Archive | Les potes.

Une magicienne.

Lorraine Fouchet

Lorraine Fouchet est une magicienne.
Avant – du temps où elle était urgentiste au SAMU et à SOS Médecin –elle réparait les cœurs, les valvulves tricuspides et signoïdes, les troncs brachiocéphaliques, les aortes descendantes et quelques mauvais coups de couteau, la voici désormais spécialiste du cœur, celui des peines, des chagrins, des joies, des pardons, des exaltations, et d’une petite thoracotomie quand même (on ne se refait pas).
Dans son nouveau livre* – mais pourquoi diable nous a-t-elle fait languir deux ans ? –, Lorraine nous balade sur l’île de Groix, au Vésinet, à Rome, à Paris, et surtout sur ce pont qui relie le magnifique cœur de Jo à la promesse que lui a demandé d’honorer Lou, dans son testament – Lou, sa femme partie « là où l’on va après ».
Il y a de la grande Nina Companeez dans cette virevoltante ode à la vie, à l’amour, à la filiation, et Lorraine a l’élégance de ne jamais ne sombrer (on est au bord de l’océan) dans l’eau de rose.
Elle aime sincèrement chacun de ses personnages et l’on se prend à rêver d’être un jour croqué par son écriture si fine : « Notre fils n’est ni sympathique, ni drôle, ni attendrissant, mais il est irréprochable », si touchante : « On ne se remercie pas dans notre famille, on s’entrechoque », si sensuelle : « Elle touche les aliments comme s’ils étaient de la soie ».
Lorraine maîtrise son histoire, aussi sûrement qu’une lame de 10, et que les mots qui sauvent. On est bien dans son livre. On se rassure. On n’est plus seul.
Entre ciel et Lou** est une importante polyphonie familiale doublée d’une magnifique histoire d’amour en famille – elle est, à ma connaissance, l’une des plus belles héritières de l’inoubliable « La vie est belle » et de son ange Clarence. L’ange de Lorraine se prénomme Lou. Elle est un cadeau.

*Entre ciel et Lou, Lorraine Fouchet. Éditions Héloïse d’Ormesson. En librairie le 10 mars 2016.
**Oui, oui.
Retrouvez Lorraine ici.

Invité #24. Philippe Lafitte.

C’est sa tignasse à la Warhol qu’on remarque le plus – c’est peut-être d’ailleurs ce qui lui a inspiré son très beau roman Vies d’Andy,* en 2010.
Mais avant cela, j’avais eu la chance de pouvoir l’engager comme directeur artistique, en 2001, dans une grosse agence où il a, entre autres, conçu une campagne avec un cadavre dans les rues de Paris pour sensibiliser au Sida. Un vrai rigolo. Puis, entre deux campagnes, pendant les heures de bureau, il fermait sa porte et personne ne savait ce qu’il foutait. Et le voilà, un beau matin, qui débarque dans mon bureau avec un livre d’une grande beauté, Mille Amertumes, son premier roman. Suivront d’autres formidables pubs mais surtout d’autres épatants bouquins, jusqu’au plus récent, Belleville Shangaï Express, (Grasset, 2015). Philippe touche à tout avec un très grand talent : pub, littérature, scénarios (eh, les producteurs, vous feriez bien de vous bouger un peu), et s’offre le luxe de garder du temps pour découvrir les autres.
Ce qui en fait un type presque parfait.
Je lui ai demandé de nous présenter l’un de ses coups de cœur. Le voici.

Philippe Lafitte

« Laure Mi Hyun Croset est une écrivaine suisse d’origine coréenne mais ce qui la définit peut-être plus encore, c’est son amour inconditionnel de la langue française. Polaroïds1 est son deuxième opus, même si nous apprendrons qu’il s’agit de son premier texte envisagé pour parution ; qu’elle l’a différé en faisant paraître un an auparavant Les velléitaires2, recueil de nouvelles au style déjà maîtrisé, qui annonce la couleur et le projet « vertigineux et intime » qu’elle s’est fixée : donner un sens à sa vie en se vouant corps et âme à la littérature. Un bon programme d’écrivain.
Polaroïds est une autofiction sous forme d’instantanés, et l’on se dit que l’on va pouvoir picorer d’un paragraphe à l’autre, au grès de sa curiosité. Seulement voilà, dès le préambule, on est happé par cette écriture à la précision délicatement mordante, et par le prisme que Laure Mi Hyun Croset a choisi, avec lucidité et une belle dose de courage : celui de ses propres hontes (ce qu’elle appelle sans concession ses névroses dès l’incipit) et qui, curieusement, font écho aux nôtres. Quand le personnel atteint l’universel, on sait que quelque chose est en train d’advenir. Mélange de pudeur et d’audace, d’ironie et de fraîcheur, Polaroïds est un vrai bonheur de lecture, un bonheur troublant puisqu’il nous promène sur le fil d’une intimité qui ne cède en rien au voyeurisme, écueil toujours possible de l’autofiction.
Depuis, l’écrivaine genevoise amoureuse de la culture française a fait du chemin. Un récit en 2014 (On ne dit pas « Je »3, éditions BSN presse), un quatrième opus attendu en 2016 chez le même éditeur, elle prépare actuellement un roman sur un célèbre tueur en série français. »

