Archive | janvier, 2026

Méfiez-vous de l’eau (de la rivière) qui dort.

Méfiez-vous aussi de la jolie photo d’une jeune femme de dos sur le bandeau d’un roman au titre mélodieux car le septième livre de Patrice Gain est sombre et douloureux et poétique et violent et lumineux. Voici l’histoire de Jess, gamine des cités qui tombe amoureuse d’un petit caïd des cités et cinq pages après, c’est l’horreur. La cave. Les mecs. La violence immémoriale faite aux femmes. Alors Jess s’en va. Parcourt le labyrinthe des forêts, danse sur les pierres des rivières, s’égare dans les sentiers de montagnes et le vent, et le froid, et la pluie, et les aubes gorgées de renaissances entrent en elle comme une chair et la sauvent. Puis, de rencontres en rencontres, comme toujours des rencontres joyeuses et d’autres funestes, elle poursuit sa traque d’elle-même, sa recherche du bonheur qui prendra l’allure d’un garçon agile comme un cours d’eau et beau comme un paon du jour. Mais (car il y a toujours un mais dans les rédemptions)…
Et c’est justement dans ces interstices fugaces entre les choses, entre la douceur et la violence, l’espérance et le désastre, l’amour et la folie, que l’écriture poétique de Gain se déploie et excelle à nous faire aimer la douleur d’une vie car elle recèle aussi toute sa joie possible.

*Seules les rivières, de Patrice Gain. Éditions Albin Michel. En librairie depuis le 2 janvier 2026.

Veillée d’armes.

Évidemment, on ne lit pas de la même façon un livre dont on connaît la fin et ici*, elle est évidente pour les trois personnages principaux puisque à la faveur d’une randonnée dans le Cotentin, censée les aider à se retrouver eux-mêmes, ils se prennent l’explosion de la centrale nucléaire de Flamanville dans la gueule. On devine donc que les lascars ne feront pas de vieux os ni ne finiront danseurs étoiles ou peintres centenaires. Combustions est en sorte la veillée d’armes de nos trois héros, leur Der des Ders, et l’un d’eux, le narrateur, nous autopsie le point de bascule de chacun. Paul et sa fabuleuse (et ennuyeuse) carrière de banquier qui découvre l’ivresse sans fin d’une sexualité sans fin avec Yasmine la bombasse, Yasmine la chienne, et tous les réveils fracassés. Darko, ex-ultra du PSG, baroudeur, sniffeur de rails à rallonge, paumé magnifique, une boue sur laquelle, comme un diamant, va briller le sourire d’une fleur brésilienne. Et Baptiste, le narrateur, sorte de bras droit de Paul, englué dans une histoire d’amour et de sexe compliquée, où rôde une enfant dévorée de l’intérieur par une vieille saloperie de brachyoure. 
Un formidable et inoubliable trio. Une sorte d’amitié de fin du monde, comme il y aurait la fin des hommes. 
François Gagey signe un premier roman étourdissant de maturité, de maîtrise, d’élégance stylistique, à un rythme inouï qui fait se percuter la fureur et la poésie. Alors réjouissons-nous et fêtons la naissance d’un impressionnant écrivain. 

*Combustions, de François Gagey. Aux éditions Albin Michel. En librairie depuis le 20 août 2025.