Archive | octobre, 2020

Promesse tenue.

Il y a quelque chose d’émouvant à lire ce Tenir promesse* quand on sait que Philippe Gourdin (que je connais depuis longtemps à la faveur des salons du livre au temps où l’on s’y baladait non masqués, où l’on s’échangeait de chaleureuses poignées de mains, où l’on riait encore) a failli mourir par trois fois d’une leucémie et donc n’avoir jamais vraiment su quelles promesses il aurait pu lui-même tenir.
Dans ce roman (à ranger du côté des Lévy du début ou de Nicholas Sparks période N’oublie jamais), Barbara est sauvée de la noyade par Milo auquel elle propose, en récompense, une nuit d’amour s’il le souhaite. Il accepte. Mais dans un an. On pense bien sûr à Elle et Lui de Leo McCarey avec les sensationnels Deborah Kerr et Cary Grant et c’est tant mieux. Ici, Philippe s’amuse non pas avec le fait qu’ils vont se retrouver (ou pas) mais bien avec celui que l’idée même de ces retrouvailles va changer leur vie, chaque jour, presque malgré eux, car on le sait tous, c’est le chemin qui compte. Et c’est sans doute pour avoir lui-même failli plusieurs fois se perdre en chemin qu’il le savoure à chaque instant, en essore chaque possibilité de bonheur. Tenir promesse est un sérieux « feel good book » comme on dit, truffé de bons mots, jubilatoires parfois, drôles souvent, qu’on quitte avec la banane, ce qui est bien plus agréable sur la tronche  qu’un masque.
Avec ce nouveau roman, Philippe tient sa promesse d’être là. Encore. Et encore. À croire que l’écriture sauve.

*Tenir promesse, de Philippe Gourdin. Aux éditions Fauves. En librairie et online depuis le 25 février 2020.

Avocat et poète, même combat.

Denis Boudrias, que j’ai rencontré il y a quelques années à Montréal est un ancien avocat devenu poète, ce qui, à y regarder de près, est le revers d’une même médaille : sauver les autres avec les mots. Ci-dessous un poème qu’il a écrit en 2019 et qui fait écho de façon saisissante à mon dernier livre.

Découvrez le travail de Denis (avec son compère Jacques Boulerice) dans ce très beau livre : Marcher dans les pas du temps (récits, prose et poésie). Éditions Crayon d’argent, 2017, 184 p., 20 $.

Samedi 17 octobre 2020.

« Le 8 mai 1944 fut tragique*. Les bombardements alliés ont fait cette nuit-là près de 183 morts » écrivait Ouest France le 26 juillet 2019 à propos de bombardements qui eurent lieu à Bruz. J’aime particulièrement la préposition « près de ». Car enfin, on a 183 morts ou on ne les a pas. Bref. Tout ça pour dire que les mots recèlent mille trésors et que j’aurais le plaisir de vous présenter les miens, compilés dans mon nouveau roman Un jour viendra couleur d’orange, ce samedi 17 octobre à Bruz, chez Page 5, la librairie des formidables Marie-Cécile et Frédéric Leplat.
Dès 14 h. Librairie Page 5. 5 Place de Bretagne, 35170 Bruz.
* À lire, l’introuvable Bruz la Martyre du bon Abbé Montfort Huet, paru le 1er janvier 1948.

Jean-Louis Fournier et Brigitte Bardot.

Il y a un an pratiquement jour pour jour, Jean-Louis nous livrait un petit opuscule intitulé « Je ne suis pas seul à être seul »* et le voilà qui nous revient cette fois en bonne compagnie. On penserait presque à celle de Brigitte Bardot car elle fut un petit animal sauvage dans Et Dieu créa la femme, une biche magnifique dans Viva Maria et une panthère fascinante dans La Vérité et qu’elle aurait pu, à ce titre, figurer dans ce nouveau petit livre** dans lequel Jean-Louis nous délivre un amusant et désenchanté traité de savoir-vivre avec les animaux.
Il n’est donc plus seul cette année, accompagné dans l’écriture de ce texte de sa chatte Artdéco, « blanche avec des taches noires artistiquement disposées » (page 9), trouvant refuge dans l’affection des animaux, dans leurs beautés et leurs silences, bien préférables selon lui aux gesticulations des hommes. Et comme c’est très exactement ce que pense l’ex-sublime-actrice que tous les hommes rêvaient alors d’adopter, je me demande si ce n’est finalement pas Jean-Louis qui va décrocher le pompom.

*Je ne suis pas seul à être seul, de Jean-Louis Fournier. Éditions Lattès (2019).
**Merci qui ? Merci mon chien, aux Éditions Buchet-Chastel. En librairie le 8 octobre 2020.

Adeline Fleury existe.

Et elle est un sacré auteur. Ou sacrée autrice, si vous préférez. La voilà qui romance* ce terrible fait divers de 2013. Une femme abandonnait sa petite fille sur la plage de Berk Plage à marée basse pour que l’eau l’engloutisse, l’emporte, puis était rentrée chez elle à Saint-Mandé, l’air de rien. De cette tragédie, Adeline tamise un texte d’une violence et d’une poésie furieuses, trace une enfance imaginaire, africaine et sorcière, burine un corps transpercé, recousu, consumé, un corps comme un pays duquel on est exclu, duquel on n’est plus. Ida n’existe pas est un chant d’amour et d’eau, un esperanto de chair et de larmes, envoutant, spectral, glacial et incandescent à la fois. Ce genre de livre qui s’inscrit la chair comme une brûlure. Quelle claque.

*Ida n’existe pas, de Adeline Fleury. Aux éditions François Bourin. En librairie depuis le 20 août 2020.