
Le fils, non reconnu par le père, se décide enfin à le rencontrer et loin d’en être le lieu d’une quelconque retrouvaille, il est déjà autre chose — je cite, page 87* : « Je sais déjà, en arrière- pensée, je l’avoue, que cette scène deviendra un chapitre, que le père deviendra un livre, qu’il servira au moins à ça. À écrire ».
Dès lors, moi qui connais la terrifiante ombre des pères, j’eus un doute à la lecture de ce livre — sur sa sincérité— ; ce que l’on peut aussi estimer être de ma part une pudeur de gazelle, qui n’a pas, elle, fait hésiter les jurés Goncourt, Renaudot, Médicis et Castel qui ont placé ce livre sur leurs premières listes. Tant mieux pour lui.
La quatrième de couverture précise par ailleurs qu’il s’agit ici du premier roman autobiographique de l’auteur. L’Académie française définissant l’autobiographie par : « Récit qu’une personne compose de sa propre vie », et roman par : « Œuvre de fiction en prose », je fus donc là aussi un peu perdu, ne sachant pas tout à fait ce que je lisais.
Minotaure est à ce titre un beau livre agaçant qui semble avoir atteint son objectif de plaire aux blasés des livres sur la paternité. Beau, car l’écriture est belle et talentueuse — mais parfois verbeuse ; un trop-plein de mots souvent qui nuit à l’émotion (j’allais écrire la sincérité). Et agaçant parce que l’objet du livre n’est finalement pas tant la découverte du père de l’abandon que le livre lui-même. Et moi, qu’est-ce que vous voulez, les pères il faut les retrouver pour leur péter la gueule, pas en faire des livres pour des livres.
*Minotaure, de Boris Bergmann, aux éditions Albin Michel, dans la collection dirigée par Martine Saada. En librairie depuis le 19 août 2026.






