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Le bonheur n’a pas de prix (littéraire).

Frank Andriat Le bonheur

Rentrée littéraire 2017. Au milieu des mastodontes de la rentrée, des compétiteurs de la plus grosse quéquette littéraire, voici un livre qui nous arrive, sur la pointe des pieds, ou plutôt sur les roulettes silencieuses d’une valise légère, et nous parle de ce tout petit truc qu’on oublie dans nos vies compétitives (comme une rentrée littéraire par exemple, le stress des listes de Prix, la violence des chiffres de vente ou des critiques qui ne sont pas toujours aimables, etc), dans nos vies encombrées : le bonheur. Pas celui des autres ou du monde, non, le nôtre, le petit, l’immense, celui qui équilibre nos existences et nous harmonise. Frank Andriat (que je ne vous présente plus) ose un livre* simple, généreux ; un personnage, Selma, nerveuse comme un écrivain en ce moment, engagée parce qu’elle est belle et que certains patrons pensent encore que la beauté (le tour de poitrine et la courbe des fesses, en fait) permet d’obtenir des contrats, une femme perdue en elle-même, qui, par la grâce d’une rencontre un jour de grève de la SNCF, va remettre ses pendules à l’heure. (La rencontre s’appelle Grégoire, il travaille dans l’édition et, page 133, croise un autre Grégoire, ce qui est assez drôle vous verrez). Et il n’en faut pas plus à Frank pour nous dérouler son histoire, sa chanson d’amour de la vie et du présent, un conte d’apparence légère, à contre-courant de tout ce qui vient d’être publié, et que j’ai lu avec joie comme on reçoit une brise vivifiante un après-midi d’orage. Un livre que tous les écrivains qui espèrent un Prix d’automne devraient lire. Histoire de se détendre.
*Le bonheur est une valise légère, de Frank Andriat. Éditions Marabout. En librairie depuis le 23 août 2017.

Une belle surprise.

Magnifique couverture du très beau livre de Laurent Binet, découverte par hasard, ici, dans une librairie de Washington, DC.

Laurent Binet

Jean-Louis Fournier est mort.

JLF 1

Rentrée littéraire 2017. On ne sait pas très bien de quoi il est mort, d’ailleurs. Peut-être de rire, ça lui irait bien. Ou de chagrin, ça lui irait bien aussi. En tout cas, pas radin pour un sou dans la mort, il a fait don de son corps à la science. Et c’est une jeune étudiante, fine et gracieuse, la main douce, qui hérite, si je puis dire, de la carcasse de celui qui a « réalisé beaucoup de documentaires pour la télévision, eu un 7 d’or, écrit 33 livres, obtenu le Prix Femina, crée La Noiraude, été l’ami de Pierre Desproges et le mari de Sylvie Durepaire, et qui a touché l’épaule d’Elizabeth Taylor » (page 16). Égoïne, c’est le nom que donne le mort à la jeune fille, va donc l’inciser*, l’ouvrir et découvrir ce que Jean-Louis avait dans le cœur, dans les tripes, dans le cerveau et sur le bout de la langue.
L’idée est formidable – ceci dit, après avoir fait un livre sur chaque mort de sa famille, il ne restait plus que lui –, mais plus formidable encore, c’est ce qu’on découvre à l’intérieur.
Un homme qui aimait les femmes plus que tout et la sienne par-dessus tout (je crois qu’elle ne s’appelât pas Durepaire pour rien). Un homme blessé par certains critiques assassins. Un élégant qui adorait les beaux tissus, les belles voitures (et les jolies femmes). Un amant qui règle un compte à une Madame de. Un poète qui préférât faire rire plutôt que de faire sérieux, car c’est dans l’humour que se trouvent toutes les bouées. Un écrivain obsessionnel qui, tel un jardinier qui coupe les brins d’herbe au ciseau, a traqué, gommé chaque mot qui dépassait (un étudiant a d’ailleurs démontré que Jean-Louis était l’auteur français le plus cher selon le ratio prix du livre/nombre de mots écrits). Un mélomane. Un papa perdu. Un artiste qui voulait qu’on l’aime, qui aurait tué pour ça, ou, tiens, serait même devenu écrivain pour ça. Un mort qui aimait la vie même si elle ne l’a pas toujours aimé, et qui rêvait mourir sur scène. Pardon, dans un livre.
Un athée, enfin, mais qui croyait quand même à un petit truc. La Pâques, la résurrection.
Incorrigible Jean-Louis.

*Mon autopsie, de Jean-Louis Fournier. Editions Stock. En librairie le 1er septembre 2017. (Je me souviens que Godard s’était marré en imaginant les spectateurs dire Je vous salue Marie aux caissières de cinéma en achetant un ticket pour son film. J’adore l’idée qu’on dise à un libraire, Je voudrais l’autopsie de Fournier).

Gonzague.

gsb

Mon cher Gonzague,
Je me souviens de notre émotion au salon du Livre du Touquet il y a deux ans, quelques jours après les attentats à Paris, puis de notre fou rire un peu plus tard, parce qu’il fallait bien vivre.
Te savoir arrêté par un arbre cette nuit, toi qui avait crée la Forêt des Livres, a quelque chose qui te ressemble. Tragique et drôle à la fois.
Merci d’être passé, l’ami.

Les deux noms du bonheur.

bonheur

Il semblerait qu’en Avignon, le bonheur ait deux noms. Murielle Huet des Aunay. Et Grégori Baquet. Quel bonheur ! https://lebruitduoff.com/2017/07/16/on-ne-voyait-que-le-bonheur-le-pardon-est-il-toujours-possible/