Author Archive | Grégoire Delacourt

Invitée #31. Dominique Cozette.

J’ai toujours été impressionné par les personnes qui créent du langage. Dominique Cozette en fait partie. Un jour, presque par hasard (c’est toujours presque par hasard qu’on fait avancer le monde) elle a inventé la campagne Omo avec les singes, mais surtout le langage desdits singes. Souvenez-vous. Omo Micro, touti rikiki maousse costo. Crapoto basta fuit ! (…). Et la marque, en perdition, revint en tête des ventes. J’ai eu la chance de travailler et de rire pendant quatre ans avec Dominique dans une agence de pub. Mais derrière la formidable rédactrice, quel bonheur d’avoir découvert (elle ne crâne pas) un très bel écrivain*, une parolière épatante, une artiste émouvante et une blogueuse hors pair. Je lui ai demandé de nous présenter l’un de ses derniers coups de cœur. Le voici.

Domoinique Cozette

UNE SACRÉE DARONNNE ! La daronne** est le titre du tout dernier livre d’Hannelore Cayre, avocate pénaliste de profession mais aussi écrivaine, donc, et réalisatrice de son premier bouquin Commis d’office. C’est une nana cash, drôle, cinglante,  qui écrit dru et ce polar est formidable. Parce que ça pourrait n’être que le roman de sa vie, et ça serait déjà formidable. Faut voir ce qu’elle a vécu avec un père dans les « affaires » internationales, du blé qui coulait à flot, une maison quand même pourrie mais avec un esclave qui ramassait les robes que sa mère laissait tomber par terre, des vacances dans les palaces où monsieur était traité comme le roi du monde. Jusqu’à ce qu’il meure. Un moment, le rêve recommence en la personne d’un époux formidable, richissime aussi, mais qui meurt vite. Et là voilà minable avec tout l’argent claqué par une mère sans amour ni vergogne qui finit sa triste vie dans un mouroir qui, comme tous les mouroirs, coûte la peau du clito. Son clito qui ne sert plus à rien sauf à un flic gentil, amoureux mais bourrin.
Pour gagner sa vie, comme arabe bilingue, elle traduit les milliers d’heures d’écoute des dealers et trafiquants haut de gamme et les arrange parfois à son goût. Puis, au pied du mur pour débourser plus qu’elle n’a, elle saute le pas. Grâce aux contacts qu’elle traduit, elle s’introduit dans un juteux trafic qui va lui rapporter une montagne de cannabis. Du bon. Et elle devient la daronne. Elle se lie avec une Chinoise qui a aussi des trucs planqués dans une grande cave blindée…
Le livre n’est pas épais mais extrêmement dense. Comme dans un montage cut-cut, elle ne s’attarde pas sur les détails, elle fonce, elle pare au plus pressé, elle débobine, entube, recèle, surborne. C’est très acerbe, très cynique, on en apprend de belles, notamment que le ministère n’a pas les moyens de salarier les traducteurs donc qu’ils sont payés au black, et c’est vrai. Des choses comme ça.

*Pour la nuit ou pour la vie ? (Les hommes au banc d’essai), Belfond, 1988. Mal de mère, Balland, 1991. Ma femme, Grasset 1993. Rewind, Calmann-Levy, 1998. Quand je ne serais jamais grande, Calmann-Levy, 1999. Couchées, Pauvert, 2000.
**La daronne, d’Hannelore Cayre. Éditions Métallié. Prix du Polar Le Point Européen 2017. En librairie depuis le 9 mars 2017.

 

 

Une allure folle.

Isabelle Spaak

Isabelle Spaak, à la fois petite-fille et fille, raconte* la relation mère-fille de sa grand-mère, elle-même fille-mère, et de sa mère, pas celle de l’arrière grand-mère, mais de la sienne.
Bon. Je recommence.
Mathilde est la grand-mère d’Isabelle Spaak et Annie, sa mère. C’est sur les trajectoires de ces deux femmes que la fille et petite-fille (c’est plus fort que moi) se lancent. Dès le départ, la route est passionnante. Spaak enquête avec la ténacité d’un limier et l’émerveillement d’une femme qui croise l’histoire de sa mère et de sa grand-mère. Et quelles histoires ! Celle de Mathilde, à la sulfureuse réputation, dans le Bruxelles du début du siècle (dernier), entretenue et engrossée par « Armando Farina, citoyen italien très fortuné, marié à cette Madame Carentzi Margarete » (page 107), véritable personnage warthonnien. Et celle d’Annie, sa fille, (la maman d’Isabelle donc,) défigurée à quinze ans dans un accident de voiture, refigurée, si je puis dire, grâce à « une opération de la dernière chance menée par les docteurs Dufourmantel et Darcissac, deux chirurgiens réputés qui s’étaient fait la main sur les gueules cassées de la Grande Guerre, greffant, coupant, reconstruisant cette charpie » (page 101). Plus tard, Annie, maumariée comme l’aurait chanté Reggiani, quitte son mari et ses trois enfants pour un coup de foudre (tiens, tiens) avec lequel elle aura trois autres enfants, dont Isabelle.
Au-delà de ces deux incroyables figures qui traversent plus d’un demi-siècle européen d’une incroyable brutalité, c’est finalement le lien fascinant entre elles qui apparait. Et lorsque l’une meurt, l’autre « se meurt » quinze jours plus tard, dans une saisissante violence.
Mais comme la vie réserve toujours plus de surprises qu’un livre, à la toute fin du sien, Isabelle Spaak, nous dévoile qui était vraiment sa maman et donne la clé de la vraie beauté du chagrin.

