
À l’heure du grand chaos américain qui banalise les mensonges, la vulgarité, la misogynie, le sur-triomphe de l’argent, la corruption, le népotisme, le culte de la personnalité et j’en passe, le mot démocratie que revendique depuis bien longtemps ce pays prend un sacré plomb dans l’aile. La blessure se mesure au moment où une nation se construit un récit pour survivre à la vérité, et réécrit son passé plutôt que d’affronter son présent. Nous y sommes.
Lorsqu’en 1984 Joan Didion écrit son livre* singulier, Democracy, elle y était déjà.
Femme d’une lucidité hors pair, journaliste redoutable, romancière inspirée, elle mélange tous ses talents pour nous raconter, bien avant l’heure, la chute de ce pays sur fond d’heures sombres du Vietnam, cette désillusion américaine, annonciatrice d’un pays qui ne gagnera plus aucune guerre depuis, malgré presque 9000 milliards de dollars partis en fumée. Democratie est le grand roman de l’imposture américain, de la politique comme art du mensonge, de la dissimulation. De la réinvention du réel. C’est Succession à l’échelle du monde. C’est terrible. Prémonitoire. Brillant.
Mais, comme d’habitude, l’on ne regarde plus d’où l’on vient, juste où l’on va. Du coup, l’on tourne en rond.
*Démocratie, de Joan Didion, au Livre de Poche. En librairie depuis le 16 septembre 2026.






