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Retour vers le futur.

Enfin, je retrouve l’Angst (et même le das Wovor der Angst) d’Heiddeger et l’angoisse de Sartre, qui me rappellent ces si beaux concepts de nos années estudiantines ; il nous faisaient débattre et nous battre et veiller jusqu’à l’aube, à Lille, à l’Étoile de Tunis, avec du Sidi Brahim (14,5%vol, quand même), en réinventant le monde, et surtout en essayant de nous y écrire une place. Catherine Monnet nous apporte enfin les réponses que nous cherchions alors dans l’impétuosité de nos dix-huit ans ; nous offre la clé. Celle de la reconnaissance de soi, cette première naissance philosophique au monde ; nos premiers pas vers le respect de soi, celui des autres et surtout l’Anerkanntsein (être reconnu) d’Hegel qui fait de chacun de nous une personne unique. Ouf.

17 oct 14 photo

La Reconnaissance –La clé de l’identité, Catherine Monnet, éditions L’Harmattan, déjà en librairie.

Invité #14. Édouard Moradpour.

Édouard Moradpour fut ce qu’on a appelé un Fils de Pub ; à ceci près qu’il eut l’élégance de ne pas porter de Rolex (ou alors seulement chez lui). Il naquit à la réclame à l’époque où l’on avait son nom sur la porte et un jour la claqua, pour retourner à Moscou (il est, il est vrai, fils d’une mère russe ayant immigré après la révolution soviétique), mais y retourner avant la chute du Mur (ce qui prouve que tous les publicitaires ne sont pas des planqués) et décida, là-bas, dans ce pays où il n’y avait rien (à part quelques Lada et beaucoup de KGB) d’inventer la publicité. En Russie, Édouard ne devint pas PPP (le Petit Père du Peuple), mais PP (le Père de la Publicité). Il croisa le succès, quelques femmes et certains chagrins. Lorsqu’il revint, vingt ans plus tard, il se mit à écrire un livre à vif, touchant (même si le mot est éculé) : La Compagne de Russie (éd. Michalon, 20121). Nous nous sommes découverts à la faveur de nos « reconversions ». J’ai rencontré un homme d’une grande finesse, un bel auteur en train d’éclore. Vivement son troisième roman, prévu en mars 2015 – au titre magnifique, mais je le laisserais vous le dévoiler lui-même.
Je lui ai demandé de nous présenter l’un de ses coups de cœur. Le voici.

12 oct 14. photo

« J’ai découvert Didier van Cauwelaert, il y a quelques années, avec un de ses premiers romans, « Cheyenne ». L’héroïne de son roman m’avait littéralement bouleversé, car j’avais croisé également une jeune femme avec ce même destin tragique.Lorsque je tombe sous le charme d’un écrivain, j’achète tous ses romans, en commençant par le premier et en finissant par le dernier. Et je les lis dans l’ordre chronologique. C’est ce qui s’est passé avec Didier van Cauwelaert. Et je suis tombé sous le charme de son dernier roman, « Le principe de Pauline », comme la première fois. Ce que j’aime et qui me touche dans ce roman tendre et romantique, comme dans tous les romans de Didier van Cauwelaert, c’est l’originalité et la subtilité du personnage féminin, Pauline. En fait, dans la plupart des romans de van Cauwelaert, bien que le narrateur soit un homme, le personnage central est toujours une femme délicate, mais hors-norme, qui nous touche profondément. Ici, c’est Pauline, qui installe une étonnante relation triangulaire amour-amitié avec deux hommes. J’ai retrouvé avec cette héroïne dont on ne peut que tomber amoureux toute la tendresse que j’avais goutée avec « L’éducation d’une fée », « La demi-pensionnaire », « La femme de nos rêves » et beaucoup de ses livres. Un vrai « coup de cœur ». Au sens propre. »

1 Suivra, en 2013, Le Mausolée, toujours chez Michalon.

Dargent, une parole en or.

10 oct 14

J’aurais du apporter des fleurs, d’Alma Brami, au Mercure de France. 154 pages de lâchetés, de douces cruautés et finalement, sur l’apprentissage de la tendresse de soi.

Au risque de se répéter.

Touchant. Brillant. Drôle. Féroce. Poignant. Émouvant. Juste. Sincère. Léger. Grave. Virevoltant. Sombre. Lumineux. Sensible. Virtuose. Tout a été dit sur ce livre. Et tout est juste.

6 oct 14

Nos étoiles contraires, de John Green, éditions Nathan.

Lecteur, lève-toi !

