Archive | mars, 2020

Janus.

Voilà un livre à deux visages. À le lire comme un roman, il raconte la lâcheté d’un homme, militaire de carrière, époux d’une femme qu’il n’aime pas : « Elle faisait mine de me lutiner, mais me repoussait en fait. Elle se forçait. Je la forçais » (page 108) et amant d’une femme qu’il apprend à aimer et avec laquelle il a un garçon qu’il ne connaît pas. La femme meurt. Le remord s’installe. Il retrouve Jeanne la maîtresse. Veut rencontrer son fils. Puis, alors qu’il aborde le temps de la retraite –nous sommes dans les années 70 –, la douceur s’installe enfin dans son cœur. La paix. Et c’est fini. Mais à le lire comme un récit, le texte prend une toute autre tournure. Ainsi l’on suppose que Xavier Houssin qui nous avait offert un très beau livre sur sa mère, La mort de ma mère justement,nous proposerait aujourd’hui le livre sur son père qu’il n’aurait connu que sur le tard, étant lui-même reconnu bien tard. Dans ce cas, Houssin serait « le garçon » de l’officier de fortune, le fils qui raconte le père en prenant sa place, en autopsiant ses failles, ses colères d’homme d’arme, ses regrets de géniteur. Et à cause de la citation de Restif de la Bretonne qui conclut le livre (page 142) et évoque ces pères qui cherchent à faire une bonne action afin de ne pas être déshonoré par ceux-là mêmes qui perpétueront leur nom, à savoir les fils, c’est cette lecture alors bouleversante que je retiens de ce formidable petit livre.

*L’Officier de fortune, de Xavier Houssin. Éditions Grasset. 148 pages.
En librairie depuis le 5 février 2020.
**La mort de ma mère, éditions Buchet-Chastel, 2009.

Invitée # 42. Nathalie Fiszman.

Philippe Lafitte, dont elle a publié l’étonnant et brillant Vies d’Andy*, du temps où elle officiait au Serpent à Plumes, dit d’elle qu’elle a « une gaité teintée d’un fond de mélancolie ». Eh bien je crois que c’est exactement cela chez elle qui m’a touché lorsque j’ai rencontré Nathalie Fiszman en juin dernier, au Salon de Vannes. Une femme en équilibre entre raison et passion. Entre coups de cœur et coups de griffes. Une femme entière et passionnée. En deux mots, entièrement passionnante. Elle édite au Seuil depuis le printemps 2012 – année où elle obtenu le Prix Lilas de l’éditrice. Je lui ai demandé de nous présenter l’un de ses coups de cœur. Le voici.

« Ça commence comme une scène de la vie ordinaire**. Nous sommes dans un supermarché, et le « héros » passe à la caisse. La caissière lui demande s’il a sa carte du magasin, il croit que oui, et s’aperçoit qu’ayant changé de pantalon — l’autre était sale — il ne l’a pas. Drame. L’incident déclenche une série de situations toutes plus absurdes les unes que les autres, propulsant le personnage dans un road movie invraisemblable.
Voilà le point de départ d’une énorme farce à l’humour décapant.
Mais derrière la farce, on trouve un point de vue incisif sur notre société. Tout y passe : la peur de l’autre, les enquêtes de police, le quotidien, la façon dont l’information est relayée, la consommation, les théories du complot et même la création. On y retrouve l’esprit de certains films de Blier (je pense à Buffet froid). Fabcaro a réussi un véritable tour de force en installant, dans un univers si particulier et qui lui est si personnel, une histoire totalement loufoque et qui pourtant touche tout le monde. »

*Vies d’Andy, de Philippe Lafitte. Éditions du Serpent à Plumes. En librairie depuis le 26 août 2010.
**Zaï, zaï, zaï, zaï, de Fabcaro. Éditions 6 pieds sous terre. En librairie depuis le 15 mai 2015.