Archive | Les potes.

Un né crivain. (Oh, le vilain jeu de mots).

On pourrait, en le voyant, penser à un personnage de BD. Tout en longueur. Longs bras. Longues mains. Immense sourire. Et yeux qui s’émerveillent encore, qui font des O majuscules devant une belle phrase, un beau texte, la joie d’un autre. Frédéric Launay est journaliste littéraire (il a mené les rencontres du Goncourt des Lycéens 2014, où j’ai eu le plaisir de le connaître) mais, avant d’être journaliste (donc d’avoir la posture de dézinguer à tout va, pour faire genre), il est un homme d’une sensibilité, d’une intégrité et d’une capacité d’émerveillement hors pair. J’ai toujours pensé, depuis que nous nous connaissons, qu’il ferait un bel écrivain. L’autre jour, dans le train, alors que nous allions ensemble à Reims pour une rencontre à la Fnac, je lui demandais pourquoi il n’écrivait pas. Il a alors, un peu timide, un peu fier aussi, sorti cet opuscule* de sa mallette de prof. Une nouvelle, Quelques gouttes de silence avant la nuit, écrite en 2014 et qui remporta le Prix Pégase. Un texte puissant, un sujet parfait, une histoire intelligente, un vrai climat. Je ne sais pas où l’on peut trouver ce texte aujourd’hui, (essayez le service culturel de la mairie de Maisons-Laffitte, 01 34 93 12 82), mais ne ratez pas l’éclosion d’un véritable écrivain.

Frédéric Launay

*Quelques gouttes de silence avant la nuit, de Frédéric Launay, Prix Pégase de la Nouvelle 2014 de la Ville de Maisons-Laffitte.

Mireille d’Aquitaine.

Mireille Calmel

Voici la dernière saison d’Aliénor*. « Saison », oui, comme pour une série télé. Parce que ce chant du cygne arthurien n’a rien à envier aux séries en vogue comme Games of Thrones (par exemple).
Voici 489 pages furieuses comme un cheval au galop, où l’on croise des nains, des fées, des licornes, des traîtres, des héros, des lâches, de la magie, de la désespérance humaine, Caliburnus, Durandal et Marmiadoise – les trois épées mythiques –, Richard Cœur de Lion (non, non, pas le camembert dont j’avais, à l’époque, fait le lancement publicitaire) ; on y croise Aliénor, Saladin, Merlin, tant d’autres choses, tant d’autres personnes qui font de ce livre une flamboyante épopée sur le plus terrifiant des poisons.
La haine.
Mireille est une femme qui ne s’écrit pas dans ses livres. C’est quelque chose qu’elle refuse, qu’elle ne peut pas même envisager. Mais je sais, pour la connaître depuis plus de deux ans maintenant, qu’il y a toujours des bribes d’elle dans ses romans. Avec celui-ci, elle nous dresse le beau portrait d’une femme entière, sincère : une maman qui met l’amour de sa famille au panthéon du cœur. Et là, elle parle d’elle.

*Aliénor, Un dernier baiser avant le silence, de Mireille Calmel. Editions XO. En librairie depuis le 8 octobre 2015.

Un meurtre à 26 mains.

Après Eliette Abécassis, Françoise Bourdin, Mireille Calmel, me voici à mon tour assassin. Je viens de tuer un certain Yvan – dans le téléphone duquel son ex venait de trouver la photo d’une femme assassinée. Bref. Depuis un mois, Femme Actuelle* publie chaque semaine un épisode de Meurtre par SMS, un formidable roman écrit à vingt-six mains. À venir : Philippe Delerm, David Foenkinos, Michel Bussi, Philippe Grimbert et tant d’autres qui se sont tous bien amusés. Et, comme un bonheur ne vient jamais seul, à la Une de ce numéro, Femme Actuelle « craque pour des recettes croquantes ». C’est vous dire.

Femme actuelle

*Femme Actuelle. En kiosque. 1, 70 €.

Un tango en bord de mer.

Besson Tango

Si les retrouvailles sont une valse, les souvenirs, un pas de deux, les règlements de compte amoureux sont un tango. Philippe Besson, orfèvre des mots, dentellier des sentiments, l’a bien compris en écrivant cette impeccable partition pour deux. Ils se sont perdus. Ils se retrouvent. Ils avancent. Reculent. S’attirent et s’effraient. Parce que si l’amour s’évapore parfois, le désir, lui, est indélébile. Sa pièce, mise en scène par Patrice Kerbrat, est une coda envoutante. Jean-Pierre Bouvier (que j’embrasse au passage) est magnifique, puissant, brisé ; Frédéric Nyssen, gracieux, fragile, dangereux. Allez-y*. Allez écouter les mots d’un bel écrivain habillés de deux grands acteurs.

