Archive | avril, 2021

Un peu d’espoir.

Et voici que Françoise Cadol, sous la direction de Tristan Petigirard a repris les répétition de La femme qui ne vieillissait pas, se prépare à la jouer en Avignon (si l’édition 2021 est maintenue) et en tout cas bientôt dans un théâtre parisien. Ça fait du bien cette petite loupiote au bout d’un tunnel de 18 mois.

Photo Françoise Cadol.

Carpe carpe.

Grand Platinum* est une espèce de carpe japonaise. On ne dit pas, précise Anthony van den Bossche, « carpe koï » puisque koï en japonais signifie carpe et que dire carpe koï reviendrait à dire carpe carpe, ce qui convenons-en, est un peu ridicule. Bref. Voici un premier roman fait de bric et de broc et donc assez touchant, qui raconte (passons les détails du métier « branché » de Louise ou de la misophonie de son frère) le projet fou de ce frère et cette sœur de récupérer la collection de carpes carpes (je n’ai pas pu m’en empêcher, pardon) que feu leur père a égrené dans les bassins de Paris. C’est tout. C’est osé. C’est plein de délicatesse. De folie douce. Un petit roman à lire, assis au bord de la Seine, du Rhône, ou d’un aimable plan d’eau, en écoutant le silence et surtout en observant les écailles merveilleuses qui lacèrent parfois la surface et ouvrent une voie de rêves.

*Grand Platinum, de Anthony van den Bossche. Éditions du Seuil, coll. Fiction & Cie. En librairie depuis le 7 janvier 2021.

Un doigt de violence ordinaire.

Voici le second récit* de Dalie Farah, après Impasse Verlaine** (que je n’ai pas lu et qui, semble-t-il, racontait son enfance battue comme plâtre par sa mère et fut récompensé par neuf prix en 2019) dans lequel elle rapporte les conséquences des deux doigts d’honneur qu’elle fit à un automobiliste qui venait de la klaxonner un matin sombre tandis qu’elle traversait en dehors du passage clouté devant l’école où elle se rendait pour y donner cours. Suite à quoi, elle se prit une bonne mandale dans la tronche. 
Cet incident est le point de départ de son témoignage de prof berbero-auvergnate et surtout de toute cette violence qu’on rencontre désormais à l’école de la république et, également, devant l’école. Dalie Farah nous narre avec un humour désespéré et épatant ces trois violences qui l’ont traumatisée (la baffe suscitée, l’insulte d’un élève et les coups d’un autre), la mollesse océane de l’éducation nationale, les mensonges de Blanquer, le poids et l’inertie du Mammouth (on rigolera en pensant à ce sujet aux promesses d’un autre mammouth, Claude Allègre), mais surtout, et c’est ce qui m’a le plus touché dans ce récit qui file à toute blinde, sa réflexion sur ces petites origines de la violence, cette soumission atavique à l’excès de l’autre, notre inconsciente complaisance : « Être une victime, c’est avoir de la valeur pour le criminel » (page157) ; et si à l’arrivée, elle ne propose rien (qui le pourrait alors que même le président Macron pose en chemise blanche humide avec des loulous torses nus qui font des doigts), on se surprend à rêver que chacun se civilise un peu, oh, juste un peu. Mais parions que ce n’est pas demain la veille.

*Le Doigt, de Dalie Farah. Éditions Grasset. En librairie depuis le 3 février 2021.
**Éditions Grasset (2019) et MonPoche (2020).
Une phrase bouleversante, page 196 : « La faim ne tient plus dans sa bouche ». On dirait du Michaux.

Pour le meilleur et pour le meilleur.

Une femme et un homme qui ne se connaissent pas lisent le même livre, se rencontrent et finissent par s’épouser. Ce livre, c’est Entre ciel et Lou de Lorraine Fouchet. Aussi, quand ils demandent à Lorraine de leur en dédicacer une cinquantaine pour leurs invités, qu’ils l’invitent elle-même au mariage, il ne lui en faut pas plus pour avoir matière à son 22 ème roman*, Face à la mer immense qui emprunte lui aussi son titre à la fameuse chanson de Serge Lama, Une île, car c’est là, sur l’île de Groix, que tout ramène toujours Lorraine, comme un aimant. Y revoici donc sa ribambelle de personnages délicieux, son cortège d’espérances et sa joie possible tapie dans l’ombre de chaque chagrin, de chaque petit secret puisqu’en habile romancière qu’elle est, elle n’oublie pas qu’elle a longtemps été médecin urgentiste et à ce titre rêvait de sauver le plus grand monde possible. La voilà cette fois qui plonge dans cette mer immense des sentiments (à l’occasion d’un (re)mariage – familles compliquées, couples ébréchés, enfants fissurés, grands-parents fêlés) pour sauver chacun d’eux et par extension rendre chacun de nous sauvable. Avec son cœur immense, Lorraine espère toujours que chacun trouve bonheur à son pied et c’est sans doute pour cela qu’elle écrit. Pour nous rappeler que c’est possible. Ce qui en fait notre plus belle diseuse de bonnes aventures.

*Face à la mer immense, de Lorraine Fouchet. Éditions Héloïse d’Ormesson. En librairie le 1er avril 2021.