Author Archive | Grégoire Delacourt

Capri, c’est (pas) fini.

Je me suis souvenu du Guépard, du Jardin des Finzi Contini, de La leçon de piano et j’avais pensé qu’il y avait toujours quelque chose de tragique et de tellement humain à situer un drame, une violence, dans des endroits aussi beaux. Comme si la beauté même était impuissante face aux ravages des hommes. Et c’est dans l’un de ces décors sublimes, la Villa Malaparte, perchée sur un rocher de Capri, que nous invite Sylvie Le Bihan avec Amour Propre, son dernier roman. (J’aime ici le mot de « dernier » roman et non pas de nouveau, car l’adjectif donne à son texte l’air de gravité qu’il lui sied puisqu’il ne s’agit de rien d’autre que de la réclusion d’une femme en ces lieux, à la recherche de ce qu’on finit toujours par perdre, à savoir soi-même).
Dans son dernier roman donc, Sylvie raconte Guilia, une femme en manque de mère (qui, dans ce décor, l’entoure) qui s’interroge sur celle qu’elle fut, et d’ailleurs le voulut-elle vraiment ? Et il y a dans cette réflexion – j’aurais été une femme plus heureuse, plus accomplie, sans enfants** –, une interrogation passionnante sur nous-même, sur ces choix qui nous ont échappé, sur ce qui nous manque toujours et que l’on cherche désespérément à reconstruire ou à reconquérir. L’amour d’une mère justement.
C’est sans doute parce qu’on en a été privé qu’on en devient une.

*Amour propre, de Sylvie Le Bihan. Éditions Lattès. En librairie depuis le 6 mars 2019.
**Magnifique question, page 262 : « À mon retour, on ne cessait de me demander pourquoi je n’avais pas d’enfant. Mais demande-t-on à une mère pourquoi elle en a eu ? »


Tout, tout, tout, vous saurez tout sur le zizi.

Quand je lis que les mangas et autres bd sont à la mode, je comprends maintenant pourquoi. Coquins.

Avis de recherche.

Au Printemps du Livre de Montaigu, une lectrice m’a fait un cadeau fabuleux. Une petite toile, peinte pour moi – du bleu pour mes mots, qui représente un bout d’infini de la Vendée. Elle est l’oeuvre de Sylvie Huchet. Mais comme Sylvie ne m’a laissé ni adresse ni numéro de téléphone pour la remercier, si vous la connaissez, merci de lui dire merci de ma part. un immense merci.

Fractures.

Depuis plusieurs romans déjà, et notamment Charles Draper*, Xavier de Moulins s’approche délicatement, presque prudemment, de la face sombre des hommes et le voici, avec ce nouvel opus et pour notre plus grand plaisir, dans leurs zones d’ombres. Avec La vie sans toi **qui, comme son titre l’indique parle d’une vie sans quelqu’un – en l’occurrence un enfant –, il raconte les fissures conséquentes d’un tel drame, l’insubordination du cœur, les chagrins qui rendent fous, jusqu’aux fractures. Car c’est là le roman des fractures. Une histoire construite comme des éclats de verre qu’il rassemble pour tenter de retrouver la forme première, ce temps d’avant, le temps de la vie avec toi, justement, et découvrir, une fois le corps de verre rassemblé de quelle monstruosité il est la chair. Xavier signe ici un roman audacieux qui fait se fondre thriller et poésie, comme de l’aquarelle, ces couleurs pâles qui rappellent l’enfance puisque c’est après elle qu’il court encore, qu’on court toujours, cette vie où nous étions tous.

*Lattès (2016), Le livre de Poche (2018).
**La vie sans toi, de Xavier de Moulins. Éditions Lattès. En librairie depuis le 5 mars 2019. Et pour prolonger le plaisir de ce livre, n’hésitez pas à voir l’épatant film Peur Primale de Gregory Hoblit avec l’american gigolo Richard Gere

Samedi 13 avril 2019.

Il y a bien longtemps que Le Touquet est à l’heure écolo avec ses célèbres rosalies (ci-dessus), ses chars à voile et ses chevaux (prend-en de la graine, Notre-Drame de Paris !). C’est donc tout naturellement que la rue de Paris sera, cet après-midi, encombrée de ces merveilles puisqu’on y annonce une rencontre avec Mon Père dans la nef de la maison de la Presse du Touquet. Alors, avant ou après une gourmandise du Chat bleu, avant ou après un bain de soleil sur la plage, venez goûter à la bonne parole – celle qui vous donnera envie d’un monde meilleur pour nos enfants.
15 heures. Rencontre et dédicace. Maison de la Presse, 58 rue de Paris, 62520 Le Touquet-Paris-Plage.

Vendredi 12 avril 2019.

Iris est le nom d’une fleur dont l’origine latine, iris, iridis, fut empruntée au grec Iris, Iridos, qui désigne la messagère des dieux. En anatomie, l’iris, constitue la partie colorée de l’œil, percée en son centre de la pupille. Il est comme un diaphragme qui diminue ou augmente l’intensité lumineuse. Il était donc presque prévisible, lorsqu’on s’appelle Iris, que l’on soit à la fois la messagère et la voyante. Ainsi Nathalie Iris est-elle devenue libraire, et pas des moindres, capable de transmettre les écrits après les avoir lus. C’est ce qu’elle fera à nouveau ce soir avec Mon Père, en présence du fils. Quelle joie !
19 heures. Rencontre apéritive et dédicace. Librairie Mots en Marge. 11 Place de la Liberté, 92250 La Garenne-Colombes

Jeudi 11 avril 2019.

D’une certaine manière, ce soir, c’est relâche pour moi puisque ce sont les incomparables Grégori Baquet et Murielle Huet des Aunay qui seront sur scène et interprèteront (magnifiquement) On ne voyait que le bonheur. Par contre, une heure trente plus tard, je les y rejoindrai pour répondre avec eux à toutes vos questions. Mais en attendant, chut, ça va commencer.
20 heures 30. Centre Culturel Les 3 Pierrots, 6 Rue du Mont Valérien, 92210 Saint-Cloud. Réservations ici par exemple. Ou là.

À table !

Prenez une bête. Faites-lui bouffer un bébé. Cela donne le terrifiant Rat de Venise1, de Patricia Highsmith. Ou le jubilatoire Procès du cochon2, de Oscar Coop-Phane. Dans le premier, le réalisme le disputait à l’horreur. Dans le second, c’est la farce qui l’emporte. Car enfin ce cochon cannibale, arrêté juste après son forfait, alors qu’il était « allongé sous un arbre et sa bouche laissant échapper des bribes de sang chaud » (page 55) ne proteste pas, ne clame pas son innocence, n’accuse aucun autre de ses congénères, il ferme son groin, s’écrase comme une tranche de jambon, se laisse accuser, condamner, supplicier et achever en eau de boudin. La justice des hommes est bien prompte à juger ses semblables, ces temps-ci. Coop-Phane nous offre ici une farce tragique qui me fait penser à la fin de cette magnifique chanson d’Higelin intitulée L comme Beauté3:

Tu es la beauté que j’adore
car elle m’a appris à aimer
et à comprendre la laideur
qui est le miroir
où je peux contempler
ma vérité.

1. Le Rat de Venise et autres histoires de criminalité animales à l’attention des amis des bêtes, de Patricia Highsmith. Editions Calmann-Lévy (1993) et Livre de Poche (1994).
2. Le Procès du cochon, de Oscar Coop-Phane. Editions Grasset. En librairie depuis le 9 janvier 2019.
3. No man’s land, de Jacques Higelin, 1998. EMI Pathé Marconi. (Sublissime son en vinyle).