Jean est passé.

Ce n’est probablement pas le meilleur scénario* de la série Blake et Mortimer, ni même un « Blake et Mortimer », c’est bien autre chose. De toute la série, c’est sans doute l’album le plus crépusculaire. Le plus poétique. Le plus sombre. Non pas grâce aux mots mais aux dessins de François Schuiten qui ne cherche pas à décalquer E.P. Jacobs, mais à le réinventer à sa sauce. Un dessin noir, cruel, qui montre les corps fatigués des héros et non pas leurs silhouettes solaires, pimpantes, comme on a pu les voir dans Les Sarcophages du 6ème continent, par exemple, où le jeune Mortimer gambade derrière une jeune fille, leurs visages poupins ; ici rien de tel, juste des personnages épuisés (de sauver le monde, sans doute). Comme la chair est triste quand elle se fait grise. Ainsi le beau capitaine Blake apparaît émacié, comme aspiré de l’intérieur, et le visage que lui prête Schuiten m’a évoqué celui du regretté Jean Rochefort, période Tandem, période Floride, et il m’a semblé le voir une dernière fois, comme un spectre, une tristesse à ne plus être là, un rire magnifique qui s’est tu. Alors je crois que Le dernier pharaon, c’était lui. Jean Rochefort. Jean qui passe. Pour le reste, c’est une histoire abracadabrante selon laquelle les Égyptiens auraient construit une pyramide à Bruxelles. On s’en fout.

*Le dernier pharaon, scénario de Jaco Van Dormael, Thomas Gunzig et François Schuiten, dessins de François Schuiten. Éditions Dargaud, coll « Blake et Mortimer ». En librairie depuis le 29 mai 2019.