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Haute Voltige.

31 jul 14

Voici un très joli premier roman. Le long voyage retour d’un homme sans prénom, dans le temps léger de son adolescence et de ses premiers pas d’homme. Marc Pondruel (il a sans doute longtemps possédé la Carte Jeune et/ou un Pass Interrail) nous entraine à Lille, à Niéville (ville imaginaire), à San Francisco, Moscou, Budapest, à Paris ; dans le cœur aussi d’une Nina, dans l’absence d’un père qui aimait la même chanson de Dylan que lui, dans la voltige triste d’un certain Witold, dans les affres de ces amitiés que le temps ronge. Il nous fait plonger dans la mélancolie amère de la perte de ces années qui firent de nous des adultes, des désillusionnés déjà. Il en naîtra un homme grave. Et beau.
Et ça, c’est sucre, comme il dit.

Le Voltigeur, Marc Pondruel, éditions Lattès. Sortie le 28 août 2014. (Un coucou en passant, à Fatia Guelmane et Claire Silve).

La plume de Maria.

24 jul 14

Maria Ernestam pourrait être une cousine suédoise de Laura Kasischke. Comme elle, elle maîtrise l’art feutré de ces narrations sur la pointe des pieds ; le don de ces mots innocents qui décrivent les grands tourments ; la grâce de ces souvenirs posés là, l’air de rien, d’apparence heureux, mais qui sont des guerres. Les oreilles de Buster (depuis deux ans dans ma bibliothèque sans que j’aie envie de l’ouvrir – et pourquoi ces jours-ci ? je ne sais pas) est un livre envoûtant. A 56 ans, Éva se met à noircir les pages d’un cahier que lui a offert sa petite fille. Éva se raconte. Éva se dévoile. Ne ment plus. Nous confesse tout. Elle nous entraine malgré nous dans ses ombres fascinantes, nous cogne aux murs de ses lumières. Éva est une femme formidable, touchante et vénéneuse. Une fille blessée. Une amoureuse contrariée. Elle est le sel même des grandes vies romanesques. Une très belle rencontre. (Au fait. Buster, c’est le nom d’un chien. Et les oreilles, c’est ce qu’elle lui coupe pour les garder sous son oreiller ; avoir ainsi une oreille… attentive).

Les oreilles de Buster, de Maria Ernestam, aux éditions Gaïa, depuis novembre 2011, et en poche (éd. Babel) depuis janvier 2013.

Toi, toi, mon toit.

22 jul 14

De l’angoissant Jeune fille cherche appartement (de Barbet Schroeder, 1992) au réjouissant La Gueule de l’autre (de Pierre Tchernia, 1979), en passant par les très beaux livres de Douglas Kennedy, L’Homme qui voulait vivre sa vie et La Fuite de Monsieur Monde de Georges Simenon, prendre la place de quelqu’un d’autre a toujours été un sujet inspirant. Cette fois, c’est Jean-Marc Pitte qui s’y colle avec son écriture précise, rapide, dégraissée, sans complaisance – il n’est pas grand reporter pour rien ; et nous raconte avec virtuosité les fantômes de Camille, son enfance ballotée de foyers en foyers, ses rebellions, son entrée dans le monde des adultes en passant par Haïti (au service d’une ONG) où elle découvrira la violence primitive des hommes ; la naissance de la barbarie. Jusqu’au jour où, de retour en France, elle croisera la route d’Aline… C’est le deuxième* roman policier de Jean-Marc. Comme tous les bons polars, il se lit d’une traite ; et même si, à la fin, il doit recourir à un double salto (à cause de l’impasse même du thème de l’usurpation -mais habile dans ce cas), il nous apprend que Jean-Marc est un formidable auteur à lire tout de suite. Et à suivre longtemps.

Usurpation. Editions du Préau. Sorti depuis le 19 mai 2014. Idéal en train, en avion, au soleil et sous la pluie un jour de fête nationale à Montréal. *Déjà paru : Gueule d’Ange, aux éditions J’ai Lu.

