Archive | mai, 2022

(Méfiez-vous de ce titre).

Une petite fille perd son papa trop tôt ; à dix ans elle tombe malade pour longtemps et amoureuse pour toujours d’un médecin qui a quatre fois son âge. 
C’est Romance*, le nouveau roman d’Anne Goscinny. C’est une dentelle d’émotion. Un frimas de grand amour. C’est magnifique.

*Romance, d’Anne Goscinny. Chez Grasset. En librairie depuis le 18 mai 2022.

Dimanche 26 juin 2022.

C’est drôle et pas tout à fait faux cette idée que nous sommes comme des extra-terrestres, nous les écrivains, qui revenons sur les Terres de Saint-Maur après deux ans d’absence, de confinement, de travail « non-essentiel », de livres bâchés dans les supermarchés et d’immense solitude. Le 26 juin, nous fêterons nos retrouvailles avec les livres et donc la vie. Enfin.
10-18 heures. Saint-Maur en Poche. 24-26 juin. Place des Marronniers. 94100 Saint-Maur des Fossés. Avec l’incomparable Librairie la Griffe Noire. Programme ici.

Hello Hell.

C’est au Salon du Livre de Limoges, en mai, que j’ai rencontré Lolita Pille et que j’ai découvert que j’avais raté un phénomène littéraire*, cette « première autofiction de l’auteure, nous écrit Libé, qui démarra avec fracas à 19 ans, en 2002 ». Le livre, poursuit l’article (comme dans « faire l’article ») se vendit à 38.000 exemplaires et 280.000 en poche** avant que Lolita ne disparaisse. Elle réapparaissait donc à Limoges pour présenter son nouveau texte qui revient semble-t-il sur ce fameux Hell. Mais c’est l’ancien que j’ai eu envie de lire. Celui de celle qui se définissait alors comme une pétasse bourgeoise présentement là pour faire chier le quidam, le plouc des pavillons, propriétaire d’un labrador et d’une Scénic, le beauf splendide. Donc, oui, dans le livre, la pétasse s’habille clinquant, brillant et très riche. Elle sort toutes les nuits dans les boites où on croise les mêmes qu’elle, qu’on retrouvera vieux un jour, s’ils sont restés vivants, chez Ardisson. Elle picole, sniffe, couche avec tout ce qui passe, dégueule ses spiritueux et sa poudre dans des draps de soie, se couche à l’heure où les autres se lèvent, dépense l’argent des parents, ne bosse surtout pas, boit à midi un cocktail détox avant de s’envoyer un trait, chante sa vie de flambeuse et se retrouve finalement seule, seule comme pétasse, seule comme inutile, seule comme rien. Elle rencontre alors le Prince Charmant, le même qu’elle mais en mec et qui roule en Porsche GT3. Les deux s’aiment, rêvent d’en finir avec toutes ces merdes mais se ratent. 
En fait le génie de Hell c’est d’avoir fait un vrai roman d’amour, au sens de romance, mais de l’avoir habillé en Prada et remplacé le Canderel par de la coke.

*Hell, de Lolita Pille. Au Livre de poche depuis le 7 janvier 2004. Auparavant publié chez Grasset. Adapté au cinéma par Bruno Chiche en 2006.
**150.000 selon le site du Livre de Poche. Va savoir.
Nota bene pour les puristes. N’ayant pas de Serpico 21 sous la main, je me suis permis cette trahison au Strevia.

Samedi 11 juin 2022.

Le très chic et très convivial Salon du Livre du Club de Lecture de Lübeck se tiendra ce samedi 11 juin dans le cadre du « Printemps de Lübeck », un printemps de liberté, enfin, après deux ans de covid et autres méchantes fariboles. Découvrez Ici, la liste des magnifiques auteurs et le programme des réjouissances. Hâte de vous y retrouver !
11-18 heures. Le Printemps de Lübeck, à l’Institut de l’Assomption, 6 rue de Lübeck, 75016 Paris.

Noir, c’est noir.

