
Évidemment, on ne lit pas de la même façon un livre dont on connaît la fin et ici*, elle est évidente pour les trois personnages principaux puisque à la faveur d’une randonnée dans le Cotentin, censée les aider à se retrouver eux-mêmes, ils se prennent l’explosion de la centrale nucléaire de Flamanville dans la gueule. On devine donc que les lascars ne feront pas de vieux os ni ne finiront danseurs étoiles ou peintres centenaires. Combustions est en sorte la veillée d’armes de nos trois héros, leur Der des Ders, et l’un d’eux, le narrateur, nous autopsie de point de bascule de chacun. Paul et sa fabuleuse (et ennuyeuse) carrière de banquier qui découvre l’ivresse sans fin d’une sexualité sans fin avec Yasmine la bombasse, Yasmine la chienne, et tous les réveils fracassés. Darko, ex-ultra du PSG, baroudeur, sniffeur de rails à rallonge, paumé magnifique, une boue sur laquelle, comme un diamant, va briller le sourire d’une fleur brésilienne. Et Baptiste, le narrateur, sorte de bras droit de Paul, englué dans une histoire d’amour et de sexe compliquée, où rôde une enfant dévorée de l’intérieur par une vieille saloperie de brachyoure.
Un formidable et inoubliable trio. Une sorte d’amitié de fin du monde, comme il y aurait la fin des hommes.
François Gagey signe un premier roman étourdissant de maturité, de maîtrise, d’élégance stylistique, à un rythme inouï qui fait se percuter la fureur et la poésie. Alors réjouissons-nous et fêtons la naissance d’un impressionnant écrivain.
*Combustions, de François Gagey. Aux éditions Albin Michel. En librairie depuis le 20 août 2025.