1. Polaroïds. Éditions Luce Wilquin 2011. Prix Ève de l’Académie romande 2012.
2. Les velléitaires. Éditions Luce Wilquin 2010.
3. On ne dit pas « Je ». Éditions BSN Press.
*Vies d’Andy, de Philippe Lafitte. Éditions du Serpent à Plumes. Mille Amertumes, Un monde parfait et Étranger au paradis sont publiés chez Buchet/Chastel.

Jugeons Trévidic.

Trévidic

Alors que la France est en guerre (dixit no’t bon maître), que Paris en est le champ de bataille, le grand juge de l’antiterrorisme est depuis un an à Lille, aux affaires familiales, selon la règle qu’au bout de dix ans, un juge doit changer d’affectation – un peu comme si, au bout de dix ans, on demandait à un ophtalmo d’être podologue. Mais bon, la France a ses Lois que le bon sens ignore. Mais la bonne nouvelle dans tout ce chaos, c’est que cette nouvelle vie a offert à Marc Trévidic une vie plus calme, dans laquelle il a suivi le conseil de ceux qui avaient lu et sincèrement aimés ses précédents livres : « écris un roman ».
Voici Ahlam, le premier roman d’un véritable écrivain. L’histoire d’un peintre français, installé dans l’archipel de Kerkennah (Tunisie) qui se lie d’amitié avec une famille locale dont les deux enfants, Issam et Ahlam, sont formidablement doués pour les arts – lui pour la peinture, elle pour la musique.
Mais voilà. Dehors, les monstres grognent. Grondent. Les Tours Jumelles s’effondrent là-bas, au grand pays des mécréants. L’espoir d’un état islamique se lève ici. La crainte et la haine du régime de Ben Ali réveillent les courageux et les fous, mais dans le désordre, l’absence de règles, ce sont toujours les fous qui gagnent. Je ne veux pas vous dévoiler l’épatante intrigue de Marc, ça serait vous priver d’un authentique plaisir de lecture. Juste vous dire ceci. Demandez-vous ce que deviennent les artistes, et par conséquent l’art, au milieu de ceux qui n’ont de cesse que de le détruire (arc de triomphe et temple de Baalshamin à Palmyre, œuvres pré-islamiques à Mossoul, etc). Alors plutôt que de mettre en scène un xième attentat, attenter à notre histoire, à notre mémoire, et par conséquent à notre futur, est la très belle idée du livre. Bravo.

*Au Cœur de l’antiterrorisme (2001), Terroristes, les sept piliers de la déraison (2013), Qui a peur du Méchant Petit Juge ? (2014), tous publiés chez JC Lattès.

**Ahlam, de Marc Trévidic. Éditions Lattès. En librairie depuis le 6 février 2015. Prix 2016 des maisons de la Presse.

Entrez dans la ronde.

Vienne, à la fin du dix-neuvième. Une prostituée rencontre un soldat qui rencontre une femme de chambre qui rencontre un jeune monsieur qui rencontre une femme mariée qui rencontre un époux qui rencontre une grisette qui rencontre un auteur qui rencontre une comédienne qui rencontre un comte qui rencontre une prostituée. La boucle est bouclée. Elle fait une ronde entêtante. Un cercle parfait. La Ronde, initialement intitulée Liebersreigen – La ronde d’amour – devint Reigen – La ronde – afin de calmer les hystériques censeurs autrichiens qui voyaient dans cette pièce une apologie de la dépravation sexuelle. Arthur Schnitzler a écrit une pièce prodigieuse. Max Ophüls en a tiré un film** qui m’a toujours bouleversé dans lequel Gérard Philipe, Simone Signoret, Danielle Darrieux, Serge Reggiani, Daniel Gélin et les autres, sont tous formidables. La voici à nouveau sur scène**, au théâtre du regretté Gerber, dans une version toute en finesse. Profitez-en.

La ronde

* Éditions Stock (2002).
** Théâtre Montmartre Galabru. Tous les jeudis soirs à 21h30, du 18 février à fin mars (Un conseil, réservez maintenant).

Conte de Noël.

