Archive | juin, 2026

Entre dans l’antre.

Parfois, un auteur nous fait pénétrer dans l’intimité de ses songes, de ses lectures, de ses doutes. Ose l’impudeur. Ses pensées. Sa dépression larvée. Et nous ouvre ses carnets* dont chaque paragraphe bref est un petit trou de serrure par lequel on voit d’où vient l’écriture. Son écriture. Inclassable. Légère et grave. Douloureuse et solaire. Anne Serre nous invite ici dans sa tête et dans ses mots. C’est un livre qu’on picore comme un recueil de poésie. L’ordre des notes n’a pas d’importance, aucune pensée n’étant parfaitement linéaire. C’est finalement un livre de ronces et de douceur qui ne désigne rien d’autre que le ventre d’un écrivain. Sa faim et sa soif. Partant, sa singularité. Toute sa beauté.

*Rêve cette nuit, Carnet, 2002-2024. D’Anne Serre. Aux éditions Verdier. En librairie depuis février 2026.

Il était une foi.

Il y a souvent quelque chose de très émouvant dans les livres auto-édités. Le courage d’avoir décidé que son texte valait d’exister malgré peut-être des refus d’éditeurs. Ou simplement la joie de voir son travail vivre, pouvoir être partagé. Alors oui, sans un éditeur scrupuleux, vigilent, il y a des approximations, des longueurs, des fôtes, des occurrences, mais il reste souvent l’essentiel. La sincérité. Et ici, Laurent Talayrach, en fait preuve de beaucoup. Ainsi il nous raconte son envie de séminaire à l’heure où les copains lorgnaient les filles. Dévoile son sens de l’autre. Son amour du prochain. Son immense bienveillance envers l’humanité. Le tout sans guimauves à la Saint-Preux ni autres fadaises claydermaniennes. L’écriture est ronde, gourmande, un côté Frère Tuck dans Robin des Bois, une écriture comme son sujet — qui aime la vie. Et puis, au-delà du parcours de l’auteur, des portraits émouvants des détresses qu’il croise, il y a cette fin. Remarquable. Bousculante. Honnête. Et ça c’est vraiment chouette.

*Une Foi, de Laurent Talayrach. Publié par lui-même chez Librinova. Commandable sur librinova.com

« Le poète a toujours raison / Qui voit plus haut que l’horizon » (Aragon).

Comme il est difficile de chroniquer un recueil de poésie* car chaque mot en dit mille et chaque vers est une incision dans le cœur du monde. Michel Manon nous parle de nuits, de solitudes et d’amours. Il parle aussi de vins, d’ivresses et de vies. Il parle de la mort qui s’avance et rien n’est triste. Ici la mélancolie est belle. Elle donne à mesurer la grâce d’être vivant, de passer, d’emporter. C’est la musique d’un poète qui habite un homme de douleurs et de joies. On peut bien sûr rester de marbre devant ces beautés qui bousculent. Moi, elles m’enchantent.

*Vers livres et autres balivernes, de Michel Manon. Publié par l’auteur (2022). À commander sur manonml92@gmail.com