Archive | septembre, 2021

Message personnel.

Il me semble avoir toujours vu ce livre1, chez nous. Il était le livre de chevet de ma mère. Il était sa bouée. Il était, parmi quelques autres, celui qui semblait vivant. Celui qui décidait de nous. Celui qui racontait quelque chose qu’elle taisait.
Je l’ai cité dans plusieurs de mes livres, à chaque fois que je parlais d’elle, en fait. Dans le prochain2 encore, cette fois parce que ce livre se rapprochera curieusement du mien, à croire qu’à travers lui ma mère m’avait légué une histoire, un mystère qui allait peut-être me délivrer.
Sa couverture jaune m’a longtemps habité et j’ai toujours pensé que si j’écrivais un jour c’est sous elle que j’aimerais que se blottissent mes mots et voilà qu’ils le sont enfin, depuis Un jour viendra, couleur d’orange3.
Lorsque j’ai confessé cela à mon ami Moh, il m’a offert cet exemplaire du livre de Marie Cardinal, pour fêter mon arrivée chez Grasset — édition originale de 1975 —, inentamé, jamais lu, et voilà que 45 ans après sa parution, 45 ans après l’avoir vu hanter les lieux où se réfugiait ma mère dans notre maison, je l’ai enfin ouvert, je l’ai enfin lu.
J’ai découvert en frissonnant ces mots qui lui disaient, cette histoire qui lui parlait tant ; enfin compris son courage à affronter elle aussi un analyste, chercher à émietter les galets qu’elle avait dans le ventre, les silex dans la gorge.
En le terminant, il me sembla alors mieux connaitre ma mère, m’être rapproché de toutes celles de son âge dont la plupart ont préféré se taire car « C’est ça avoir un vagin, écrit Cardinal, page 285. C’est ça être une femme : servir un homme et aimer des enfants jusqu’à la vieillesse. Jusqu’à ce qu’on vous conduise à l’asile où l’infirmière vous recevra en vous parlant petit nègre (…) ».
Je crois que je me suis aussi mis un jour à écrire afin que ma mère finisse dans mes livres. Jamais dans un asile.

1. Les mots pour le dire, de Marie Cardinal. Éditions Grasset (1975).
2. L’Enfant réparé. Grasset. Parution le 29 septembre 2021.
3. Éditions Grasset (2020), Le Livre de Poche (2021).
À découvrir l’article de Mohammed Aïssaoui dans le Figaro Littéraire de ce jour: « Grégoire Delacourt, les mots pour le dire ».

Deuxlacourt.

Je n’ai jamais été un grand fan des jeux de mots, mais là, comme le scorpion dans l’histoire du scorpion et du castor, « Je n’ai pas pu m’en empêcher ». Tout cela pour vous dire que c’est aujourd’hui que sortent en librairie l’édition Poche d’Un jour viendra couleur d’orange et chez Grasset L’Enfant réparé. Et comme on annonce de la pluie toute la semaine, voilà deux bonnes raisons de rester chez soi et de lire.

Un jour viendra couleur d’orange, Le Livre de Poche. L’Enfant réparé, Éditions Grasset.

Vendredi 8 et samedi 9 octobre 2021.

Gradignan, son château de Poumey, de l’Ermitage, son parc de la Tannerie, ses pinards rubis, pourpres et capucins, son pessac-léognan classé, la classe, et surtout son salon Lire en Poche, crée en 2005 sur l’initiative du maire Michel Labardin (toujours maire). Voilà les merveilles qui m’attendent ce week-end, sans compter la joie de vous y rencontrer.
« Lire en Poche », Parc de Mandavit, 33170 Gradignan. Renseignements, programme, potins ici.

Vendredi 8 octobre 2021 (soir).

Ah, l’heure de l’apéro approche. Dégustation de Graves. Suivie d’une dégustation de mots autour de mon dernier livre, L’Enfant réparé, aiguillée par les mots brillants de Véronique Morel-Muraour. Dans la très belle médiathèque Senghor Carré des Jalles, et avec la complicité de l’épatante Librairie Nouveau Chapitre*. Les mots enivrent, quelle joie !
19h30. Médiathèque Senghor, place de la République. 33160 Saint-Médard-en Jalles. * Rue François Mitterrand.

Jeudi 7 octobre 2021.

Cela devient une fort jolie tradition. 
À chaque parution d’un nouveau livre, c’est aux Beaux-Titres à Levallois que je suis invité à le « lancer ». À chaque fois une joie. À chaque fois un moment d’émotion. Merci à Patrice Vannier et sa géniale équipe de librairies. Et à jeudi avec L’Enfant réparé.
19 heures. Librairie Les Beaux Titres, 61 rue Voltaire, 92300 Levallois.

« Un jour viendra couleur d’orange ». On a même la date. Ce sera le 29 septembre 2021.

Retrouvez ce jour-là, au Livre de Poche, l’immense amour de deux jeunes adolescents, Geoffroy et Djamilla.

Samedi 2 et dimanche 3 octobre 2021.

Petit week-end les pieds dans l’eau, sur la rive droite du magnifique lac d’Annecy, face aux Dents de Lanfon et de La Touinette, deux montagnes très estimées des randonneurs exigeants. Pour les autres, les flâneurs, le festival du livre est aussi une balade épatante parmi une vingtaine d’auteurs. J’ai la chance et la joie d’y revenir, avec ce livre de ronces et d’amour, L’Enfant réparé. D’en parler devant vous avec le grand Bernard Lehut. Et hâte, surtout, de vous y retrouver tout le week-end.
« Lir Ô Lac », Festival du livre de Talloires-Montmin, Baie de Talloires. Renseignements et (beau) programme ici.

Un soupçon.

La poésie, ça ne s’explique pas, ça se soupçonne, avait un jour dans un salon du livre répondu un poète québécois à une lectrice agacée que la poésie, selon elle, soit si souvent complexe, incompréhensible et hermétique. C’est ce soupçon que j’aime en poésie. Cette incertitude joyeuse. Cette possibilité du tout et de son contraire. C’est ainsi que j’aime me balader dans ces mots-là, comme des galets posés sur un sable blanc, des ombres qui recèlent des sens, révèlent des clartés dont nul ne sait ce qu’elles éclairent, si ce n’est ce fameux soupçon. Voici Somnambule du jour, de l’immense Anise Koltz, Prix Goncourt 2018 de la poésie, une somme de poème choisis, des miettes de cristal et de lusquin. Tenez, en voici quelques-unes. Des pierres lancées contre moi j’ai construit ma maison. Ou encore : Le soir la mort approche de nous/Mais sur la table un pain nous invite à exister. Enfin : Est-ce moi qui écrit le poème ? /Est-ce le poème qui m’écrit ? Insoupçonnablement beau.

*Somnambule du Jour, poèmes choisis, d’Anise Koltz. Collection Poésie/Gallimard. En librairie depuis janvier 2016.