Archive | juin, 2021

« Le bonheur c’est toujours pour demain ». (Pierre Perret).

Il est drôle ce titre. Le bonheur l’emportera*. Parce qu’il y a le mot bonheur dedans, censé être un incitateur de vente comme il y avait le mot vie dans les slogans publicitaires (jusqu’à celui, absurde, de Vittel en 1987 « La vie pleine de vie »). Parce l’usage du futur laisse planer l’idée d’une fin positive. Mais voilà qu’à reconsidérer les deux mots, il me vient que c’est aussi une formule sinistre au même titre que « La maladie l’emportera ». Ceci dit, quitte à mourir de quelque chose autant que ce soit du bonheur. Trêve de plaisanterie. Le nouveau roman d’Amélie Antoine est ce que Netflix qualifierait de « Feelgood, Tearjercker, Heartflet, Parenthood, Emotional », bref la panoplie complète de ce que réclame l’air du temps « pré-post-Covid », à savoir des histoires heureuses mais avec quand même un petit fond de drame. 
Ainsi ce couple Joachim et Sophie, des hauts et des bas comme tout un chacun et, au milieu d’eux un fils, Maël, dont le prénom rime avec « elle ». Vous aurez compris. Et comme l’écrit Amélie à je ne sais plus quelle page « Le sexe c’est ce qui se voit, le genre, c’est ce qu’on ressent », vous devinez là une sorte de Billy Elliot davantage façon TF1 que BBC, mais extrêmement bien fait, plaisant et tellement happy ending. L’un des effets secondaires de ce putain de Covid se voit déjà en librairie. Le monde d’après est un monde gentil.

*Le bonheur l’emportera, de Amélie Antoine. Éditions XO. En librairie depuis le 20 mai 2021. Retrouvez la chanson de Pierre Perret ici.

Du beau, du bon, du Bonnie.

Voici un livre écrit comme on cause. Avec les tripes. Les tripes à l’air, d’ailleurs. L’histoire de Blaise qu’a changé de blaze à sa sortie de prison, histoire de se refaire le portrait. On est en 71. Il rouvre le bar du daron, lui redonne une jeunesse avec le grisbi de l’héritage, une petite scène pour les musicos et vlà la vie qui r’gigote dans le quartier. Et s’il a toujours ses fantômes qui lui bouffent la rate, il parvient à surnager. Débarquent Josée la camée et Nour sa fille, dix mois, au commencement. Et voici que le Blaise devient une sorte de père de rechange, un phare dans la nuit. La Nour grandit. Le Blaise vieillit. Mais veille. À douze ans la gamine a des formes, elle écrit, page 61 : « Je suis devenue une proie. Les hommes ne savent pas se tenir (…) j’étais celle qu’on coince dans les toilettes du supermarché, sourire aux dents jaunes de pervers assoiffé. (…) J’étais celle à qui l’on montre son engin, tout droit dans sa main, au détour d’un jardin ». Et paf, la voilà dix pages plus tard qui nous avoue : « J’embrasse tout le monde et je couche avec presque tout le monde. Si ça peut faire plaisir. J’aime bien les gars qui fondent, se liquéfient, quand ils passent la main sous les fringues, leur respiration rauque quand ils mettent un doigt dans ma culotte. (…) Ça me paraît incroyable de faire autant d’effet, juste avec mon corps ». Moi je dis, faudrait savoir. Des porcs ou des doudous, les hommes ? Bref, Nour file un mauvais coton jusqu’au jour où un musicos la fait chanter avec elle. Sa voix déchire grave. Le Blaise lui file une guitare. Avec son pote Arsen elle compose des chansons. Elle a 16 ans quand elle part à Paris les faire écouter à un mec de Polydor. Séparation sur le quai de la gare. Violons. Larmichette du Blaise. C’est beau. C’est des gens fracassés qui se recollent.

*Je te verrai dans mon rêve (titre inspiré de I’ll see you in my dreams, version Django Reinhardt), de Julie Bonnie. Chez Grasset. En librairie depuis le 10 mas 2021.