Author Archive | Grégoire Delacourt

Des illusions.

Il y a quelque chose de Wharton et de Duras dans le dernier livre* de Caroline Laurent. Une passion. Braises. Incandescence. Et puis l’eau du temps et la neige carbonique de la vie qui étiolent le feu et, même s’il couve encore sous la cendre, le froid et la nuit sont proches. 
Comme toujours.
Ainsi Amalia, écrivaine de son état, nous livre sa passion pour Manech le bistrotier. Dépeint leurs désirs. Leur sexualité. Nous apprend le feu. Les brûlures joyeuses. Les séparations et les retrouvailles, deux silex qui se cognent et étincellent. Elle éclaire ce que l’on sait de nos ombres. Attise la lave du désir — cette petite chose qui meurt au jour. Et nous conduit au bord de l’abîme de nos illusions. Doucement. Presqu’aimablement en persillant ici et là son histoire avec Manech de leurs chansons d’amour, comme ces ados (à mon époque) qui faisaient une playlist sur cassette audio pour leur petite amie.
L’histoire de cette Bande son d’un amour féroce n’est pas inédite mais la façon dont l’étreint Caroline avec sa formidable écriture donne un sérieux coup de vieux à celles d’avant elle et, paradoxalement, furieusement envie de se remettre à écouter et vivre nos passions condamnées.

*Bande son d’un amour féroce, de Caroline Laurent. Aux éditions Buchet-Chastel, coll. La Résonnante. En librairie depuis le 2 avril 2026.

Mardi 26 mai 2026.

Retour outre-Quiévrain, sur ces terres tant aimées au début de ma carrière de rédacteur publicitaire, pour une rencontre animée par la formidable Cassandra Lepers, qui bosse depuis des semaines et des semaines pour faire de cette soirée un moment inoubliable.
20 heures. Hôpital Saint-Jean-de-Dieu, 126 avenue de Loudun, B-7900 Leuze.

Romy, Jeannette et moi.

Il y a fort longtemps, depuis que j’ai découvert César et Rosalie en 1974, soit deux ans après sa sortie en salle — j’avais quatorze ans, pensionnaire en semaine, rêveur le week-end, les sens en émoi, donc — que je nourris à l’endroit de Romy Schneider non pas un quelconque fantasme de chair mais plutôt une émotion, presqu’un souvenir, un lieu confortable, et sans doute est-ce lié à ma mère qui, comme les héroïnes d’alors chez Sautet : Léa Massari, Ottavia Piccolo, Stéplane Audran, clopait, buvait, sillonnait ses chemins tortueux de femme libre, aussi ne puis-je voir Romy Schneider sans penser à ma mère. Sans mesurer leur compagnonnage tragique. 
Et voilà que mon amie Jeannette m’offre le livre de Lavoignat*, centré sur la relation de l’actrice avec Claude Sautet, illustré d’un grand nombre de photos et de témoignages, qui remuent mille souvenirs en moi. Des souvenirs de cinoche avec la Romy, de manques avec ma mère. Et je découvre au fil des pages que cette histoire d’un magnifique duo de cinéma est notre histoire commune, notre bien commun, et que si, à l’arrivée, nous sommes orphelins, nous ne sommes jamais seuls.

*Romy Schneider/Claude Sautet, Un coup de foudre créatif, de Jean-Pierre Lavoignat. Aux éditions de La Martinière. En librairie depuis le 28 octobre 2022.

10.

Un chouïa désappointé ma précédente lecture (voir ci-dessous) avec laquelle je cherchais une sorte de feel good polardeux, surtout pas harlequinesque, je m’intéressai à un auteur dont je n’avais jamais entendu parler, Steve Cavanagh, dont ceux qui s’y intéressaient affirmaient que « 13 »* était son meilleur livre. Eh bien merci les gars. Je ne sais pas si c’est son meilleur livre, c’est en tout cas un sacré bon thriller juridique avec, contrairement à ci-dessous, un scénario vraiment nouveau, comme l’était en son temps Folie Furieuse de Lee Child, ou, mais je me répète je sais, l’immense Raphaël derniers jours, de Gregory McDonald. Tout ça pour dire que j’ai passé un formidable moment de lecture avec ce 13, ce qui déroute des conneries ambiantes, et que si vous aimez le thriller juridique bien troussé, un peu moins propret sur soi que Grisham, Cavanagh est votre homme et 13 un 10/10.

*13, de Steve Cavanagh. Aux éditions Bragelonne. En librairie depuis le 11 mars 2020. Prix Polar 2017 du meilleur roman international à Cognac.

Sans plaisir ni déplaisir.

Au début étaient Les égouts de Los Angeles, un premier roman crépusculaire, poisseux et magnifique. Personne ne s’y trompa puisqu’il se vit remettre de prestigieux Prix Edgar du premier roman. Furent ensuite quelques autres histoires de son héros récurrent, Harry Bosh, jusqu’au chef d’œuvre, Le Poète. Je continuai à être fidèle à Connelly mais, de livre en livre, je me sentais moins tenaillé, moins embarqué et puis, j’ai fini par laisser tomber.
Cherchant un « feel good « après une année de lectures « sérieuses » et n’aimant pas trop les trop nombreux romans des Bécassines d’aujourd’hui, je replongeai avec ce dernier opus, Sans âme ni conscience* qui, prétend le marketing, met en scène un procès fait une entreprise d’IA. Mais voici qu’au même moment, par le plus grand des hasards, je regarde la série Lincoln Lawyer et découvre qu’il s’agit du même personnage récurrent que dans mon livre et, bien que les « procès » soient différents, la structure est la même, les rebondissements les mêmes, le plaisir le même, le déplaisir itou, et je me suis mis à penser que cet auteur (que je tenais pour fils littéraire de l’immense Lawrence Block) était tombé dans une pattersonite** aigue. On annonce d’ailleurs deux autres romans de Connelly cette année. Soit un rythme comparable à Vi Keeland, la dadame des Romance de bureau et autres com-roms. 
En conclusion, préférez Les égouts de Los Angeles, Le poète et, de Lawrence Block, Huit millions de façons de mourir et La balade entre les tombes. À bon entendeur.

*Sans âme ni conscience, Une affaire de Mickey Haller, de Michael Connelly, aux éditions Calmann-Lévy. En librairie depuis le 14 janvier 2026.
** « Pattersonite », d’après James Patterson, qui a élevé la rédaction de romans policiers à une industrie pondeuse de livres, 350 à ce jour, écrits par plein de gens différents auxquels il donne un pitch, et roule ma poule.