
J’aime bien Olivia de Lamberterie, c’est une auteure et une critique élégantes, une lectrice émérite qui, comme moi, apprécie furieusement les beaux textes, comme ces Trois lumières* de Claire Keegan. Mais voilà qu’à son propos, elle déclare qu’il est, je cite « Assourdissant de beauté » et là, pour une fois, je me permets de sourciller.
Assourdissant, assourdir, donc, c’est littéralement, selon notre bonne Académie française, « être rendu sourd », ou « rendu moins sonore » et je ne pense pas que 1) la beauté nous rende sourd — sans voix, peut-être — et 2) que ce livre en particulier fut si bruyant que sa beauté soudain le fit taire.
Il est au contraire un soupir, ce texte.
Un filet d’air qui s’envole de la bouche d’une petite fille placée un été dans chez un couple prodigue, dans une ferme du Wexford (Irlande), le temps que sa propre mère parvienne au terme de sa grossesse. C’est une brève histoire de silences, de chuchotements et de non-dits. Un été d’apprentissage. Une naissance discrète aux secrets des adultes et à la grâce d’être aimée.
Les Trois lumières est un magnifique froissement de mots, comme des étoffes. Tout le contraire d’une chose bruyante.
Une merveille, en somme, à savourer lettre par lettre. En silence.
*Les Trois lumières, de Claire Keegan. Au Livre de Poche. Et en librairie depuis le 3 septembre 2025.