Vacca

Paul Vacca (mais si, La petite cloche au son grêle*, Comment Thomas Leclerc, 10 ans, 3 mois et 4 jours est devenu Tom L’Éclair et a sauvé le monde**), Paul Vacca donc, a été invité en résidence d’écriture au Centre Hospitalier Métropole Savoie. Une immersion de 24 heures non stop au service des Mélèzes (Alzheimer). A la sortie, un texte bref***, dense, intense. Il est son regard sur les malades, les gestes qui n’atteignent plus leur cible, les téléviseurs silencieux, les chansons du temps d’avant, les souvenirs qui s’évaporent, sur cette maladie qui rapproche des enfants qu’ils étaient et gomme au passage ce qu’ils sont devenus. Le texte vient d’être imprimé à l’heure où on n’a jamais autant eu besoin de regarder, de voir l’autre. Le regard de Paul est beau. Sincère. Franc. Et comme il est très bon écrivain, il a vu autre chose que ce qu’on lui a montré et entendu d’autres mots. Un petit miracle de Noël, en somme.

* Le livre de Poche, 2013. ** Belfond, 2015. *** La Ritournelle, de Paul Vacca. Édition Mission Culture du Centre Hospitalier Métropole Savoie. (Ceci dit, le plus simple est de contacter Paul, je crois).

Un né crivain. (Oh, le vilain jeu de mots).

On pourrait, en le voyant, penser à un personnage de BD. Tout en longueur. Longs bras. Longues mains. Immense sourire. Et yeux qui s’émerveillent encore, qui font des O majuscules devant une belle phrase, un beau texte, la joie d’un autre. Frédéric Launay est journaliste littéraire (il a mené les rencontres du Goncourt des Lycéens 2014, où j’ai eu le plaisir de le connaître) mais, avant d’être journaliste (donc d’avoir la posture de dézinguer à tout va, pour faire genre), il est un homme d’une sensibilité, d’une intégrité et d’une capacité d’émerveillement hors pair. J’ai toujours pensé, depuis que nous nous connaissons, qu’il ferait un bel écrivain. L’autre jour, dans le train, alors que nous allions ensemble à Reims pour une rencontre à la Fnac, je lui demandais pourquoi il n’écrivait pas. Il a alors, un peu timide, un peu fier aussi, sorti cet opuscule* de sa mallette de prof. Une nouvelle, Quelques gouttes de silence avant la nuit, écrite en 2014 et qui remporta le Prix Pégase. Un texte puissant, un sujet parfait, une histoire intelligente, un vrai climat. Je ne sais pas où l’on peut trouver ce texte aujourd’hui, (essayez le service culturel de la mairie de Maisons-Laffitte, 01 34 93 12 82), mais ne ratez pas l’éclosion d’un véritable écrivain.

Frédéric Launay

*Quelques gouttes de silence avant la nuit, de Frédéric Launay, Prix Pégase de la Nouvelle 2014 de la Ville de Maisons-Laffitte.

Mireille d’Aquitaine.

Mireille Calmel

Voici la dernière saison d’Aliénor*. « Saison », oui, comme pour une série télé. Parce que ce chant du cygne arthurien n’a rien à envier aux séries en vogue comme Games of Thrones (par exemple).
Voici 489 pages furieuses comme un cheval au galop, où l’on croise des nains, des fées, des licornes, des traîtres, des héros, des lâches, de la magie, de la désespérance humaine, Caliburnus, Durandal et Marmiadoise – les trois épées mythiques –, Richard Cœur de Lion (non, non, pas le camembert dont j’avais, à l’époque, fait le lancement publicitaire) ; on y croise Aliénor, Saladin, Merlin, tant d’autres choses, tant d’autres personnes qui font de ce livre une flamboyante épopée sur le plus terrifiant des poisons.
La haine.
Mireille est une femme qui ne s’écrit pas dans ses livres. C’est quelque chose qu’elle refuse, qu’elle ne peut pas même envisager. Mais je sais, pour la connaître depuis plus de deux ans maintenant, qu’il y a toujours des bribes d’elle dans ses romans. Avec celui-ci, elle nous dresse le beau portrait d’une femme entière, sincère : une maman qui met l’amour de sa famille au panthéon du cœur. Et là, elle parle d’elle.

*Aliénor, Un dernier baiser avant le silence, de Mireille Calmel. Editions XO. En librairie depuis le 8 octobre 2015.

Un meurtre à 26 mains.

Après Eliette Abécassis, Françoise Bourdin, Mireille Calmel, me voici à mon tour assassin. Je viens de tuer un certain Yvan – dans le téléphone duquel son ex venait de trouver la photo d’une femme assassinée. Bref. Depuis un mois, Femme Actuelle* publie chaque semaine un épisode de Meurtre par SMS, un formidable roman écrit à vingt-six mains. À venir : Philippe Delerm, David Foenkinos, Michel Bussi, Philippe Grimbert et tant d’autres qui se sont tous bien amusés. Et, comme un bonheur ne vient jamais seul, à la Une de ce numéro, Femme Actuelle « craque pour des recettes croquantes ». C’est vous dire.

Femme actuelle

*Femme Actuelle. En kiosque. 1, 70 €.