
Revoici notre cher bonhomme de lettres avec un roman* de rentrée littéraire, mélo en diable, lorgnant, dans sa mécanique romanesque du côté d’une Anne Golon et, dans son aspect « texte de terroir » vers celui d’un Christian Signol.
Une histoire d’amours — avec un s qui n’aura échappé à personne — nous en conte deux. L’une en 1824. L’autre en 2024. La première, celle de Rodolphe, médicastre, et de Joséphine, fille de la haute que la malaria va dévorer. La seconde, de Franck, bédéiste un peu paumé, et de Kelly, sa voisine mariée aux jambes affriolantes. Le lien entre ces deux histoires est le lieu où elles se déroulent : le Morvan, région bourguignonne sauvage et montagneuse, et plus précisément des marécages toxiques, alentour du « Pavillon de solitude » (1824) rebaptisé « La chapelle des Amants » (2024).
Voici donc, accompagné d’une tisane ou d’un bon vieux malt de quelques décennies d’âge à savourer cet hiver au coin du feu, une bonne histoire sentimentale à l’ancienne :
« Elle le bâillonna d’un baiser. Sans qu’il ait eu le temps de réaliser, déjà il était assailli par une bouche immodérée et enveloppante, absorbé tout entier. Il ne respirait plus que par elle, et c’était même à travers ses lèvres qu’il reprenait son souffle, soudain privé de toute réaction. Se laissant capturer par cette lave venue d’un cœur en éruption, il s’osa tout de même à la contenir, puis il se déprit un instant de son étreinte et tenta :
— Joséphine, il fait que je vous dise !
— Non, ne dites rien… Aimez-moi » (1824, pages 200 et 201).
« … Mais s’ils se revoyaient, ils se tomberaient à nouveau dans les bras, parce que cette force du désir, cet appel des corps, il avait rarement connu ça, ou alors c’était le contexte qui avait joué, les marais, le soleil, cet isolement qui rendait tout désir encore plus ardent, encore plus indépassable » (2024, page 208).
*Une histoire d’amours, de Serge Joncour, aux éditions Albin Michel. En librairie depuis le 19 août 2026.