Méfiez-vous de l’eau (de la rivière) qui dort.

Méfiez-vous aussi de la jolie photo d’une jeune femme de dos sur le bandeau d’un roman au titre mélodieux car le septième livre de Patrice Gain est sombre et douloureux et poétique et violent et lumineux. Voici l’histoire de Jess, gamine des cités qui tombe amoureuse d’un petit caïd des cités et cinq pages après, c’est l’horreur. La cave. Les mecs. La violence immémoriale faite aux femmes. Alors Jess s’en va. Parcourt le labyrinthe des forêts, danse sur les pierres des rivières, s’égare dans les sentiers de montagnes et le vent, et le froid, et la pluie, et les aubes gorgées de renaissances entrent en elle comme une chair et la sauvent. Puis, de rencontres en rencontres, comme toujours des rencontres joyeuses et d’autres funestes, elle poursuit sa traque d’elle-même, sa recherche du bonheur qui prendra l’allure d’un garçon agile comme un cours d’eau et beau comme un paon du jour. Mais (car il y a toujours un mais dans les rédemptions)…
Et c’est justement dans ces interstices fugaces entre les choses, entre la douceur et la violence, l’espérance et le désastre, l’amour et la folie, que l’écriture poétique de Gain se déploie et excelle à nous faire aimer la douleur d’une vie car elle recèle aussi toute sa joie possible.

*Seules les rivières, de Patrice Gain. Éditions Albin Michel. En librairie depuis le 2 janvier 2026.