Un fantôme.

EliasVoici un étonnant opuscule au titre qui pourrait laisser supposer une histoire pour enfants, Tonton Lionel*, deux petits mots presque rigolos centrés sur une couverture vide mais qui, dès celle ci soulevée, fait apparaître tout autre chose, et nous voilà tout surpris alors que le titre, le vide, nous annonçaient pourtant la couleur, mais pressés que nous sommes toujours, nous n’y avions pas prêté garde.
Reprenons.
Voici l’étonnante couverture d’un opuscule qui, avant même qu’il ne soit ouvert, nous parle de vide. Nous parle d’absence. Nous parle sans doute de quelqu’un de proche.
Les deux mots, Tonton Lionel, claquent comme un cri sur une pierre tombale, à la fois violents et doux ; ils disent déjà la souffrance, la curieuse souffrance.
Celle de Jean-Claude Elias qui écrit l’absent : l’oncle jamais vu, parti dans le convoi 73, le seul qui n’alla pas à Auschwitz, mais se perdit en Lituanie ou en Estonie.
Celle d’un neveu qui suppose. Qui imagine. Qui rêve. Puisqu’on ne sait rien et qu’on ne saura jamais.
Ce qu’il y a de bouleversant dans ce très court texte, c’est qu’à vouloir parler de l’autre, on parle de soi. Du vide en soi de l’autre.
Tonton Lionel n’est jamais revenu. Il n’y a pas de corps. Juste une sépulture immensément vide.
Alors, avec l’aide de son frère Michel, qui rendit ce livre possible, Jean-Claude Elias a rempli de mots une tombe déserte, a écrit un corps, a écrit une présence, a fait revenir le disparu.
C’est ce qu’on appelle l’amour.

*Tonton Lionel, de Jean-Claude Elias, illustré de photographies. Aux éditions Terre Bleue (qui publie des livres de toute beauté).