Une fille découvre que son père est un criminel de guerre. A coté d’eux, un sourd les entend. 89 pages d’intelligence ; d’élégance de phrases emperlées de mots parfaits ; une construction impeccable pour une émotion encore plus troublante par le fait qu’elle est un récit cette fois, et non pas un juste un de ces romans brillants dont Erri de Luca nous fait régulièrement le cadeau. Le vrai tort serait de ne pas le lire.

3 oct 14

Le tort du soldat, Erri de Luca, éditions Gallimard, Du monde entier. En librairie.

Invitée #13. Myriam Berghe.

En fait, c’est elle qui a commencé. Il y a deux ans, à peu près à cette époque, Myriam Berghe m’a envoyé un mail en me demandant d’écrire un conte de Noël pour Femme d’Aujourd’hui (magazine belge dont elle est une sorte de grand chef des pages culture). C’était la première fois. Et moi, les premières fois, ça me chavire. Plus d’un an après, comme nous n’avions toujours pas réussi à nous voir en vrai, j’ai pris le Thalys juste pour déjeuner avec elle à Bruxelles. Et là, surprise. Au milieu des taximen avec leurs pancartes aux noms de députés européens, des belges congolais et des autres, je l’ai reconnue sans jamais l’avoir connue. Myriam est une femme de feu, de chair, de rires, d’intelligence, d’esprit, de cynisme joyeux, doublée d’une plume brillante. C’est une joie pour moi, un honneur, qu’elle soit là, qu’elle ait accepté de nous présenter l’un de ses coups de cœur. Et elle le fait avec un beau coup de poing.

28 sept 14

« Je bénis Slimane Kader. S’il y a bien une erreur – de vieillesse! – qu’il m’a permis d’éviter, c’est d’embarquer un jour pour une croisière sur l’un de ces monstres qui confisquent l’horizon aux résidents des bords de mer. Slimane est un keum du 9-3 habitué aux galères. En toute logique, un job d’homme à tout faire sur l’Ocean King, ça devrait être dans ses cordes. Et c’est là qu’on s’agrippe au bastingage. Direction les Caraïbes sur une ville flottante transportant huit mille passagers, dont deux mille crevards entassés à fond de cale, dans la chaleur, la puanteur et la crasse. Les damnés de la mer. Hormis peut-être le supplice de la planche, aucune humiliation ne leur est épargnée. A pleurer. Pourtant, on se gondole à chaque page. Ceux qui ont voulu ravaler Slimane Kader au rang de valet ont fait de lui un prince. Ses armes ? Un humour dévastateur et une écriture remarquable, d’une inventivité folle. Tout en dénonçant les pratiques scandaleuses du tourisme de masse, Slimane Kader prouve que l’argot de la banlieue représente une ébouriffante source d’enrichissement de la langue française. D’une pierre deux coups. En pleine gueule. Wesh!  »

Avec vue sous la mer, Slimane Kader, Allary Editions.

Parent, ça se dit « géniteur d’apprenant ».

25 sept 14

Quand le matin, vous dites à un élève : « Nous allons lire aujourd’hui une nouvelle assez facile pour qu’Abdellah puisse suivre le cours, et qui s’intitule Mon ami le robot. Prenez votre livre à la page 67. Tu sais ce que c’est, Abdellah, un robot ? –qu’il vous répond Ben oui m’dame, c’est arabe en verlan », et que le soir, la formatrice des enseignants vous dit : « Si c’est trop juste, accélérez votre cours. Et puis vous devez respecter les trois lectures analytiques, trois lectures cursives et trois lectures d’œuvres intégrales par an », a) vous rentrez fumer le pétard du siècle, b) le pétard du siècle plus la biture du millénaire, c) vous quittez l’Éducation Nationale et faites des ménages, d) vous traitez tout ça avec humour, intelligence et un certain cynisme brillant. Emmanuelle Delacomptée a coché la réponse d dans son épatant récit1 sur sa première année d’enseignante à Saint Bernard de L’E, au collège des 7 Grains d’Or2. Un livre de prof qui n’a pas oublié qu’elle fut un élève ; ça vaut bien plus que la moyenne.

1 Molière à la campagne, d’Emmanuelle Delacomptée, éditions Lattès. En librairie depuis le 20 août 2014.
2 Situé entre les départementales D32 et D547.

Pas de bol.

23 sept 14

Voici un petit roman méchant, à moins qu’il ne soit une fable cruelle, d’un jeune journaliste brillant, à moins qu’il ne soit doué, sur un type qui n’a pas de nom, à moins qu’on ne l’ait même pas reconnu, qui a de la chance d’avoir un boulot, à moins que ce ne soit une humiliation et qui finit par être écrasé, à moins que ce ne soit une rampe de lancement vers la liberté. Bref, un petit roman social qui fait mal.

La Chance que tu as, de Denis Michelis, aux Editions Stock, collection La forêt. Déjà en librairie.