L’étrange histoire de Lorraine Button.

Il n’est un secret pour personne que je nourris à l’endroit de Lorraine une sincère amitié et lis ses livres, qu’elle me confie avant même leur parution, avec une gourmandise qui n’a d’égale que le plaisir qu’ils me procurent. Le dernier en date, Du goût pour le bonheur*, n’échappe pas à la règle, ni aux règles d’un bon Fouchet : une histoire chorale, familiale, aimable, amicale, amoureuse parfois, avec toujours une résolution heureuse sur l’île de Groix, autour d’un repas et, en bonus, la recette d’un plat qu’elle aime ainsi qu’une playlist qui a accompagné sa rédaction. 
Ce cru 2026 raconte l’histoire d’une adoption (simple), persillée de beaucoup d’amour et de retrouvailles — je vous laisse la découvrir.
Mais ce qui me frappe le plus cette fois, et que je soupçonnais depuis plusieurs livres, c’est cette étonnante traversée d’écrivain qu’a entreprise Lorraine. À savoir, livre après livre, une remontée aux sources de l’enfance, comme le héros de Scott Fitzgerald, Benjamin Button, retournait à l’état d’enfançon. Du goût pour le bonheur est un texte que l’on pourrait classer en roman jeunesse tant l’écriture, les situations, la gentillesse même du propos, ai-je envie d’écrire, relèvent de ce temps précieux d’avant, quand nous n’y avions aucune arrière-pensée, aucun de ces nuages retors d’adulte dans la tête, et qu’elle était là, la vraie grâce de l’enfance. Là, la pureté. Là, le bonheur. 
Et c’est ici le plus troublant dans l’œuvre de Lorraine : oser s’affranchir de la littérature, la blanche, la crâneuse, Flore, Drouant, Les Deux-Magots, pour écrire le plus candidement du monde nos âmes fossilisées d’enfant et réveiller notre capacité d’émerveillement. À ce titre, elle est remarquable.

*Du goût pour le bonheur, de Lorraine Fouchet. Aux éditions Héloïse d’Ormesson. En librairie le 5 mars 2026. (Photo fournie par l’auteure).