Author Archive | Grégoire Delacourt

10.

Un chouïa désappointé ma précédente lecture (voir ci-dessous) avec laquelle je cherchais une sorte de feel good polardeux, surtout pas harlequinesque, je m’intéressai à un auteur dont je n’avais jamais entendu parler, Steve Cavanagh, dont ceux qui s’y intéressaient affirmaient que « 13 »* était son meilleur livre. Eh bien merci les gars. Je ne sais pas si c’est son meilleur livre, c’est en tout cas un sacré bon thriller juridique avec, contrairement à ci-dessous, un scénario vraiment nouveau, comme l’était en son temps Folie Furieuse de Lee Child, ou, mais je me répète je sais, l’immense Raphaël derniers jours, de Gregory McDonald. Tout ça pour dire que j’ai passé un formidable moment de lecture avec ce 13, ce qui déroute des conneries ambiantes, et que si vous aimez le thriller juridique bien troussé, un peu moins propret sur soi que Grisham, Cavanagh est votre homme et 13 un 10/10.

*13, de Steve Cavanagh. Aux éditions Bragelonne. En librairie depuis le 11 mars 2020. Prix Polar 2017 du meilleur roman international à Cognac.

Sans plaisir ni déplaisir.

Au début étaient Les égouts de Los Angeles, un premier roman crépusculaire, poisseux et magnifique. Personne ne s’y trompa puisqu’il se vit remettre de prestigieux Prix Edgar du premier roman. Furent ensuite quelques autres histoires de son héros récurrent, Harry Bosh, jusqu’au chef d’œuvre, Le Poète. Je continuai à être fidèle à Connelly mais, de livre en livre, je me sentais moins tenaillé, moins embarqué et puis, j’ai fini par laisser tomber.
Cherchant un « feel good « après une année de lectures « sérieuses » et n’aimant pas trop les trop nombreux romans des Bécassines d’aujourd’hui, je replongeai avec ce dernier opus, Sans âme ni conscience* qui, prétend le marketing, met en scène un procès fait une entreprise d’IA. Mais voici qu’au même moment, par le plus grand des hasards, je regarde la série Lincoln Lawyer et découvre qu’il s’agit du même personnage récurrent que dans mon livre et, bien que les « procès » soient différents, la structure est la même, les rebondissements les mêmes, le plaisir le même, le déplaisir itou, et je me suis mis à penser que cet auteur (que je tenais pour fils littéraire de l’immense Lawrence Block) était tombé dans une pattersonite** aigue. On annonce d’ailleurs deux autres romans de Connelly cette année. Soit un rythme comparable à Vi Keeland, la dadame des Romance de bureau et autres com-roms. 
En conclusion, préférez Les égouts de Los Angeles, Le poète et, de Lawrence Block, Huit millions de façons de mourir et La balade entre les tombes. À bon entendeur.

*Sans âme ni conscience, Une affaire de Mickey Haller, de Michael Connelly, aux éditions Calmann-Lévy. En librairie depuis le 14 janvier 2026.
** « Pattersonite », d’après James Patterson, qui a élevé la rédaction de romans policiers à une industrie pondeuse de livres, 350 à ce jour, écrits par plein de gens différents auxquels il donne un pitch, et roule ma poule.

L’homme sauvé.

On connaissait Pierre Vavasseur en journaliste fécond, en brillant écrivain, en compositeur inspiré, en chansonnier trop rare, en poète délicat, voici qu’on le découvre en fils. 
Et je pense que c’est là sa plus belle personne. 
Il a dû mettre longtemps à l’écrire, cet Homme humilié*, car on ne remonte pas si aisément que cela la rivière de ses souvenirs, de ces « non-évènements », comme il le précise à l’endroit de la vie de son père. 
Son père. Un camion qui le projette dans le bas-côté. Une démarche depuis hasardeuse. Et une mère qui n’a plus pour lui que ces quatre mots à la bouche : « Tu me fais honte ». 
Ce père qui marche désormais bancal comme le squelettique Homme qui chavire de Giacometti, ne parviendra plus à se redresser, courbé qu’il est par les années de nettoyage à la Centrale. Sols. Chiottes. Machines. Qui n’est droit et fier que sur son biclou et dans le cœur son p’tiot. Le Pierrot. Le fils qui sait la souffrance du père et tente de la partager, la porter, en croquer un gros morceau. Et ce morceau, c’est cet admirable et bouleversant livre qu’il nous livre. Un récit, une lettre, un poème de 145 pages. Un chant d’amour à l’amour d’un père, un biscornu, un invisible, un rien, que Pierre met dans la lumière de son cœur et, partant, dans celle du monde.
Chacune de ses phrases est un collier de mots. 
Chaque mot une perle. 
C’est un texte d’une poésie brûlante. Lancinante. Essentielle.
Un portrait d’homme humilié par sa femme et par la vie, que le fils sauve en lui redonnant la plus belle des couleurs. La plus vivante. 
Le rouge aux joues. 
L’émoi premier. 
L’amour vrai.