*Au Théâtre du Petit Montparnasse, jusque fin novembre (allez, allez, on réserve). Le texte de la pièce est paru chez Julliard, en juin 2014.

Profession du fils.

Chalendon

Rentrée littéraire 2015. Sacré Sorj. Voilà plusieurs livres qu’il nous emmène avec lui dans la noirceur des âmes, la traîtrise des frères, la lâcheté des hommes, la douleur de Bobby Sands, la tragédie d’Antigone ; le voici qui nous ouvre les portes d’un immense petit drame familial*. Un trois pièce de province. Années 60. À l’intérieur, un couple, et leur fils Émile. Le papa est parano. Mytho. Border line. Donc sans profession. Et ça tombe bien parce qu’il n’y aurait pas assez de place sur les fiches scolaires pour répondre à la terrible question sans point d’interrogation : Profession du père.
Le fils : Émile, six, puis huit, puis onze, treize ans, est fasciné par son père. Il lui obéit au doigt, à l’œil, aux coups de ceinture, de poings et de pieds. Il devient son agent secret. OAS. CIA. Il devient sa marionnette. Son conneau. Il devient un tueur possible. La cible : de Gaulle. L’arme : un Mauser HSc.
Au fil des courts chapitres, au cours de l’écriture sobrissime de Sorj, Émile devient un authentique résistant, résistant au mal qui ronge son père et fait taire sa mère. Jusqu’au jour où l’arme familiale (le fameux Mauser HSc) est pointée contre le père. Profession du fils : tueur de père.
Pour la première fois, le père prend peur, et le livre magnifique commence. Qui nous emportera jusqu’à la fin, la folie triste, la mort, la petite crémation ; jusqu’aux premières larmes de Sorj, pardon, d’Émile.

*Profession du père, Sorj Chalendon. Éditons Grasset. En librairie.
PS. Une note de 5 (c’est à la mode) au directeur artistique qui a osé les magnifiques jaquettes de la rentrée Grasset.

La mère du Nord.

fournier

Rentrée littéraire 2015. Après son papa, ses garçons, son premier amour, son épouse, sa fille*, Jean-Louis nous parle de sa maman**. Sa mère du Nord. Une femme faite pour le bonheur et qui vivra des grands chagrins, par la disgrâce d’un mari alcoolique. « C’était maman qui pleurait, sous ses couvertures, tout bas, pour ne pas nous réveiller » (page 88).
Jean-Louis avait rangé ses précédents disparus sous des couvertures sombres (la couverture noire, dite La Bleue, chez Stock) ; il a, cette fois-ci, choisi une couverture blanche pour sa maman. Blanche comme neige, comme aile d’ange, comme porcelaine. Et c’est un Jean-Louis au grand cœur tendre qui, s’il ne peut s’empêcher quelques facéties (« Ma mère ne voulait pas faire de vagues » page 104), nous raconte des petites anecdotes sur elle, délicatement posées, comme des verrines, sur l’immense blanc des pages de son livre (il a toujours écrit très court, très aéré – des jardins japonais, dit-il de la mise en page de ses textes) ; un Jean-Louis apaisé donc qui, comme il me l’écrit sur sa dédicace, conserve les êtres chers dans ses livres, comme on conserve les cerises dans l’eau de vie. Car c’est bien de vie qu’il nous parle. De celle à qui il n’a jamais vraiment chuchoté qu’il l’aimait. Et qui lui manque. Le temps répare, semble-t-il.

*Respectivement : Il a jamais tué personne mon papa, Où on va papa ?, Poète et paysan, Veuf, La Servante du Seigneur, tous publiés chez Stock et au Livre de Poche.
**Ma mère du Nord, Jean-Louis Fournier. Éditions Stock. A paraître le 30 septembre 2015.

Le brise-cœur.

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Pascal Chaumeil* est mort, alors que cinquante-quatre ans n’est pas du tout un âge pour mourir. Avec ce coup bas, il nous prive d’au moins vingt magnifiques films. Mais il ne nous enlèvera jamais le souvenir de sa gentillesse, sa virtuosité de metteur en scène, et nos fous-rires lorsque nous faisions de la réclame ensemble.
* Entre autres : L’Arnacoeur, Un plan parfait, A long way down, et, à venir, Un petit boulot.

Le conseil du Vavasseur.

Quelques jours de transat encore. A suivre, ce conseil de Pierre, à propos du très bon livre de François.

Vavasseur

Article paru dans Le Parisien-Aujourd’hui en France, le 19 août 2015.