
Lorsqu’une quatrième de couverture cite deux fois le mot « disparu » et évoque « une fable mystérieuse », on devine bien qu’il y aura là quelque chose d’anormal — et c’est le cas dans ce treizième roman* de Xavier de Moulins, dès les premiers pas dans cette curieuse forêt, sans odeurs de champignons moisis, de cadavres de petits animaux, de mousses grasses et de pierres. On pénètre davantage dans le décor d’une forêt que dans une forêt elle-même et l’on pressent bientôt ce qu’il va advenir.
Dès lors, ce n’est pas tant la révélation, les fameux « disparus » qui errent, fantomatiques, que la façon dont l’auteur assemble habilement leurs histoires, comme la nature dessine des cours d’eau qui serpentent sous la terre, les pieds et les âmes avant de les fondre tous dans une incertaine et troublante lumière.
Avec ce Chemin des gens perdus, Xavier se laisse aller aux chemins de traverses de nos vies pour observer ce qu’elles furent, ce qu’elles apportèrent au monde et de quelles vanités elles tracèrent finalement le sentier.
De livre en livre, l’envoutante part sombre de Xavier se révèle et s’étend sur ses pages comme un démon sur le monde, sans doute pour nous rappeler la fugace beauté de la lumière. C’est-à-dire de nos vies.
Et cela vaut le détour.
*Le chemin des gens perdus, de Xavier de Moulins. Aux éditions Flammarion. En librairie depuis le 6 mai 2025.