Author Archive | Grégoire Delacourt

Rouge amer.

Anne-Sophie Stephanini.J’aime bien Anne-Sophie Stefanini. Il y a en elle quelque chose des beautés de Raphaël. Une pâleur. Une grâce. Une fragilité forte. Elle est une belle éditrice. Et un bel écrivain. Son nouveau roman, Nos Années rouges lui ressemble. J’y ai déambulé dans ses pages, dans ces ruelles tracées par les lignes de ses mots posés, comme Catherine, son personnage, baguenaudait et se perdait dans les rues d’Alger – des tentacules. J’y ai, dans l’écriture, retrouvé l’élégance désinvolte de celle d’un Drieu La Rochelle, celui du Feu Follet, j’y ai reconnu cette langueur, cette nonchalance, malgré le mal qui rôde, tous les démons – j’y ai entendu une gnossienne de Satie, comme dans le film envoutant qu’en a tiré Louis Malle. J’y ai rencontré des amants perdus dans son livre, des rêveurs d’une Algérie nouvelle, et même une étudiante qui rêvait d’Italie, écrira une lettre fabuleuse à Catherine, sa prof, et trébuchera sur d’autres rêves, et je n’oublierai aucun d’eux. J’y ai, dans les cafés, beaucoup fumé, beaucoup bu, jusqu’à redessiner les lisières des hommes. Je me suis cogné aux fantômes que je suppose d’Anne-Sophie : une mère qui part, un père qu’on ne peut pas décevoir, et j’ai retrouvé, pour un instant, la joie et la frayeur d’être un fils.
Nos Années rouges est un beau livre sur une laideur de l’histoire, sur la naissance d’une utopie, mais surtout, sur l’éclosion d’une femme qui, au fond, s’est promis la chose la plus difficile qui soit. La fidélité à elle-même.

*Nos Années rouges, de Anne-Sophie Stéfanini. Éditions Gallimard. En librairie depuis le 9 mars 2017.

Samedi 29 avril 2017.

Printemps du livre Cassis

Cassis. Ses falaises, ses calanques, ses vins et ce cher Frédéric Mistral, « Qu a vist Paris, se noun a vist Cassis, n’a rèn vist ». Et puis son Printemps du Livre, ses rencontres amicales, animées par PPDA, face à la mer (pour les lecteurs), dans la beauté, dans la douceur, malgré le chaos du monde. C’est d’ailleurs ça, le thème de cette édition. Écrire face au chaos du monde. J’ai l’honneur d’y être invité, j’aurais celui de vous y retrouver. Tout le programme ici (Profitez-en pour revoir le magnifique Tandem de l’ami Patrice Leconte).
Rencontres dès 15 h 30. Printemps du Livre de Cassis. Fondation Camargo – Amphithéâtre Jérôme Hill. 13260 Cassis.

Au théâtre, on ne voyait que le bonheur.

Pendant que le printemps arrive lentement ici, à l’autre bout du monde, en Nouvelle Calédonie, Grégori Baquet et Murielle Huet des Aunay commencent à jouer On ne voyait que le bonheur, dans une adaptation qui m’a bouleversé. J’ai hâte que vous découvriez cette pièce incroyable, en Avignon cet été. Pour commencer.

ONVQLB Théâtre

Mercredi 26 avril 2017.

Mercredi 26 avril 2017

De retour à Nice où personne n’oublie ; même si on entend à nouveau des rires sur la Promenade des Anglais ; même si des enfants slaloment en vélo au milieu des touristes en poussant des cris d’oiseaux ; même si on sent, vers midi, d’envoutants parfums de poissons grillés monter des plages privées ; même si la mer emporte toujours les larmes.
Écrire est une arme contre les armes et la bêtise. Nous parlerons de cela, sans doute, et aussi de Danser au bord de l’abîme ce mercredi 26 avril à la Fnac. Je me réjouis de vous revoir.
17 h 30. Fnac, La Riviera, 44-46 Avenue Jean Médecin, 06008 Nice.