*L’homme humilié, de Pierre Vavasseur, aux éditions Buchet-Chastel. En librairie le 2 avril 2026.

Mardi 28 avril 2026.

C’est déjà difficile d’emperler les mots pour en faire des jolies phrases qui deviennent un livre, alors se faire traiter de diamant, c’est me mettre la pression encore plus haut. J’essaierai donc d’être à la hauteur ce soir-là, en compagnie de la délicieuse et brillante (elle aussi) Lucie Pétrone, autour de mes chroniques et d’une surprise.
19 Heures. restaurant L’Alsacienne, 59990 Saultain. Sur réservation.

La ferme du Paradis.

Attention spoiler. Voici une histoire* étrange et singulière. Un homme (Robert) a rendez-vous avec un ami (Alain) pour un dîner. Il arrive en retard, la faute au manque de places de stationnements parisiens. Une fois au restaurant, il s’aperçoit qu’il a oublié son téléphone dans sa voiture. Robert est veuf et n’est pas très bien sans téléphone. Il repart donc le chercher. En chemin, une femme (Camille) l’alpague. Elle boit un verre en terrasse. Il la rejoint. Ne retournera jamais auprès d’Alain. Robert et Camille partent ensemble vers le sud où elle veut être maître-nageur. Ils s’aiment. Baisent. Font très vite chambre à part. S’aiment. Baisent. Puis Camille s’en va. Robert veut disparaître. Il vend ses biens. Récupère plus de 110.000 € de cash dans les banques. Se balade avec une valoche dans laquelle sont les biffetons. Il marche. Campe. Hume la vallée. Les montagnes. Croise un trouple. L’une des deux filles veut bien coucher avec lui mais lui non. Il les balade quelques jours puis salut. Se fait fabriquer des faux-passeports car l’époque est aux rafles massives de migrants. Il fait passer la frontière à quelques pauvres gens. Dans l’ordi que Camille a laissé, il découvre l’histoire des femmes de sa famille. Des suicides, des abandons. Des douleurs sans fin. Et la Suisse comme Eldorado. Il suit les déambulations géographiques de la famille de Camille. Et du coup la retrouve. Il vend la Mustang qu’il avait achetée car sans électronique traçable. Ils s’aiment de nouveau. Ils baisent de nouveau. Ils s’installent en Suisse. Et c’est tout.
Je vous avais dit étrange et singulière. Car une histoire où quelqu’un cherche à disparaître pour aller nulle part l’est forcément. Et c’est ce qui en fait ici finalement toute son étrange et singulière beauté.

*La ferme du Paradis, de Bernard Comment. Publié sous la direction de Martine Saada chez Albin Michel. En librairie depuis le 21 août 2024.

E la nave va.

Revoici la prolifique Amélie Antoine avec un agréable roman —même si l’adjectif « agréable peut » sembler incongru au vu de son sujet — qui met en scène la rencontre à Dunkerque entre une famille bien sous tous rapports et une famille de migrants, venue d’Afghanistan. 
La rencontre a lieu de nuit, sur une route de bord de mer. Lorette, l’ado de la famille française, s’émeut de cette minuscule caravane triste qui compte le papa, la maman (enceinte) et une ado, Sahar. Bien sûr la famille française accueille chez elle la famille afghane. Entre les couples et surtout les ados les liens se tissent. L’une raconte son pays, les talibans, la violence, l’exil, les deux années de marche de Kaboul à Paris ; l’autre raconte les cerfs-volants, la cuisine locale, l’école, les glaces à la vanille, et toutes deux se promettent de toujours rester amies. 
Mais voici qu’une nuit, les Afghans quittent la maison sur la pointe des pieds, c’est le moment de la traversée, le passeur les attend avec trois cents autres migrants en partance de nuit pour l’Angleterre. Le livre se termine sur cette phrase « Elle s’appelait Sahar ». La référence n’échappera à personne.
Quatre millimètres à peine est un roman « jeunesse », idéal à offrir à nos ados pour leur montrer qu’il existe un monde réel au-delà des tutoriels GRWM, de Food Hacks, de Life Hacks et de gaming, un monde vrai qui enseigne un peu d’humilité et de miséricorde.

*Quatre millimètres à peine, d’Amélie Antoine. Aux éditions Syros. En librairie depuis le 6 février 2026.