
Qu’ils ont de la chance ces auteurs aux pères flamboyants qui leur offrent là un tout un livre* à leur gloire ; ainsi cet Emmanuel de Montaigu qui, à l’aune de sa vie, confie à son fils Thibault l’histoire d’un aïeul fauché par un obus lors d’une charge de hussards en 1914 dans une plaine de Champagne. Et voilà notre Thibault enfourchant la plume de l’enquêteur pour partir sur les traces du mort afin d’en croquer l’histoire familiale, et donc la tragédie, car sans tragédie, pas de livre. On apprendra que le hussard en question avait quitté l’armée pour suivre un plus filou que lui, un Ponzi avant l’heure, fortune familiale rapidement en berne, honte, silence coupable, retour à l’armée, obus, fin.
Mais le plus convaincant dans cette histoire qui fut abondamment saluée à sa sortie, c’est le rapport qu’entretient Thibault avec son père vieillissant — un homme à femme, séducteur et séduisant, imaginez un Bebel sur le retour, un phrasé de cinoche, grandiloquence étriquée, corps à la ramasse, flamme qui vacille, s’éteint, fin.
Cœur, c’est le beau livre des adieux. Le livre d’un baptême aussi. Celui du nom démystifié que doit désormais porter Thibault, et c’est dans tout ce poids qu’est toute l’élégance de ce livre.
*Cœur, de Thibault de Montaigu, aux éditions Albin Michel. En librairie depuis le 21 aout 2024 et chez J’ai Lu depuis le 20 août 2025. Prix Interallié 2024.