile d’apprendre aux enfants la grammaire, et notamment la conjugaison de verbes en er avec aimer alors les morveux ne savent même pas ce que cela veut dire, aimer. D’où l’idée d’une grammaire qui conjuguerait péter, dans le premier groupe, et donnerait, de fait, de truculents exemples. Il est en effet bien plus amusant d’entendre sa grand-mère péter que de l’aimer.
Le second est plus grave et se nourrit de son histoire personnelle. Son père d’abord, médecin mort d’alcoolisme à 42 ans ; ses deux enfants, très lourdement handicapés, (aujourd’hui décédés) ; son adorable épouse, Sylvie, tombée brutalement et sans explication dans un tapis de feuilles d’automne, en forêt ; sa mère, sainte parmi les saintes ; à chaque fois des livres bouleversants et drôles car, comme il aime à répéter ce mot de Voltaire : « Il est poli d’être gai. »
Le troisième est poète (et paysan). Respect.
Le dernier est plus ronchon. C’est celui qui se moque de nos défauts, de nos tares et autres TOC, mais il le fait avec tellement de plaisir et d’aimable méchanceté qu’on se met à rire de nous avec lui. C’était le cas avec Mouchons nos morveux (en 2002), avec Trop (en 2014). Il récidive avec Bonheur à Gogos, en égratignant les gogos qui nous le promettent et les gogos qui y croient. Et, croyez-moi, ils sont nombreux.
Audiard n’a-t-il pas dit : « Si les cons volaient, il ferait nuit » ?

*Bonheur à Gogos, de Jean-Louis Fournier. Éditions Payot. En librairie depuis le 5 octobre 2016.

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Un sale livre.

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(Pendant la) Rentrée littéraire 2016. Un sale livre*, sale comme sale mec, sale con, sale arabe, sale pute, est bien sûr à mettre entre toutes les mains. Ce sale livre, c’est celui qu’une prof fait lire à sa classe de français. Et comme il s’agit de l’itinéraire d’un jeune réfugié syrien, victime de Daech, d’Alep à Mulhouse, un étranger quoi, ça coince avec certains élèves. Avec certains parents. Avec certaines peurs. Avec certaines hontes.
Frank Andriat est lui-même professeur – à Bruxelles. Et auteur de nombreux textes. Je l’ai bien souvent rencontré. C’est un homme doux ; de cette douceur qui est une bienveillance permanente, et qui consiste à systématiquement voir le verre à moitié plein.
Cet amour du monde et des autres qui fait son charme, affleure à chacune des pages de son dernier roman.
Et si le prétexte est malin (faire lire et voir un livre de plusieurs points de vue), le but de Frank est brillamment atteint : démontrer que la littérature, à défaut de changer le monde d’aujourd’hui, peut au moins construire celui de demain.

*Un Sale livre, de Frank Andriat. Éditions Mijade. En librairie à partir du 20 octobre 2016.

Selon Pierre Vavasseur.

La très belle liste de Pierre Vavasseur dans Le Parisien ce matin et son immense talent qui nous donne envie de tout lire.

Le Parisien sélection vavasseur

Rentrée littéraire 2016 – déjà.

Après la magnifique rentrée littéraire 2015 qui vit les Renaudot et Goncourt des Lycéens attribués à « D’après une histoire vraie » (Delphine de Vigan), l’énorme succès des « Gens dans l’enveloppe » (Isabelle Monnin), et l’accueil épatant fait à Crans-Montana (Monica Sabolo), revoici Lattès avec quatre romans français, et surtout une nouvelle et très belle direction artistique.
Je viens de les recevoir (merci Philippe). Je les lis et vous tiens au courant.

Lattès rentrée 16

Arrivée imprévue.

Philippe gourdin

Dans la série des romans de l’été, voici l’arrivée d’Arrivée imprévue*, de Philippe Gourdin. Un roman dont le héros dévore « les modernes Botéro et Sardou, Besson et Musso » (page 214) – à propos de ce Botéro, je n’ai trouvé qu’un Giovanni (1544-1617) auteur, entre autres, de De la raison d’État, et je doute qu’il s’agisse de lui – bref, les trois autres nous donnent un sérieux indice sur l’histoire qui se déroule ici, entre Noirmoutiers et Paris, via Los Angeles et San Francisco : une histoire d’amour impossible. Lui, Vivien, quarante ans, riche à voyager avec Netjets et rouler en Lamborghini intérieur cuir et extérieur blanc (page 8) ; il a quitté le monde des affaires pour une retraite anticipée (il ne la touchera sans doute pas au taux plein).
Elle, Samia, dix-huit ans de moins, beurette de banlieue, une banlieue de fait divers où les filles sont sifflées comme des chiennes et tombent toujours sur des sales types.
Rencontre de nuit. Il roule vers sa maison de rêve (douze cylindres rauques, ça fait du potin), elle fait du stop, et les voilà partis vers la mer, « cette chose immense, intemporelle, particulièrement respectable, ce concept définitif » (page 146).
Leur route sera belle et lente : on n’apprivoise pas aussi facilement tant de différences.
Et, page 225, un fou rire vous attend, ce qui est loin d’être désagréable.
Au-delà de l’exercice de genre – le roman d’été, et son nécessaire happy end –, c’est entre les lignes que réside la trajectoire du livre, dans ce que ces deux personnages mettent d’énergie pour vivre, malgré tout, pour atteindre ce lieu qui est la joie même d’être vivant, et peut-être ensemble.
C’est dans ce combat, si proche que celui que Philippe Gourdin a lui-même mené en d’autres circonstances, que se situe cette touchante arrivée imprévue : avoir survécu.

*Arrivée imprévue, de Philippe Gourdin. Éditons de l’Officine. En librairie depuis le 1 avril 2015.