Archive | Bouquins.

Invitée #19. Françoise Claverie.

Françoise est une femme étonnante. Elle a un sourire qui sourit d’abord à la vie. Un sourire heureux qui tout le temps semble dire merci ; comme si elle savait vraiment la valeur des choses, de l’amour, de l’amitié, la valeur de l’autre. Un sourire qui donne envie de sourire avec elle et, avec elle, d’embellir le monde. C’est ce qu’elle fait chaque jour, d’ailleurs. Elle est vice-présidente du très actif Centre Méditerranéen de Littérature où elle est en charge des actions éducatives (notamment le très prisé Prix Méditerranée des Lycéens), vers les jeunes qu’elle mène aux livres comme on conduit au bal un enfant qu’on aime. En fait, le don de Françoise, c’est de faire des heureux.
Je lui ai demandé de me présenter l’un de ses coups de cœur. Et là, surprise.

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Mon cher Grégoire,
On peut rêver longtemps, ton livre* sur les genoux.
Rêver à nos quinze ans exaltés quand mourir d’amour était la moindre des choses,
Aux ravissements et aux désastres des amours passées.
À ces magnifiques amours aux noms de fleurs qui ne finiront jamais, et aux mots justes et vrais que tu as trouvés pour le dire.
Ton livre est un chant d’amour, érotique, délicat et léger comme un souffle, une grâce.
Il m’évoque ces vers d’Aragon :

Pour la première fois ta bouche
Pour la première fois ta voix,
D’une aile à la cime des bois
L’arbre frémit jusqu’à la souche
C’EST TOUJOURS LA PREMIÈRE FOIS
QUAND TA ROBE EN PASSANT ME TOUCHE.

Merci encore, pour ce bonheur des Quatre saisons de l’été.

*Les Quatre Saisons de l’été, éditions JC Lattès. En librairie depuis hier.

Après Le Touquet, le Venezuela.

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Je ne connais pas grand monde, à vrai dire personne, qui soit allé au Venezuela (latitude 10° 29’ 28’’ N, longitude 66° 54’ 6.98’’ W), appelé aussi République bolivarienne du Venezuela. Je ne suis même pas sûr d’être capable de le situer correctement sur une carte. Ni de savoir quelle langue on y parle ou le nom de sa capitale. Et voilà que j’en reviens. Que j’en reviens bouleversé, ému, transporté, comme au temps de mes vingt ans, lorsque je lisais Augustín Gómez-Arcos et Alejo Carpentier, et que je faisais des voyages inouïs – les livres, alors mieux que le LSD.
Voici un premier roman magnifique et flamboyant, écrit en français par un vénézuélien, qui nous transporte dans ce pays où « ils devinrent si miséreux que, du côté du péché, la morale penchait pour eux » (page 70). Un court roman flamboyant qui parle de la naissance des mots chez cet Octavio, et chez Miguel Bonnefoy d’ailleurs ; ces mots qui vont emmener Octavio au cœur du monde, au battement même du cœur du monde, dans sa nature et dans ce qu’elle a de viscéral, de puissant, d’incantatoire, et téléporter Miguel Bonnefoy au cœur de la littérature dans laquelle il fait une entrée d’une élégance et d’une humanité rares. Et puisqu’il est dit que ce mois de mai est celui de ponts, alors voilà un deuxième livre dans lequel plonger – après celui ci-dessous 🙂

Le Voyage d’Octavio, Miguel Bonnefoy, éditions Rivages. En librairie.

L’été commence le 29 avril.

Les Quatre saisons de l’été sortent aujourd’hui. Il y a des milliers de petites piscines bleues dans les librairies. Et, dans le livre, qui a Le Touquet pour décor, quatre couples qui s’aiment. Un de 15 ans, un de 35, un de 55 et un de 75. Bon voyage au pays de l’amour: l’été.

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Le livre sans âge.

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Voici un livre publié pour la première fois en 2015, probablement écrit en 2013 et/ou 2014, par un auteur né en 1976, dont l’action se situe en 1908, soit 3 ans après Chez les heureux du monde d’Edith Wharton, mais qui aurait très bien pu se passer en 1856, date de sortie de Madame Bovary, et finalement tout aussi bien en 2013, date du Mariage pour tous en France. Bref, un livre qui, comme ceux de Flaubert et Wharton, raconte une histoire hors du temps, donc de tout temps, écrite au présent (tiens, tiens) et qui met en scène, avec des mots simples, qui n’ont donc pas d’âge, les relations amoureuses de gens qui ne s’aiment pas, et surtout ce curieux amour que l’absence même d’amour va faire naître. C’est donc à la fois un livre très ancien et très contemporain que nous offre Léonor de Récondo (un nom là aussi hors d’âge, comme un agréable Cognac) ; cet Amours* au pluriel, qui conjugue le désir fou, au-delà des modes et des conventions, et notamment cette éternelle impossibilité de le maintenir vivant, éternellement.

*Amours, de Léonor de Récondo, éditions Sabine Wespieser. En librairie.

Une revenante.

