Author Archive | Grégoire Delacourt

Marc & Levy.

Marc & Levy

On pourra dire ce qu’on veut de lui, il l’aura dit avant nous.
Page 163, par exemple.
Elle*, Mia (l’héroïne) se rend dans une librairie pour acheter les romans de Paul Barton (le héros), double badin de lui. Dialogue :
– Tenez, le voilà, c’est le seul titre que j’ai de lui.
– Vous pourriez commander les autres ?
– Oui, bien sûr. Mais j’ai aussi d’autres écrivains à vous proposer si vous aimez lire.
– Pourquoi ? Cet auteur n’est pas pour les gens qui aiment lire ?
– Si, mais disons qu’il y a plus littéraire.
– Vous avez déjà lu un de ses romans ?
– Hélas, je ne peux pas tout lire, dit le libraire.
Dans Elle & Lui, Marc se moque de Levy et fait s’y croiser, de façon cocasse, ses textes légers avec un drôle de Médicis étranger. Levy n’est pas dupe de Marc, et assume joyeusement sont statut d’écrivain libre qui a bien compris que pour faire plaisir à ses lecteurs, il fallait d’abord se faire plaisir à soi.

*Elle & Lui, Marc Levy. Editions Robert Laffont/Versilio. En librairie depuis le 5 février 2015.
PS. Ultime et épatante autodérision, ce commentaire de Paul Barton à propos d’Elle & Lui, en quatrième de couverture : « Magique. Jubilatoire. Un vrai bonheur ».

Entrée dans la vie.

millois

Sortie de boite* est un roman très court. 67 pages. 60 exactement, si l’on décompte les pages de garde. Mais lorsqu’on l’a lu, on s’aperçoit que c’est une véritable prouesse d’être parvenu à mettre autant de choses dans ce très court roman, autant d’émotions, autant de colères, de tentations, d’ivresses et d’apaisements (ou de frustrations ?) à la fin ; autant dire que Jean-Christophe Millois (au demeurant admirable libraire**) ne donne pas dans le gras, les adverbes ronflants ou les descriptions verbeuses. Il raconte à l’os la fin de l’adolescence dans toute sa violence, celle qui consiste à faire le deuil d’une part de soi pour entrer dans la vie des hommes. Ça se lit vite, mais ça dure longtemps.

*Sortie de boite, Jean-Christophe Millois, éditions Lattès, collection « Plein Feu ». En librairie le 11 février 2015.
**Librairie de Paris, Place de Clichy, 75017 Paris.

Un vrai pas dans l’oeuvre de Mathieu Belezi.

Belezi

Page 107*, commence la plus terrifiante invasion de sauterelles que j’ai jamais lue – même celles qui dévorèrent ce qui avait survécu à la grêle, dans les Sept Plaies d’Égypte (Exode, 7-12) –, sont de la rigolade à côté. Cette déferlante est la violente métaphore de la vie d’Emma Picard, partie s’installer avec ses quatre fils en Algérie, dans les années 1860, contre la promesse d’une terre de vingt hectares, d’une ferme, et surtout d’un formidable espoir, le tout bien emballé par un petit fonctionnaire encravaté. Cette nuée d’orthoptères résume la désolation de cette famille (et de tant d’autres colons abusés), de tout ce qui est sans cesse à recommencer, sans cesse détruit ; de l’immense ingratitude de la vie, de l’absence ; de l’abandon surtout de Dieu. Emma Picard est une femme dont les bras sont trop faibles pour la tragédie (au sens le plus noble) qu’elle doit porter, et dont l’immense courage ne fait pas tomber la pluie ou remplir les puits, ni la foi ressusciter les enfants que broie la terre algérienne. Une femme inoubliable, en somme.

*Un faux pas dans la vie d’Emma Picard, de Mathieu Belize, éditions Flammarion. En librairie.

Un travail monstre.

Un travail monstre

C’est un western. Un documentaire. Une enquête. Une fresque.  Un chant d’amour, un opéra de sang. Un coup de feu, mille coups de feu. (Et quelques magnifiques pages sur Ornella Muti). Un texte, comme un roman –mais qui serait vrai, et dont l’héroïne serait l’Italie ; « ce terrible et magnifique pays ». Que n’y a-t-il pas le même sur la France où la corruption, la mafia et le racket portent d’autres noms.

*Les Nouveaux monstres 1978-2014, Simonetta Greggio. Éditions Stock. En librairie depuis le 20 août 2014.

Des 549 romans de janvier et février, voici sans doute l’un des plus beaux.