65.758 Fournier et 63.035 Dupont (en France).

16 jul 14

C’est Jean-Louis Fournier, éditeur de ce texte avec Véronique de Bure, qui a trouvé le titre. Et il l’aime beaucoup. Il faut dire, que sous l’improbable nom de l’auteur, il fonctionne parfaitement ; comme un dessin de Sempé. Tout est dit, ici, en deux phrases. Ensuite, derrière la couverture rouge, 134 pages nous racontent l’enfance d’une petite rebelle au nom long comme un jour plein de pain, de brioches et autres macarons ; qui préfère le rouge sang de la bidoche et autres charcuteries à celui des lèvres de sa mèèèèèère. Une drôle de chronique drôle sur une enfance pas comme les autres quand on est une mini châtelaine et qu’on kiffe le popu. Les rillettes. Et les animaux qui font des crottes. Un texte léger, rigolo et touchant (avec quand même une histoire vraie et triste dedans), qui m’a rappelé une autre pauvre petite fille riche, épatante elle aussi, mais au nom court cette fois, aigu et bref, comme un éternuement. Eloïse.

16 jul 14 bis

Guillemette le Vallon de la Ménodière (alias Dupont), aux éditions Stock. Éloïse, de Kay Thompson, aux éditions Gallimard. Et, comme on n’a jamais trop de Fournier : Trop, de Jean-Louis Fournier, aux éditions La Différence, en librairie depuis le 5 juin.

Quel hasard, Balthazar.

Drôle  de coïncidence, ces deux livres lus l’un après l’autre. Chez Laurence Biava comme chez Ève-Lyne Monnié, il s’agit de deux romans épistolaires qui ont pour sujet, chez la première, les mots des romanciers, chez la seconde, les mots d’une amoureuse. Toutes les deux ont la passion, la fascination de l’écriture. Les mots de leurs livres, une fois déliés, dessinent les serpents de la tentation. Chez Laurence, ça finit mal, parce que Laurence est une romanesque incorrigible. Chez Ève-Lyne, plutôt bien, parce qu’elle est une romantique indécrottable. Deux livres qu’on lit comme les lettres d’une amie qui donne de ses nouvelles, mais dont on n’a malheureusement pas l’adresse pour lui écrire qu’on l’aime.

8 jul 14

Amours Mortes, de Laurence Biava. Editions Ovadia.
L’Âme dans le vestiaire, de Ève-Lyne Monnié. Editions Les 2 Encres.
Tous deux déjà en librairie.

Ce sont les hommes qui jouent faux.

Au fond, Le Violoniste aurait pu s’appeler Le Violon. Ce deuxième roman de Mechtild Borrmann (lauréate du prestigieux Deutscher Krimipreis* en 2012, pour Rompre le silence) raconte, au travers de la disparition d’un Stradivarius, la disparition du lieu d’amour d’un couple. Puis d’une famille. Dans Les Petits chevaux de Tarquinia, Marguerite Duras écrivait qu’il n’y avait pas d’amour sans lieu d’amour. Lieu et lien, ce violon est la quête du livre ; et, à travers elle, la lutte contre la barbarie de hommes, contre la violence de la Loubianka (nous sommes, en partie, en 1948), la lutte pour notre besoin immense d’amour. Car sous l’écriture virtuose d’un grand roman noir, se cache un grand roman sur l’abandon et la perte.

4 jul 14

Editions du Masque. En librairie le 20 août 2014. Patience. Grand Prix des Lectrices de ELLE 2015, catégorie Policier.
*Prix du Meilleur roman policier.

Des nouvelles de Jocelyne et Jeanine.

La première est en Lituanie où mercerie se dit galanterija. La seconde, en Tchéquie, où elle balade son vague à l’âme.

1 jul 14

Et toujours un immense merci à Eva Bredin, voyagiste de livres.

Le corps de Fabienne.

25 jun 14

Voici un texte étonnant. Une femme (âgée sans doute) se démaquille devant son miroir. Les doigts ourlés de coton effacent les couches de mascara, de fond de teint, les couches du temps, révèlent un visage différent. Dévoilent d’autres époques où le corps s’envole, s’enroule autour d’un arbre, se « schluffen » dans les bras d’un homme ou dans la douceur turquoise d’une piscine. Le corps n’a pas, n’a plus d’âge, ce n’est pas important. Il est vieux parfois. Parfois il a quatre ans. Il file à l’arrière d’une mob. Il est immobile derrière une vitre, les yeux regardent la neige. Il croise un coréen qui fait une dissertation. On ne sait pas. Ce n’est pas important. Ah si. Il ne s’aime pas. C’est un texte impressionniste. Cubiste. Des chapitres posés là, au hasard des souvenirs, des angulosités d’une maladie qui n’est pas nommée, d’une enfance perdue dans une autre langue. La belle écriture de Fabienne est l’eau de toute cette mélancolie.

Editions Gallimard. Sortie le jeudi 28 août 2014.