Archive | mai, 2019

« C’est l’histoire d’un Juif qui rencontre un autre Arabe… ».

À ce genre d’opuscule, on imagine tout à fait un sous-titre, certes un peu longuet, mais précis, du genre : Où l’on découvre qu’au-delà des blagues arabes qui, finalement, ressemblent aux juives, qui elles-mêmes ressemblent à ce que tous les hommes sur terre aiment à rire d’eux pour rendre leur existence plus drôle et donc plus supportable, où l’on découvre donc que l’humour est avant tout la création d’un langage, qu’il est une anthropologie de la survivance, un lointain héritage de ce qui nous liait tous, quand nous étions des hommes, que nous avions conscience de la chance d’être vivants parce que la vie, bordel, ça vaut quand même son pesant de cacahuètes et que Mohammed Aïssaoui nous le rappelle sous ses faux-airs de blagueur, parce que derrière chaque histoire drôle, il y a toujours un chagrin qu’on étouffe.

*Comment dit-on humour en arabe ?, de Mohammed Aïssaoui, drôlement bien illustré par Clo’e Floirat, avec des portraits formidables de Smaïn, Guy Bedos, Fellag, Jamel Debbouze, Sophia Aram et d’autres. Éditions Gallimard, coll. Folio entre guillemets. En librairie depuis le 22 octobre 2015.

Vendredi 31 mai, samedi 1er et dimanche 2 juin 2019.

On ne présente plus cette ville qui veut dire joli en anglais et qui l’est réellement, surtout en ce joli premier week-end de juin, et tout particulièrement dans les jolis jardins Albert 1er, où seront plantées de jolies tentes sous lesquelles des joli(e)s auteur(es)s présenteront leurs jolis livres, à vous, jolis lecteurs. Cette nouvelle et jolie édition du Salon du Livre de Nice est présidée par le joli Jean-Jacques Annaud célèbre pour un très joli film de publicité pour la jolie marque Hertz. Et plus tard un joli film sombre où un livre tuait des jolis moines et où un joli moinillon s’accouplait avec une très jolie sauvageonne – Valentina Vargas, alors âgée de 22 ans…
De 10 heures à 19 heures. Festival du Livre de Nice. Jardin Albert 1er. 2-16 Avenue de Verdun, 06000 Nice. Et à 18 heures vendredi, une  jolie rencontre dans la jolie Bibliothèque Louis Nucéra, 2 place Yves Klein.

« C’est quand on peut se pardonner sans réfléchir/Sans un regret sans rien se dire » chantait Daniel Guichard.

Il fallait voir les centaines de lecteurs de lecteurs ce week-end à Villeneuve-sur-Lot qui patientaient pour quelques instants avec Virginie Grimaldi – l’une de mes invitées d’honneur. Et malgré la pluie, et malgré le froid (pour la saison), ils restaient joyeux dans leur attente car ils savent que Virginie ressemble à ses livres. Ainsi, dans celui-ci dont le titre est emprunté à Apollinaire, au travers de l’escapade d’une maman en détresse et de ses deux filles un peu chahutées, elle trace le plus beau chemin qui soit : celui qui mène à soi. Elle le borne d’une écriture légère, virevoltante et grave à la fois, comme un impressionniste qui, sous l’apparence de coups de pinceaux légers, donnerait des coups de scalpels. Car c’est bien nos angoisses contemporaines que Virginie incise, cherche à panser et donne ses lettres de noblesse à ce sentiment qui semble désuet mais qui est profondément indispensable au sel de la vie. La tendresse.

*Il est grand temps de rallumer les étoiles, de Virginie Grimaldi. Éditions Le livre de Poche. Vient de paraître aux éditions Fayard : Quand nos souvenirs viendront danser.

Samedi 25 juin 2019.

Dans les années 70, le samedi matin, c’était encore l’école. Et parfois même l’après midi, à cause des heures de colle. Libéré, je marchais du pensionnat (ci-dessus) jusqu’à la gare d’Amiens et prenais un train pour Valenciennes où j’arrivais en fin d’après-midi. Alors, près de cinquante ans plus tard, ça me fait tout drôle de retourner à l’école un samedi.
Mais c’est cette fois pour une excellente raison : le salon du livre de Lübeck (ci-dessous), du nom du formidable Club des lectrices de Lübeck, ces amoureuses des mots emportées par les précieuses Bénédite Deramedi et Valérie Clément, inconditionnelles des livres, curieuses et éclairées, qui font la joie des auteurs lorsqu’elles les reçoivent et partagent avec eux leurs émotions, leurs surprises, leurs engouements, leurs douleurs parfois, autour d’un livre. Et comme, en plus, ce samedi, c’est la veille de la fête des mères…
De 10 à 18 heures. Salon du livre de Lübeck, Institut de l’Assomption, 6 – 8 rue de Lübeck, 75116 Paris.

Selon la formidable Véronique.

De la très belle librairie Le Failler, sise dans la vieille rue Saint-Georges à Rennes.

On est toujours sérieux quand on a dix-sept ans.

La première fois que j’ai rencontré Eric Fottorino, c’était à l’hôtel Amour, dans le neuvième – notre cantine. Il était assis sur la banquette de molesquine rouge, en train d’écrire sur son ordinateur et il souriait en coin car, à la table d’à-côté (celle qui fait l’angle sous la petite bibliothèque), je répondais aux questions que me posait Christelle Massin (France 3 Nord) sur La femme qui ne vieillissait pas.
Plus tard, lorsqu’elle et son cameraman sont partis, je suis resté un peu avec Eric – deux chiens inconnus l’un à l’autre et qui semblent se reconnaître. Je lui ai demandé ce qu’il écrivait et il m’a répondu, un livre sur ma mère. Il s’appelle Dix-sept ans*. C’est l’âge où elle m’a eu. Je travaille la fin du livre, mon éditeur l’attend. C’est important, la fin, dit-il. Surtout quand elle signe le début, ajouterai-je aujourd’hui que j’ai fini la lecture de ce récit empoignant, ce portrait inoubliable de femme au cœur émietté, évanoui dans le cœur d’hommes envolés, ce portrait de fils aussi, qui retourne à Nice sur les traces de cette jeune fille de dix-sept ans, à l’aube de sa naissance, à l’aube de leur naissance. Un livre qui rappelle à quel point l’encre des mots est le sang de l’amour.

*Dix-sept ans, de Éric Fottorino. Éditions Gallimard. En librairie depuis le 16 août 2018. A figuré sur la sélection du Goncourt 2018.