*Une allure folle, Isabelle Spaak. Editions Le Livre de Poche. En librairie depuis le 10 mai 2017.

Vendredi 23 et samedi 24 juin 2017.

Rzut oka DRUK moj

« Laureat wielu nagród wydawany w blisko 40 krajach napisał filmową opowieść o kilku dniach spędzonych razem przez mechanika samochodowego i najpiękniejszą kobietę świata. Szczęście doprawione smutkiem, celebrycki raj przeciwstawiony bólowi samotności. A co ty zrobisz, gdy do twoich drzwi zapuka Scarlett Johansson ? ».
Bon ; je vous raconterai tout de Na Pierwszy Rzut Oka (La Première chose qu’on regarde) à Varsovie dans le cadre du fabuleux Salon Big Book Festival.
Big Book Festival. Du 23 au 25 juin 2017. Tout le programme ici. Merci à Magada Malejczy ma formidable éditrice et toute son équipe de Drzewo Babel.

« En ces temps de guerre sans guerre ».

Alina Dumitrescu

Voici un texte admirable.
Un texte d’amour à la langue française, cette langue qui a poussé dans le cœur d’une petite roumaine – à cause de ses rêves de Paris, de Sorbonne et de quelques livres, une gamine qui fête ses huit ans le jours où les russes envahissent Prague, qui grandit dans des mots bancals, que l’on doit taire ici, que l’on pourrait crier ailleurs.
Le Cimetière des abeilles* est un magnifique récit d’un voyage extérieur, qui va la conduire, non pas à Paris puisque les frontières sont alors fermées, mais à Montréal où l’on parle un français ; et intérieur, à l’endroit même de cette langue nouvelle avec laquelle elle livre des bribes de souvenirs, des odeurs de thym, des douceurs de tricot et des langueurs de miel. « J’ai mal aux joues. J’ai aussi mal aux lèvres, tordues autour des mots dont elles n’ont pas l’habitude. » écrit-elle page 45, dans cette langue qui n’était pas la sienne mais qu’elle aimait tant. Et lorsque qu’elle quitte enfin la Roumanie et se demande quoi emporter, c’est, écrit-elle page 152, « avec le livre de recettes de ma mère (…) je me suis prémunie contre la famine ».
Un livre de mots pour n’avoir plus jamais faim.
Ce cœur de mots qui sont justement son cœur, Alina les polit pour nous entraîner avec grâce à la lisière d’une langue merveilleuse, poétique, généreuse et grave. La nôtre. Celle qui peut tout dire, les violences comme les effarements, les joies comme les délicatesses, dès lors qu’elle abandonne un seul de ses mots. Cynisme.

Le livre est sorti aux Canada en novembre 2016, où Alina me l’a offert lors du Salon du Livre de Québec. Vous le trouverez sur Internet ou à La Librairie du Québec. (Le titre de ce billet est extrait de la page 162).
*Le Cimetière des abeilles
, Alina Dumitrescu. Éditions Triptique (Montréal).

Prévoyez une bouée.

Philippe Lafitte Suisse

Cinquante-six pages. Ce n’est pas une nouvelle. Mais un microroman. Une collection récemment créée à Lausanne, par Giuseppe Meronne. Et l’un des premiers auteurs à s’y coller, avec succès en plus, est l’épatant Philippe Lafitte qui nous régale de trop rares longsromans depuis 2003.
Et comme la collection s’appelle « Uppercut », il ne va pas faire dans le nougat mou.
Eaux Troubles* est l’histoire de Mélanie, d’abord promise à une grande carrière de nageuse mais que le corps, à quatorze ans, a trahi. Promise ensuite à une haute carrière de plongeuse, mais voilà : « une seconde d’inattention sur la plateforme, la flaque d’eau mal essuyée sur la zone d’appel. Pied qui dérape, corps qui se déporte sous l’impulsion, chute et heurte le rebord avec un craquement sec. Les cris de la foule et le voile noir. Une carrière de plongeuse réduite à néant ». (Page 30).
Depuis, Mélanie boite. Depuis, Mélanie travaille à la piscine. Depuis, Mélanie attend le soir, attend que tout le monde soit parti, pour plonger à nouveau. Seule. Brinquebalante. Mais un soir – soir, qui rime avec noir… Je suis absolument certain que notre bon Sir Alfred aurait acheté les droits de cette histoire pour en faire un épisode de sa fabuleuse collection Hitchcock présente. Avis aux producteurs.

*Eaux Troubles, de Philippe Lafitte. Éditions BSN Press. Publié le 23 avril 2017.

Samedi 10 et dimanche 11 juin 2017.

Vannes Carambar

Petit, j’adorais les vannes vaseuses que l’on lisait à l’intérieur des emballages de Carambar, et je détestais lorsque la machine à couper le papier avait aussi coupé la chute de ladite vanne. Je ne me serais jamais imaginé un jour à Vannes. Ça sera chose faite ce week-end.
Bon, je crois, que c’est ma vanne la plus pourrie.
Livr’à Vannes. Du 9 au 11 juin 2017. Jardin des remparts. 56019 Vannes. Tout le programme ici.