BertholonL’histoire de Clémence*, quinze ans, rousse, yeux vairons, qui croise le couteau et la cruelle avidité d’un prédateur. L’histoire de Clémence, quinze ans après, qui porte toujours aussi mal son prénom ; Clémence qui habite un corps qui ne (re)sent plus rien depuis la mauvaise rencontre, un corps inutile donc, et qui passe ses journées à peindre les corps sans vie en latex des real dolls, ces poupées grandeur nature, troublantes, qui enchantent les timides, les complexés, et les veufs inconsolables. L’histoire admirablement bien écrite d’une reconstruction qui passe par l’une des choses les plus difficiles au monde : l’amitié de soi. Celle là qui ouvre un jour à celle des autres. Puis d’un seul autre. On l’appelle alors l’Amour.
Oui, avec un grand A. Comme Admirable.

*Les corps inutiles, de Delphine Bertholon, éditions JC Lattès. En librairie le mercredi 4 février 2015.

Dix bonnes nouvelles.

Enfantines

Petite récréation avec les Enfantines de Valéry Larbaud (29 août 1881 – 2 février 1957) ; dix délicieuses nouvelles comme un goûter dans l’ambiance poudrée d’un salon de thé de bord de Lac ; dix portraits d’enfants, et surtout d’enfances, qui portent déjà en elles les tonnerres de la vie d’adulte : les désirs étouffés, les mots impossibles, les rêves comme seules évasions –et vraies vies– possibles, les renoncements, les mensonges, quelques trahisons ; dix histoires délicates dans l’écriture élégante de Larbaud, doucement surannée, comme le souvenir d’une chose qui nous manque à jamais. L’enfance, justement.

Enfantines, Valéry Larbaud, éditions Gallimard (L’Imaginaire, La Pléiade « Œuvres »). En librairie depuis bien longtemps.

Dans le langage des fleurs, la pimprenelle signifie « tu es mon premier amour ».

Pimprenelle

Sortie de La Pimpinella en Italie, le 29 janvier. Voici ce qu’en dit La Reppublica* :
« « Quell’estate c’era Victoire. E c’ero io ». Non è detto, ma lo sanno tutti, che un romanzo, per colpire, debba andare avanti per molte pagine. Prendete La Pimpinella. Storia di un primo amore di Grégoire Delacourt, in uscita a fine mese. Un libro piccolo piccolo, appena 89 pagine, ma indimenticabili. Una storia di adolescenti, per adolescenti, che parla di Victorie, tredici anni « capelli color dell’oro, occhi di smeraldo come due piccole gemme e un bocca polposa come un frutto maturo ». E di Louis, quindici anni, che « era il suo amico. Ma sognava di essere molto di più ». Sullo sfondo la piscina in un’estate francese, dove i sentimenti si accarezzano e graffiano, e un adulto, Gabriel, si intromette a rompere equilibri fragili e delicati, como solo il primo, grande amor può avere. Si, proprio quei palpiti che ciascuno di noi custodisce da qualche parte nella memoria, e magari potrà rivivere, con un po’ di nostlagia, sfogliando queste pagine. Che dimostrano ancora une volta l’abilità di Grégoire Delacourt, classe 1960, che ha cominciato la sua carriera como pubblicitario nel 1982, e ha scritto il suo primo romanzo a cinquant’anni. Raggiungendo l’anno dopo, un gran successo con Le cose che non ha. Un successo, è una facile previsone, destinato ripetersi. »

* 9 janvier 2015.
La Pimpinella, Salani Editore, Milano. À relire, la chronique de Caroline.

 

Beau, beau.

Zenatti_Blog_Delacourt

Des pommes et des oranges ne sont pas, à proprement parler, un sujet d’une originalité folle, au mieux des petites sphères de couleur qui embaument, évoquent parfois des jardins normands ou des pays sucrés, et pourtant, lorsque Cézanne s’en empare, et peint sa Nature morte aux pommes et aux oranges (1895-1900), on est soudain émerveillés, on redécouvre la beauté des choses banales, on se sent vivant ; eh bien il en est de même avec l’apparent sujet classique du très beau texte* de Valérie Zenatti qui nous embrase avec l’histoire de Jacob, de sa famille, de sa mère Rachel, Jacob ainsi nommé à cause de son frère mort, lequel se prénommait aussi Jacob, Jacob, qui possède une voix de velours et la beauté des innocents, Jacob, juif de Constantine, enrôlé en juin 44 pour libérer la France, et qui va découvrir la crasse de la guerre, celle, plus forte encore, de l’éloignement de ceux qu’on aime, et qu’on perd, inexorablement, Jacob qui va deviner l’amour dans sa beauté éphémère, son absence de promesses, dans le ventre doux d’une Louise qui s’appelle en réalité Léa et qui, comme un contemporain de Cézanne, n’a plus qu’une oreille, Jacob bouleversé, Jacob bouleversant, ange de 19 ans, parti comme tant d’autres, comme trop d’autres, tuer du Boche pour les français, mais que la grâce de l’écriture de Zenatti rend absolument unique avec ses belles phrases longues, longues, comme une plainte d’amour.

* Jacob, Jacob, Valérie Zenatti. Editions de l’Olivier. En librairie depuis août 2014. Prix Méditerranée 2014 – où j’ai eu l’honneur  d’être juré.