Invitée #43 : Talia Hausman.

Curieusement, le confinement fait faire de jolies et inattendues rencontres. Voici Talia Hausman qui, après deux années en prépa littéraire à Saint-Ouen, est en année Erasmus à Rome, en histoire. Mais voilà qu’un virus de 125 nanomètres de diamètre, ce qui est franchement riquiqui – par contre il est assez long : 30 bk – l’oblige à rentrer en France et à se confiner. De ce confinement, elle déclare : C’est un peu ennuyant, mais il me permet de découvrir des auteurs importants que je n’avais pas le temps de lire avant. Une question reste cependant en suspens : vais-je parvenir au bout de La chartreuse de Parme ? Elle n’est pas la fille de sa formidable éditrice de mère pour rien. En attendant qu’elle finisse Stendhal, voici l’un de ses coups de cœur confiné.

« Hervé Joncour achetait et vendait des vers à soie ».
Alors qu’une épidémie ronge le continent européen, Hervé doit se rendre au Japon, « à la fin du monde », pour trouver des œufs de vers à soie sains et permettre ainsi au village de Lavilledieu de survivre. Il laisse donc sa femme, Hélène pour entreprendre ce long voyage.
À son arrivée, il rencontre Hara Kei qui se chargera de lui fournir les œufs dont il a besoin mais aussi une jeune femme qu’il ne peut quitter du regard. Il ne connaitra jamais le nom de cette femme, ne l’entendra jamais prononcer une parole ni ne la touchera jamais, ou seulement dans ses rêves.
La douceur de la robe en soie noire qu’il rapportera à sa femme pourra telle être aussi douce que cette jeune fille l’est dans son imagination ?
Hervé retournera à quatre reprises au Japon, pour les œufs sans doute mais aussi pour revoir cette femme. Le paysage ne change pas, les oiseaux, superbes, tourbillonnent dans la volière dont la vue est un spectacle merveilleux. L’atmosphère y est presque enchanteresse. Mais bientôt la guerre commence au Japon et Hervé Joncour ne pourra plus y retourner.
Après son dernier voyage, il ne la reverra jamais plus la mystérieuse inconnue. Pourtant, des années après, il reçoit une lettre qui ne peut venir que d’elle. Cette lettre se révèle une ode à l’imagination et au songe.
 L’air du Japon et la tendre rêverie qu’est cette jeune femme enchantent Hervé Joncour. Il lui faudra reproduire un jardin à Lavilledieu afin d’y recréer un spectacle des sens léger et intouchable, comme l’étaient les oiseaux dans le ciel. Il y retrouvera les sens que le voyage a éveillé en lui. Les voyages au Japon n’auront pas beaucoup changé notre personnage. Hervé Joncour reste un homme simple aux rêveries poétiques infinies. « On oublie toujours les raisons » lui dira un jour Baldabiou, un voisin amical. Peut-être que la jeune femme de ses rêves n’existe pas, qu’elle n’est qu’illusion mais Hélène, sa femme, était bien là.

*Soie, de Alessandro Barrico. Éditions Albin Michel (1997), Folio (2001).