Archive | Bouquins.

La beauté s’efface parfois, mais jamais ne disparaît.

C’est toujours une joie, la joie des autres.
Découvrez ici, la joyeuse nouvelle de Dominique Cozette à propos de la naissance d’un livre*, belle comme celle d’une sœur, et que je me réjouis de partager avec vous.

*Pascale Ogier, ma sœur, par Émeraude Nicolas. Éditions Filigranes, en librairie depuis le 26 novembre 2018.

La bûche et l’arbre.

Et nous voilà au dernier jour de cette bien curieuse année 2018 qui vit la vraie colère descendre dans la rue, celle dont pas un de nous n’en porte pas un bout, cette colère de voir notre pays dépouillé par ceux qui en ont la charge parce qu’ils continuent à se considérer comme nos propriétaires. Propriétaires de nos voix, de nos besoins, de notre argent, de nos espérances, de notre futur. De nos vies. Et tant que cette méprise perdurera, qu’ils se prennent des bûches sur le coin du crâne ne nous émouvra pas outre mesure.
Par contre, il est une chose qu’il nous appartient à nous de considérer que nous n’en sommes pas propriétaires. La Terre*.
Et si on demande à tous ces paltoquets de politiciens de nous rendre des comptes, à nous de lui en rendre, à la terre. À nous de nous baisser et de planter à nouveau ce qui sera notre richesse demain, celle de tous ceux qui nous suivront, parce qu’à force de jouer au con, on finit par le devenir. C’est mon vœu pour cette année qui rime avec neuf. Qu’on replante des arbres, qu’on replante la vie, qu’on replante l’amour.
Parce que, comme le chantait Fred Pellerin, dans sa magnifique chanson « Il faut que tu saches » :

Crois comme moi qui cherche à croire
Que l’important c’tait pas d’savoir

mais d’jamais oublier d’chercher
pour ceux qui viendront après toi

Allez, bonne année.

*Et si on remontait dans l’arbre ?, de Tristan Lecomte. Éditions La Mer salée. En librairie depuis le 5 novembre 2015.

Blake et Mortimer sont sous le sapin.

Noël, c’est l’enfance qui se réveille. Impatience, bien sûr, dès six heures du matin, pour venir se planter devant le sapin et attendre. Attendre que les parents soient réveillés (ce qui peut parfois prendre un peu de temps selon le nombre de bouteilles bues la veille) et enfin ouvrir les paquets. Mais c’est aussi l’enfance en nous qui se réveille de nouveau, pour quelques heures, qui se souvient. J’avais toujours une bande dessinée à Noël parce qu’un membre de la famille s’était mis en tête que je dessinais bien. A l’arrivée, j’ai mieux dessiné les lettres que les têtes. Voici donc la BD* de cette année dont l’histoire commence par une des caisses remplies de trésors archéologiques exfiltrées de la Chine continentale qui se tombe, se brise, révèle une statue de la dynastie Qin, laquelle cache un texte de Sho, historien à la cour du Fils du Ciel, et il n’en faut pas plus pour que Blake et Mortimer démarrent sur les chapeaux de roues.

*La Vallée des Immortels, Menace sur Hong Kong (tome 1), de Yves Sente, Teun Berserik et Peter Van Dongen. Éditions Blake et Mortimer (ah, les malins). En librairie depuis le 16 novembre 2018.

Peur panique.

Pris sur une étagère chez Lattès (avec qui les Éditions des Deux Terres ont fusionné il y a quelques temps, et peut donc s’enorgueillir d’un catalogue de littérature étrangère épatant avec, entre autres, Kazuo Ishiguro,Prix Nobel de littérature 2017, Julia Glass, Mohammed Hanif et, côté thriller, Alexandra Fuller, Patricia Cornwell, Jeffery Deaver – dont il est question ici –, Jesse Kellerman et Ruth Rendell) parce que j’avais envie de me secouer la tête, un peu comme la phase essorage secoue une machine à laver. Je voulais un truc genre 1600 t/mn. Curieux roman que ce Peur Panique*, à la fois thriller qui poursuit un étonnant serial killer qui tue d’une façon absolument inédite et dont la poursuite est menée par une héroïne récurrente, en l’occurrence la belle (je suppose) Kathryn Dance dont on suit (à défaut de poursuite) les égarements amoureux et professionnels, mais ce qui m’a surtout charmé (parce qu’il y a quand même quelque chose de lassant à ce que les méchants perdent à la fin, c’est tellement le contraire dans la vraie vie !) ce sont, ça et là, des phrases, des paragraphes, des moments de pure littérature américaine, celle qui possède ce don de décrire cet esprit si particulier, agaçant et fascinant à la fois. Peur Panique est donc un formidable roman hybride. Une sorte de Prius. À 800 t/mn.

*Peur panique, de Jeffery Deaver, traduit par Pierre Girard. Éditions des Deux Terres et, depuis le 14 novembre 2018, publié au Livre de Poche.

Encore une envie qui se réalise.

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Dans La Liste de mes envies, Nadine, la fille de Jocelyne écrit et réalise des courts métrages. Elle en fait un qui montre « …des images en noir et blanc de trains, de rails, d’aiguillages ; au début, c’était très lent, puis tout s’est accéléré lentement, les images se sont superposées, le rythme devenait envoûtant, fascinant (…). Quand le film a été fini, elle a chuchoté en me regardant : j’ai écrit le boléro de Ravel en images maman, pour que les sourds puissent l’entendre ».
Alors penser que La Liste de mes envies* vient d’être publié dans une édition pour que les dyslexiques puissent le lire m’emplit de bonheur.

