Les feuilles mortes.

Marie en a rien à foutre de rien.
Pas même du truc dans son bide.
Corentin, qu’il s’appelle. Le truc.
Alors elle le fourgue à l’Augustine. Une vioque du village. L’arrière grand-mère peut-être. On verra plus tard.
La Marie s’enfuit. Le Corentin grandit. Là. Près de la forêt.
Puis un jour, c’est fini. Le monde qu’on connaît. C’est la fin du monde. D’un coup.
La sixième extinction.
Plus de soleil. D’insectes. D’écailles brillantes de poissons dans la rivière. Le temps d’avant, tout ça. Parti. Les hommes. Tous ont péri.
Corentin reste seul avec la vioque. Arrive Mathilde. Triste. Grise. Cernée. Enfants et mari envolés dans la grande extinction. Un monde à trois.
Parfois on croise des vivants. Affamés. Méchants. Des chiens. Des loups. Des meutes d’emmerdes.
Toujours trois, le petit peuple des forêts.
Puis la Mathilde est grosse. Des jumeaux. On leur file des noms d’étoiles vu que les étoiles ont filé. Et quatre autres étoiles encore. Six mômes. Qui grandissent pendant dix-huit ans. Dans un monde vide.
Un jour une meute s’approche. Des humains peut-être. Sans humanité. Ça finit en boucherie. C’est normal. On a faim. Et puis la fin. Vers l’ouest.
Ainsi écrit-elle.
Sandrine Collette.
Et toujours les Forêts*.
C’est son I am a legend** à elle. Sa Route *** empruntée.
Un roman dans la famille des livres post-apocalyptiques. Des bouquins désespérés. Sublimes à la fois. Où l’homme est une sorte de bête finissante. Où le monde a besoin des prochains dix mille ans pour se refaire une santé. Mais sans nous.
L’espoir du livre c’est sa place parmi les cinq finalistes du Prix RTL/Lire. C’est la plus belle lumière que je lui souhaite.

*Et toujours les Forêts, de Sandrine Collette. Éditions Lattès. En librairie le 2 janvier 2020.
**De Richard Matheson. Éditions Gallimard.
***De Cormac McCarthy, Prix Pulitzer. Éditions de l’Olivier.