Les Séances.

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Sous le titre, en place de roman, on aurait pu écrire fragments, tant les courts chapitres du très beau livre* de Fabienne sont des morceaux de choses, des images saupoudrées, des bouts de pellicule 35 mm qui évoquent les sensations d’une enfance, les odeurs d’une maison, les couleurs passées d’une vie.
Comme dans son précédent livre, Mon âge**, Fabienne traque l’alentour des âmes féminines (les hommes sont absents dans celui-ci, ou alors morts à la guerre) à coup de pinceaux impressionnistes, de mélanges inédits, de couleurs nouvelles. Elle dépeint la mélancolie sans la douleur de la mélancolie et la joie, sans l’exubérance de la joie. Ses choses sont à la fois graves et légères et font des Séances un voyage dans l’intime, dans la trajectoire d’une femme le temps d’un long voyage en automobile, sur l’autoroute qui la conduit auprès de sa sœur, à la frontière franco-allemande ; sa sœur qui, elle aussi, se révèle au travers de « séances » où elle soigne les gens avec d’inattendus bouquets de mots.
C’est dans l’exiguïté de l’habitacle de l’auto que se déploie la force du livre, dans cet endroit privé, préservé – comme un confessionnal – que les souvenirs vont surgir et redessiner un futur apaisé.
C’est un livre envoûtant comme un parfum, un de ceux, magnifiques, dont ne peut pas jamais tout à fait raconter l’histoire, mais juste la ressentir, au plus profond de soi.
Prenez votre ticket ; vous ne serez pas déçu du voyage.
Comme il me semble, à la relecture de ces lignes, que mon point de vue peut vous sembler un peu abstrait, je vous joins la critique moins énigmatique de Version Femina.

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*Les Séances, de Fabienne Jacob. Éditions Gallimard. En librairie depuis le 3 octobre 2017.
**Mon âge, éditions Folio.