À chaque Rentrée littéraire, son phénomène.

Le voici le livre* dont tout le monde parle, qui fait s’affoler les journaleux pronostiqueurs de Prix littéraires, le phénomène avant d’être lu, rendez-vous compte : un premier roman d’un canadien d’origine haïtienne, en cours de traduction dans plus de 20 pays, qui met Gaël Faye lui-même « hors d’haleine » et qui fit l’objet de grosses enchères en France, que remporta Grasset. Mais de quoi est-il ici question ?
C’était ça ou mourir raconte la route de Jonas Dorléon, de cet Haïti sanglant qu’il fuit pour ne pas mourir jusqu’au Canada. On le suit dans son géographiquement étrange parcours qui le fait cheminer par la République Dominicaine, le Brésil, l’Équateur, la jungle du Darién — à la frontière de la Colombie et de Panama — , le Mexique enfin, la rive de la (fausse) promesse américaine, et puis le Canada où il « préfère mourir de froid que d’une balle en Haïti. »
L’écriture de Thélyson Orélien est d’une très grande et poétique beauté, quelque chose puisé dans le sang de la terre et les tripes des hommes, un hommage spectaculaire et bouleversant à ces migrants qui veulent juste rester debout, rester des hommes drapés des dernier oripeaux de la dignité — des hommes qui marchent. Elle est, cette écriture, un voyage inoubliable et mérite largement l’affolement des journalistes à son sujet.
Mais comme je n’appartiens à aucune meute, j’oserais un bémol. Si le roman (et il s’agit bien d’un roman, rien n’est autobiographique ici), je trouve le texte un peu trop propre sur lui, trop malin, trop charmeur, trop « Sydney Pollack » (celui de Out of Africa), même si cela ne m’a rien enlevé de mon plaisir de lecteur. Loin de là.

*C’était ça ou mourir, de Thélyson Orélien. Chez Grasset. En librairie le 19 août 2026.