Archive | décembre, 2016

Joyeux Noël à tous.

À part quelques rues riches et touristiques, Paris ne brille plus à Noël. On n’entend plus de chansons dans les rues, dans les galeries marchandes, Winter Wonderland, Last Christmas ou même un bon vieux Tino Rossi. Les enfants ne descendent plus la rue de Martyrs en luge en hurlant leur joyeuse frayeur. Il n’y a plus de neige à Noël. Restent les merdes de chien, les millions de mégots et les deux roues qui envahissent les trottoirs. Alors retrouvons la magie de Noël dans les livres, reprenons-nous à rêver, redevenons des enfants, pour quelques heures : c’est le plus beau cadeau que l’on puisse se faire.

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Contes Extraordinaires de Noël, d’Élisabeth de Lambilly, éditions Larousse. En librairie depuis le 21 octobre 2015.

Tout est bon dans le Fournier.

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En fait, il y a quatre excellents morceaux chez Jean-Louis.
Le Jean-Louis de La Grammaire impertinente, celui de Où on va papa ?, de La Noiraude, et enfin celui de Bonheurs à Gogos*.
Le premier date de la grande époque Desproges, des merveilleuses conneries qu’ils ont faites ensemble et « La Grammaire » est née de l’idée qu’il était, je cite, débile d’apprendre aux enfants la grammaire, et notamment la conjugaison de verbes en er avec aimer alors les morveux ne savent même pas ce que cela veut dire, aimer. D’où l’idée d’une grammaire qui conjuguerait péter, dans le premier groupe, et donnerait, de fait, de truculents exemples. Il est en effet bien plus amusant d’entendre sa grand-mère péter que de l’aimer.
Le second est plus grave et se nourrit de son histoire personnelle. Son père d’abord, médecin mort d’alcoolisme à 42 ans ; ses deux enfants, très lourdement handicapés, (aujourd’hui décédés) ; son adorable épouse, Sylvie, tombée brutalement et sans explication dans un tapis de feuilles d’automne, en forêt ; sa mère, sainte parmi les saintes ; à chaque fois des livres bouleversants et drôles car, comme il aime à répéter ce mot de Voltaire : « Il est poli d’être gai. »
Le troisième est poète (et paysan). Respect.
Le dernier est plus ronchon. C’est celui qui se moque de nos défauts, de nos tares et autres TOC, mais il le fait avec tellement de plaisir et d’aimable méchanceté qu’on se met à rire de nous avec lui. C’était le cas avec Mouchons nos morveux (en 2002), avec Trop (en 2014). Il récidive avec Bonheur à Gogos, en égratignant les gogos qui nous le promettent et les gogos qui y croient. Et, croyez-moi, ils sont nombreux.
Audiard n’a-t-il pas dit : « Si les cons volaient, il ferait nuit » ?

*Bonheur à Gogos, de Jean-Louis Fournier. Éditions Payot. En librairie depuis le 5 octobre 2016.

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Les Séances.

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Sous le titre, en place de roman, on aurait pu écrire fragments, tant les courts chapitres du très beau livre* de Fabienne sont des morceaux de choses, des images saupoudrées, des bouts de pellicule 35 mm qui évoquent les sensations d’une enfance, les odeurs d’une maison, les couleurs passées d’une vie.
Comme dans son précédent livre, Mon âge**, Fabienne traque l’alentour des âmes féminines (les hommes sont absents dans celui-ci, ou alors morts à la guerre) à coup de pinceaux impressionnistes, de mélanges inédits, de couleurs nouvelles. Elle dépeint la mélancolie sans la douleur de la mélancolie et la joie, sans l’exubérance de la joie. Ses choses sont à la fois graves et légères et font des Séances un voyage dans l’intime, dans la trajectoire d’une femme le temps d’un long voyage en automobile, sur l’autoroute qui la conduit auprès de sa sœur, à la frontière franco-allemande ; sa sœur qui, elle aussi, se révèle au travers de « séances » où elle soigne les gens avec d’inattendus bouquets de mots.
C’est dans l’exiguïté de l’habitacle de l’auto que se déploie la force du livre, dans cet endroit privé, préservé – comme un confessionnal – que les souvenirs vont surgir et redessiner un futur apaisé.
C’est un livre envoûtant comme un parfum, un de ceux, magnifiques, dont ne peut pas jamais tout à fait raconter l’histoire, mais juste la ressentir, au plus profond de soi.
Prenez votre ticket ; vous ne serez pas déçu du voyage.
Comme il me semble, à la relecture de ces lignes, que mon point de vue peut vous sembler un peu abstrait, je vous joins la critique moins énigmatique de Version Femina.

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*Les Séances, de Fabienne Jacob. Éditions Gallimard. En librairie depuis le 3 octobre 2017.
**Mon âge, éditions Folio.

Faye est unique et ils sont deux.

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Difficile de parler d’un livre1 qui fut encensé avant même sa sortie, qui rafla les premier2 et dernier3 Prix littéraires de la saison, qui est celui qui se vendit le mieux dans une période atone pour les libraires, écrit par un chanteur de slam et de rap, né de père français, de mère rwandaise, – adolescence à Versailles au lycée Jules Ferry, avant d’aller officier à Londres dans un fonds d’investissement pour finalement se consacrer à la chanson et à un premier formidable roman qui met en scène la jeunesse d’un gamin à Bujumbura (Burundi) sur fond de guerre entre les Hutus et les Tutsis, écartelé entre des racines blanches et des racines noires. À noter la scène incroyable où la maman raconte sa découverte de trois cadavres d’enfants, morts depuis longtemps, et qui s’émiettent quand elle tente de les prendre.
Je vous parlerai donc d’un autre Faye et de son sublissime Nagasaki4 qui, en son temps, remporta le Grand Prix de l’Académie Française, et, accessoirement, me procura une grande claque. L’histoire de Shimura-san qui mène une existence vide, vit seul, mange seul, dort seul et, un jour, a l’impression que des choses bougent dans la maison. Un yaourt disparaît. Le niveau du jus de fruit baisse dans la bouteille. Et il installe une webcam. Je ne vous en dirais pas plus sur la beauté littéraire, la construction parfaite de cette histoire inspirée d’un authentique et terrible fait divers. Ce genre d’histoires vraies qui en dit si long, et de façon si crue, sur l’immense désespoir des uns, parfois.

  1. Petit Pays, de Gaël Faye. Éditions Grasset. En librairie depuis le 24 août 2016.
  2. Prix du roman Fnac 2016.
  3. Prix Goncourt des Lycéens 2016.
  4. Nagasaki, d’Éric Faye. Éditions Stock, sorti le 18 août 2010. Et chez J’ai Lu depuis le 5 octobre 2011.