L’homme sauvé.

On connaissait Pierre Vavasseur en journaliste fécond, en brillant écrivain, en compositeur inspiré, en chansonnier trop rare, en poète délicat, voici qu’on le découvre en fils. 
Et je pense que c’est là sa plus belle personne. 
Il a dû mettre longtemps à l’écrire, cet Homme humilié*, car on ne remonte pas si aisément que cela la rivière de ses souvenirs, de ces « non-évènements », comme il le précise à l’endroit de la vie de son père. 
Son père. Un camion qui le projette dans le bas-côté. Une démarche depuis hasardeuse. Et une mère qui n’a plus pour lui que ces quatre mots à la bouche : « Tu me fais honte ». 
Ce père qui marche désormais bancal comme le squelettique Homme qui chavire de Giacometti, ne parviendra plus à se redresser, courbé qu’il est par les années de nettoyage à la Centrale. Sols. Chiottes. Machines. Qui n’est droit et fier que sur son biclou et dans le cœur son p’tiot. Le Pierrot. Le fils qui sait la souffrance du père et tente de la partager, la porter, en croquer un gros morceau. Et ce morceau, c’est cet admirable et bouleversant livre qu’il nous livre. Un récit, une lettre, un poème de 145 pages. Un chant d’amour à l’amour d’un père, un biscornu, un invisible, un rien, que Pierre met dans la lumière de son cœur et, partant, dans celle du monde.
Chacune de ses phrases est un collier de mots. 
Chaque mot une perle. 
C’est un texte d’une poésie brûlante. Lancinante. Essentielle.
Un portrait d’homme humilié par sa femme et par la vie, que le fils sauve en lui redonnant la plus belle des couleurs. La plus vivante. 
Le rouge aux joues. 
L’émoi premier. 
L’amour vrai.

*L’homme humilié, de Pierre Vavasseur, aux éditions Buchet-Chastel. En librairie le 2 avril 2026.