Tiné_Blog_DelacourtSon nom me disait quelque chose. Je l’avais vu quelque part. Et plutôt cent fois qu’une. Et ça m’est revenu d’un coup. Ce nom signait les épatants éditoriaux de Marie Claire Maison, à l’époque où il était si élégant. Ses mots étaient alors chauds comme des intérieurs douillets, vifs comme des pièces modernes, tendres comme des cuisines. On s’y sentait bien, dans ses mots.
Et c’est ce qui arrive à nouveau aujourd’hui avec Le fil de Yo*. Un livre bourré de tendresse comme une armoire remplies de draps de coton, de serviettes éponges. Un roman, comme une maison de famille, pleine de fous aimables, de poètes dépressifs, de suicidés en sursis, de gueules cassés, de cœurs broyés, de fusions qui n’ont pas pris, de mots qui ne s’envolent plus, et de vieux légumes d’antan qu’on n’apprécie plus parce qu’on ne les connaît plus. Comme les gens, d’ailleurs. Un lieu où l’on entend (entre autres) cette terrible question qui témoigne de tout l’amour de Caroline Tiné pour ses personnages :
– Savez-vous ce que l’on ressent lorsqu’on mène une vie totalement inaperçue ?
Ce livre est le lieu de ces vies-là.
Celles qui déplacent à peine une feuille à leur passage.
Et Yo en est le fil qui les relie. Qui les retient. Crée les attaches. Le fil qu’elle jette aux autres, comme une bouée, qui la sauvera elle-même. Et c’est là l’une des très belles idées du roman : en sauvant les autres, on se sauve soi.

* Le fil de Yo, Caroline Tiné, éditions JC Lattès. En librairie depuis février.
Caroline a écrit deux autres romans, parus il y a vingt-cinq et vingt-deux ans, ce qui en fait une sorte de revenante : L’immeuble (Prix du Premier Roman) et Le Roman de Balthazar (Prix du Lion’s Club International), tous deux chez Albin Michel. Prions qu’elle ne nous fasse pas attendre autant pour le prochain

Les variations Descott.

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Je me souviens de Gould. Ses doigts commençaient doucement, gracieusement, et puis ils s’animaient, s’accéléraient jusqu’à en être flous, et nous emporter ailleurs, dans des contrepoints inattendus, des vertiges abyssaux, et lorsqu’ils s’immobilisaient à nouveau, j’étais groggy. La partition de Régis tient de cette virtuosité. Voilà pour le style et le rythme de ces Variations fantômes*.
Pour l’histoire, nous voici aujourd’hui dans L’Étoile, le château de Philippe Wolf. Des bruits curieux s’y font entendre. Des boules de billard jouent toutes seules. Des lampes s’allument, s’éteignent, grésillent. Des frôlements se font sentir. Arrivent alors le docteur Morel et ses six élèves – comme six X Men – chargés de défantômiser l’endroit. Mais comme rien n’amuse plus Régis que de brouiller les pistes, ce début, qui pourrait ressembler à un excellent Club des Cinq (des Six, en l’occurrence) tourne vite à une ambiance élégamment flippante à la Agatha Christie, voire parfois à celle plus inquiétante de Shinning, dont la démesure ici ne serait pas la folie mais l’amour, et notamment cette privation d’amour ; cette impossibilité de s’aimer qui torture encore, bien, bien longtemps après, les âmes des amants maudits. Pour notre plus grand plaisir de lecteur frissonnant.

*Les Variations fantômes, Régis Descott. Éditions JC Lattès. En librairie depuis le 1er avril.

Le noir lui va si bien.

En voilà un drôle de type. Sa femme meurt lors d’une balade en forêt. Elle tombe sur elle-même, à la manière d’un accordéon, presqu’au ralenti. Elle repose sur les feuilles mortes de novembre. Des feuilles rousses. Et voilà le drôle de type qui noircit des feuilles blanches. Qui nous raconte Sylvie en quelques courts chapitres. Qui lui parle alors qu’elle n’entend plus. Qui regarde le monde avec ses lunettes à elle pour la première fois, pour voir ce qu’elle voyait. Qui regarde dans les chapeaux qu’elle a laissés si elle y a laissé des pensées pour lui. Qui finit le livre qu’elle n’a pas eu le temps de finir pour lui raconter la fin. Jean-Louis n’est jamais aussi tendre que lorsqu’il voudrait être méchant, et gentiment méchant avec les gens tendres avec lui. Il écrit sur ceux qui lui manquent. Qui sont partis sans lui. Sur son père. Ses fils. Sa fille. Bientôt sa mère. Avec, en tête et dans la plume, ce charmant petit conseil de Voltaire : Il est poli d’être gai.
Veuf est la grande histoire d’amour de deux personnes qui comptent pour moi. Qui me manquent ensemble et que j’aime séparés, désormais.

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Veuf, Jean-Louis Fournier. Editions Stock (2011) et Livre de Poche (2013). A lire ou relire d’urgence.
Au fait, c’est lui de dos, sur la photo. C’est elle à côté de lui.

 

 

L’homme qui aimait les femmes.

On pense à l’incomparable Charles Denner, bien sûr. À cette scène inoubliable lorsqu’arrive la baby sitter, qu’elle demande à voir l’enfant et que Denner balbutie : mais… l’enfant c’est moi. À cette réplique sur les jambes, comme des compas.
Il en est un autre qui les aime.
Un photographe à l’incroyable talent qui, pour chacune des femmes qu’il a shootées, a crée au moins une image iconique. C’est Peter Lindbergh. Elles, ce sont sont Naomi, Cindy, Linda, Christy. Et les autres. Dont les visages, les regards, les pudeurs, les inquiétudes et les ravissements valent les plus beaux mots. J’avais envie de partager ce livre d’images ; silencieux, pour une fois.

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L’Homme qui aimait les femmes, François Truffaut. En dvd Mk2.
10 Women by Peter Lindbergh, éditions Schirmer/Mosel. Dans certaines librairies.