*La Liste de mes envies, éditions Les Terres Rouges, collection « Facilydys ». En librairie depuis quelques jours. Un très grand merci à Gérard Campanelli et Catherine Renard.

109 femmes tuées par leur conjoint ou ex-conjoint en 2017.

Pratiquement une tous les trois jours. Il en faut combien pour qu’on se décide enfin à couper les bras des monstres ?
En attendant je ne peux que vous inviter à lire (ou relire) le roman* parfait de Philippe Routier sur ce sujet.

Noces de verre
*Noces de verres, éditions Stock. En librairie depuis le 11 janvier 2012 – depuis, plus de 650 femmes ont été tuées par leur mec.

Tous les ans et toujours différent.

Marc LevyCe qu’il y a d’épatant avec un livre de Marc, c’est qu’on ne sait jamais à l’avance où il va nous emmener – chacun d’eux est comme un billet d’avion dont on ne connaîtrait pas la destination. Une fois 1, c’est sur le Mont Blanc, dans une intrigue à la Michael Crichton, un polar géopolitique brillant. Une autre fois 2, c’est une plongée dans l’Amérique gauchiste qui n’aime pas qu’on évoque ses démons. Une autre encore 3, c’est dans une amusante satire (d’après moi) de lui-même et dans laquelle j’ai trouvé les plus belles pages sur le pouvoir de l’écriture. Aujourd’hui, c’est de nouveau à New York où il vit qu’il nous transporte, dans une comédie typiquement newyorkaise qui redonne tout son sens au mot charmant : qui a du charme, qui plaît extrêmement, qui exerce un attrait puissant sur les sens, l’affectivité ou l’esprit.
Avec Une fille comme elle 4, Marc nous fait replonger dans les merveilleuses comédies que l’on dévorait (et dévore toujours) à Noël, celles de Lubitsch, de Leo McCarey, de Mankiewicz, de Capra, Gary Marshall, Nora Ephron et tant d’autres. Une histoire très bien troussée, bien moins légère qu’il n’y paraît (ce qui d’ailleurs est la meilleure recette des comédies justement) et qui fait se croiser un indien pressé et une fille dans un fauteuil. Mais chut.
Ouvrez le livre, montez à bord de l’ascenseur de Deepak, il vous emmènera bien plus loin que ses huit étages.

1. Un sentiment plus fort que la peur. Éditions Robert Laffont/Versilio (2013) puis Pocket (2014).
2. Une autre idée du bonheur. Éditions Robert Laffont/Versilio (2014) puis Pocket (2015).
3. Elle et Lui. Éditions Robert Laffont/Versilio (2015) puis Pocket (2016).
4. Une fille comme elle. Éditions Robert Laffont/Versilio. En librairie depuis le 22 mai 2018.

Tout est bien qui finit bien.

Dieudonné 2

Voici un auteur* au prénom d’un titre d’une chanson de Christophe, période « Ne raccroche pas » (pas la meilleure, pour preuve : Allo Stéphanie, ne raccroche pas/C’est samedi, je passais par là/Près du Palais, je t’offre un verre), au nom d’un comique troupier à l’humour suspect et qui raconte une histoire dans laquelle on trouve un père chasseur, alcoolique et violent, il y a des alcooliques mous mais lui bat sa femme qui elle-même ressemble à « une forme de vie primitive, unicellulaire, vaguement translucide » (page 12), un petit frère qui tue les chats du quartier depuis que le marchand de glace s’est explosé la gueule avec une bombonne de chantilly, puis se met à dépecer les chiens quand il n’y a plus de chats (la meilleure école pour finir en serial killer sur Netflix), et une narratrice qui n’a pas de nom, grande sœur du petit frère, fille de l’ivrogne et de l’amibe, qui rêve de remonter le temps depuis qu’elle a vu Retour vers le futur, de retourner au moment d’avant l’explosion de la tronche du glacier qui a eu pour effet collatéral de rendre le petit frère méchant, bref une palette de vies toutes chiffonnées qui annonce le pire. Nous sommes dans un lointain cousinage avec la Darling de Jean Teulé, la violente noirceur en moins, car l’écriture légère, faussement désinvolte d’Adeline Dieudonné, en un mot brillante, parvient à nous faire croire, malgré de drôles d’horreurs ici et là, que tout est bien qui finit bien. Le méchant perd. Les petites victimes ont une deuxième chance. Et comme un bonheur ne vient jamais seul, l’auteur se fait un nom. Son roman* fait un tabac. Il remporte deux prix, l’un décerné par 800 personnes (le Prix Fnac), l’autre par 200 lycéens (vingt par établissement selon le très sérieux règlement du concours, dont celui que fréquenta Théophraste Renaudot). Son éditrice sourit, même quand il pleut, quelle joie. Et à Brive, Delphine de Vigan, aux anges, l’invite sur scène. Chaque saison littéraire réserve une ou deux magnifiques surprises qui sont la preuve qu’il faut continuer à croire aux miracles.

*Adeline Dieudonné. La vraie vie. Éditions L’iconoclaste. En librairie depuis le 29 août 2018. Prix Fnac 2018. Prix Renaudot des Lycéens 2018.
**Darling, de Jean Teulé. Éditions Julliard puis Pocket.