Merci Ella et Susan.

C’est bien la première fois que j’ai mon nom sur la couverture d’un livre* sans l’avoir écrit.
(Même s’il est en petit en bas à gauche).

Poche

*Remèdes littéraires, de Ella Berthoud et Susan Elderkin, dans une magnifique édition du Livre de Poche.

Chabadababoum.

Marjorie Philibert.

Voici un premier roman joyeux et triste à la fois.
Joyeux dans l’écriture pétillante, débordante, envahissante parfois (il est vrai que lorsqu’on écrit un premier roman on y met le maximum de mots parce qu’on a peur d’en faire deux d’un coup : le premier et le dernier). Et triste dans le propos (bien qu’on n’y parle essentiellement que de cul – et c’est peut-être pour ça, d’ailleurs).
Victoire et Nicolas se rencontrent le 12 juillet 1998 (les fans de foot apprécieront – 3-0 contre le Brésil ça avait quand même de la gueule), paumés l’un et l’autre dans la médiocrité de leur jeune vie. On va les suivre un bon quart de siècle, à la manière d’un film de Lelouch, on croisera Mitterrand, les bulles Internet, la canicule mortelle, les restos chinois à deux balles et un peu d’humanitaire bon teint ; les mots, comme la caméra du célèbre cinéaste, emberlificoteront les amoureux dans un quotidien si quotidien qu’il en deviendra ennuyeux, même l’arrivée d’un chat (en place d’un enfant) au nom râpeux de Ptolémée n’y changera rien. Les amoureux plongent dans d’autres bras ; lui dans ceux confortables, timides et doux, d’une sud-coréenne, elle, dans ceux de tous les mâles du monde rencontrés au hasard des hôtels de luxe qu’elle chronique pour une revue. L’amour est triste, le désir sans faim, le couple sans avenir : à 36 ans, Marjorie Philibert nous fait son petit Belle du Seigneur désenchanté – sans l’exotisme céphalonien. Un Lelouch tourbillonnant et mélancolique, mais qu’il est quand même agréable de voir pour comprendre une certaine jeunesse française.

*Presque ensemble, de Marjorie Philibert. Éditions Lattès. En librairie depuis le 4 janvier 2017.

Tout va très vite.

Chantal Gingras

Découvert à Québec. Un livre* bref comme est brève la vie. 265 morceaux de vie en 140 lettres maximum. Une Jean-Louis Fournier québecquoise. Un régal.

*La vie est brève – historiettes, de Chantale Gingras. Éditions L’Instant même, Québec,

Une nouvelle-née.

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Découvert à Québec. Voici un premier roman* qui ressemble furieusement à un fleuve charriant les mots comme l’eau charrierait des troncs d’arbres, des feuilles, des boites de conserve, des cannettes, des chapeaux, des chaussures, des corps, même.
Marlène Mathalie semble avoir jeté tous les mots possibles dans son livre, comme on se jette dans une bataille – celle de l’héroïne, quarante-cinq ans, enceinte d’un homme plus jeune, dont la grossesse réveille l’effrayante beauté de la maternité, renvoie à l’image omniprésente de sa mère (dieu que les mères parfois sont compliquées) et fait se poser ces questions auxquelles l’absence de réponse est justement la réponse. Il semble que ce tumulte qui bouleverse chaque page de ce court roman annonce, non pas l’enfant attendu, un corps qui s’ouvre et délivre, mais bien la naissance du livre lui-même, la joie d’un écrivain qui s’accouche et couche son amour de l’écriture au cœur des pages, comme un baiser au creux du bras grassouillet d’un nouveau-né.
Ma pierre d’affection, si elle définit, selon Le Littré, « une pierre curieuse et plus particulièrement un diamant de couleurs vives et riches », est le nom léger et lourd à la fois que Marlène a donné à son beau premier né.

*Ma pierre d’affection, de Marlène Mathalie. Éditions Société des Écrivains, Québec, Canada.