et surtout ce roman, je me rends compte avec effroi de ce que j’avais raté en 1995, date de sa première parution. Mais voici que le livre de Poche a eu la brillante idée de le rééditer et que j’ai enfin pu me rattraper et découvrir un texte fascinant, hypnotique, d’une force ahurissante et d’une mélancolie inouïe. Je me demande d’ailleurs si ce n’est pas l’un de plus beaux livres sur la solitude qu’il m’ait été donné de lire. La solitude dans ce qu’elle recèle paradoxalement de découvertes et de joies.
Moi qui n’ai jamais connu les hommes raconte l’histoire de 40 femmes emprisonnées dans un sous-sol. Où ? Quand ? Pourquoi ? Mystère. Elles sont sans cesse surveillées par des gardiens. Jusqu’au jour où retentit une sirène et les geôliers disparaissent. Les femmes se retrouvent seules, à la surface du monde, et commence leur errance.
La narratrice, la plus jeune d’entre elles, n’a pas connu le monde d’avant : elle fut emprisonnée enfant. Et c’est absolument fascinant de la voir découvrir les choses qui correspondent enfin aux mots qu’elle a appris. Un escalier. Un ciel bleu. Un visage un jour, son visage. Soudain, Jacqueline Harpman nous plonge dans une sorte d’innocence perdue, un réapprentissage de nos vies, la redécouverte des choses et à l’arrivée, l’immense beauté de ce que nous sommes et que nous ignorons. Éblouissant, empoignant — vraiment.

*Moi qui n’ai jamais connu les hommes, de Jacqueline Harpman. Sublime préface de Julia Malye. Au Livre de Poche. En librairie depuis le 13 mai 2026.






