Author Archive | Grégoire Delacourt

Samedi 20 et dimanche 21 juillet 2024.

Petit week-end à Sablet, qui n’est pas la capitale des sablets, mais l’une, nombreuses, du bon vin. On y boira donc, on s’enivrera de mots, dans une sorte de fête de village joyeuse, amicale et franche, au contraire de ce qui se passe au palais Bourbon.
(À l’adresse du directeur artistique de cette belle affiche, j’aurais suggéré que le nom du parrain soit davantage visible, en lettres blanches, par exemple).

Tous les précieux renseignements ici.

Un long voyage en mère.

Dans la dédicace qu’elle a jointe à son livre, Karine m’écrit ceci : Bienvenue à bord de Dernier bateau pour l’Amérique où s’enchevêtrent la fiction et la vrai vie, le très intime et la grande histoire ». 
La fiction, c’est ce que Karine va tenter de reconstituer de la vie de sa mère qui vient de mourir, et la vraie vie est ce qu’elle va en découvrir : cette effarante absence d’amour maternel. C’est là, dans cette lisière floue entre la réalité et la vérité qu’elle navigue avec beaucoup d’émotion et de pudeur, dans le sillage reconstitué (dont on pourrait dire d’après une histoire vraie) de sa mère.
Parlons-en, de sa mère. La guerre. La persécution contre les juifs. La fuite en bateau en Amérique. Son immense don de pianiste. Cette vie au loin qui s’ouvre, comme une promesse. Et puis le retour à Bruxelles, cette déchirure. Ce piano qui la suit, comme une ombre, une joie, une menace. Et l’amour enfin. Un goy. Un beau parleur. Un salaud. Et la chute infinie en soi.
Revenons à Karine. Une auteure qui soudain interrompt le roman qu’elle est en train d’écrire pour écrire ce livre-ci parce que sa mère vient de mourir et que le froid se fait tout à coup. Violent. Des ronces de glace. Il lui faut alors urgemment dénicher, débusquer, déterrer même, les mots qui la séparent et la relient à cette mère fantôme. 
Dernier bateau pour l’Amérique est le beau livre d’une traversée à travers un livre en train de s’écrire. Le plus difficile. Le plus douloureux.
Le livre sur la mère.

* Dernier bateau pour l’Amérique, de Karine Lambert, aux éditons La Belle Étoile. En librairie depuis le 13 mars 2024.

Irène Frain est un roman.

Voici qu’un jour un certain M. invite Irène à animer un atelier d’écriture et qu’Irène n’écoutant que son cœur rempli de mots accepte bien volontiers et se met alors à écouter* justement les mots de son cœur. Écouter ce qu’ils disent, les mots ; ce qu’ils disent quand ils parlent ou se taisent, car le silence est parfois bavard. 
Elle ausculte alors les mots en formidable romancière qu’elle est, mais plus encore en jeune fille jamais guérie d’une curieuse mère. C’est cette curiosité intime qui anime tous ses livres, jusqu’à celui-ci où elle tente de remonter ses propres torrents d’écriture comme un saumon qui va se reproduire. Ainsi reproduit-elle les peurs de l’écriture, les doutes, les tragiques banalités et les grâces folles et si, in fine, elle persille ici et là quelques précieux conseils aux apprentis écrivains, elle partage surtout brillamment son vertige d’auteur, de femme et d’enfant jamais tout à fait guéris. Ce qui fait de sa vie le plus beau de ses romans.

*Écrire est un roman, de Irène Frain, aux éditions du Seuil. En librairie depuis le 6 octobre 2023.

Samedi 13 et dimanche 14 juillet 2024.

Granville, premier port coquiller de France. Les coquillages sont comme les livres. Approchez-les de votre oreille, vous verrez qu’ils vous parlent. Venez les écouter ce week-end, entre deux bains de soleil. 

Salon du livre de Granville, 13 juillet après-midi et 14 juillet toute la journée, Salle de Hérel. Tous les renseignements ici.

Dimanche 30 juin 2024.

C’est à la tenace passion de Carole Ravenne que l’on doit ce premier salon du livre de Saint-Germain-des-Près, « Des pages avant la plage ». Forcément très chic. Très Saint-Germain. Il sera bien agréable de rencontrer autant d’auteurs vivants sur cette place où l’on a plutôt pour habitude d’y enterrer les artistes.

En ce qui me concerne, j’ai serai le dimanche 30 de 10 à 16 heures.

Chick lit place Vendôme.

Aimée, la mère d’Agathe, meurt d’une crise cardiaque.
Agathe, 34 ans, découvre alors chez sa mère des lettres d’hommes et des bijoux.
Aimée était très aimée. 
Et très gâtée.
Les bijoux sont signés Van Cleef & Arpels et valent leur pesant de cacahuètes.
Agathe, du nom d’une pierre, cherche alors à rencontrer ces généreux amants donateurs de bijoux, espère peut-être que l’un d’eux est son père.
Elle pénètre le monde fascinant des bijoux. Celui moins fringant des hommes.
Et voilà qu’elle rencontre un bel belgo-indien.
On est alors page 228 — car tout cela prend du temps —, elle pense : « J’aimerais tant cesser d’être prudente » et, page 263, elle cesse enfin d’être prudente : « Elle presse alors finalement légèrement la main d’Ashok avant de se tourner vers lui ».
À la fin, elle a un papa, un amant, et se dit, page 285, la dernière du livre, qu’elle « est au début d’une magnifique histoire ».
Bref, à l’heure des livres militants, féministes, anti-truc et muche, Carat* est un délicieux ovni.

*Carat, de Marie Charvet, aux éditions Grasset. En librairie depuis le 3 avril 2024.