Les paroliers Anthony Hayes, Michelle Grainger et Steve Wadey avaient raison : Black is black, et Christian Blanchard nous le rappelle une fois encore avec son nouveau roman noir*. Antoine est le prénom du héros. 12 ans. On est dans les années 70. Milieu modeste. Pavillon dans l’ombre des premières barres HLM. Père ouvrier, porté gravos sur la boutanche. Abuse de madame. Cogne au besoin. Un jour il cogne plus fort que d’habitude, Antoine veut défendre sa mère, poignarde le daron avec le couteau que celui-ci lui a offert, le seul truc important entre eux. Le seul lien qui les déliera, ce couteau. Le daron crève, la mère aussi rend son dernier soupir. Le voilà orphelin. Centre fermé. Vexations, coups de poing, viol. Antoine en prend plein la tronche. Puis c’est la famille d’adoption. L’espérance, enfin. La tendresse humaine. Mais le mal noir rôde. Les gusses de banlieue jouent avec le feu. Font le coup de feu. Antoine s’en mêle. Se sauve. Plonge. Plonge encore. Ne se relève pas. Fin. Noir, c’est noir, je vous dis. 
Il m’a rappelé le formidable Méchant garçon de Jack Vance, ce bouquin. Un autre livre noir comme on n’en faisait plus avant Blanchard, des histoires de désespérés, de dead end, de vraie tragédie. Ça fait du bien en ces temps où les feel good abreuvent et enflent notre part guimauve et nous rendent tout mous.

*Antoine, de Christian Blanchard. Éditions Belfond. En librairie depuis le 17 mars 2022.

L’art du timing.

Douglas Kennedy doit avoir un excellent attaché de presse car voici qu’au moment où il publie son dernier livre, Les hommes ont peur de la lumière*, un aimable roman mi-noir mi-thriller sur fond de lutte entre groupes pro-vie et pro-avortement, l’Amérique de Biden s’embrasse à propos d’une fuite de la Cour Suprême qui envisage de revenir sur l’arrêt Roe v. Wade du 22 janvier 1973 qui donne le droit aux Américaines d’avorter dans tout le pays.
Kennedy, à son habitude, depuis l’excellentissime L’homme qui voulait vivre sa vie, puis Les désarrois de Ned Allen, met en scène un quidam américain, plutôt dans une phase sociale descendante, ici Brendan, ex-ingénieur, désormais chauffeur pour Uber, qui croise des méchants, ici des pro-vie qui n’hésitent pas à faire le coup de feu sur les pro-avortement (histoire d’enfoncer le clou de leur méchanceté), sur fond d’Amérique qui se délite. À l’arrivée, un cru moyen (pour moi) dans une œuvre déjà foisonnante et brillante, mais qui tombe au bon moment. Ah, ces attachés de presse !

*Les hommes ont peur de la lumière, de Douglas Kennedy. Aux éditions Belfond, comme ses autres titres, depuis le 5 mai 2022.

Même avec les ailes collées, on peut s’envoler.

Magnifique Prix Maison de la Presse 2022 pour le magnifique roman de Sophie de Baere, Les ailes collées, chez Lattès !

Retourner, c’est aussi avancer.

Avec son Retour à Groningen*, Sybille de Bollardière signe un récit d’une beauté crépusculaire — l’histoire de son (dernier) amour avec Sieds, elle et lui élégants sexagénaires, tous deux écrivains, tous deux forts en gueule comme tous les grands tendres, voyageurs désenchantés et contemplatifs gourmands. Ce retour est l’occasion pour Sybille de retrouver ses trois frères disparus, des éclats de son enfance, mais surtout de se retourner sur elle et de découvrir que le temps est court et qu’il est si important d’aimer. C’est donc cette trop brève passion d’amour (cinq ans) qui hante le livre, qui lui donne ses immenses beautés, ses chuchotements inoubliables. Il y avait longtemps que je n’avais été aussi empoigné par des mots, dans un décor pour moi en noir et blanc, comme les pages d’un livre. Page 38 (de mon Kindle), elle écrit cette chose bouleversante pour un écrivain : « Je sais que je me pardonnerai tout le malheur que je me suis infligé si seulement je pouvais en tirer quelques lignes ». Écrire le deuil c’est finalement se pardonner d’être en vie. Magnifique.

*Retour à Gronningen, de Sybille de Bollardière. Éditions La Passagère. En librairie (et sur Kindle) depuis avril 2022.